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Disques

The Mountain Goats – Jordan Lake Sessions 1 & 2

Soins palliatifs pour toxico en manque de John Darnielle live, The Mountain Goats ont vendu un concert filmé en deux parties dont voici l’enregistrement, offert gracieusement, un certain vendredi de novembre. Galéjades et consolations de toutes sortes (électriques, acoustiques, intimes ou épiques), portées par la plus sympathique voix nasillarde de Caroline du Nord.

Jamais deux sans trois. Voire quatre. Après la cassette “Songs for Pierre Chuvin” et l’album “Getting into Knives”, John Darnielle et ses sbires, le Pagan Crew Possee, publie un troisième (double) album pour 2020, live cette fois. Après avoir repoussé puis annulé sa tournée, comme tout le monde, commémorant les concerts d’un irrésistible T-shirt (The Mountain Goats : banned from all clubs!), John Darnielle ne pouvait décemment pas vivre sans le contact avec son public, sans répandre sa bonne parole et ses innombrables bons mots. Sans s’exposer aussi… Pour pallier l’affaire, The Mountain Goats s’est enfermé en studio avec des caméras, deux fois, pour livrer deux concerts filmés, à bonne distance les uns des autres, protégés par les panneaux du lieu. Des tickets ont même été vendus. Sacrément chers à notre goût (faut pas trop pousser la fanbase pourtant hardcore du bonhomme à moustache mousquetaire). Dans un élan de générosité tout à fait Darniellesque, les mêmes sessions ont été proposées à l’écoute, sans l’image, à prix libre seulement pour une journée, sur le Bandcamp du groupe, quelques semaines plus tard.
On retrouve pour une poignée de dollars, ou d’euros, tout le sel de The Mountain Goats en concert mais sans l’énergie en lien avec la présence du public. On est donc un peu déçu, comme abandonné, et cela se sent aussi chez le groupe. Reste que Darnielle et sa bande savent y faire et diablement s’amuser, sur scène mais aussi en studio, et y compris de la situation. Commencer le concert par un « The Plague » et ironiser en déclarant : « Hi ! We are the Mountain Goats. You know? The Mountain Goats band! Yeah! I remember them… The plague well this is not the first plague. No! People are living with plague since a long time. … Well, we like the plague! There are good parts in the plague, you know. Remember two months ago when we were talking about it was nice to have more time at home and shit? Well… it’s…uh… this is called “Aulon Raid”. »
C’est donc, on l’aura compris, surtout l’occasion de se refaire une petite rasade de Darniellerie, de revisiter, principalement, les derniers albums « propres » des vingt dernières années, de se replonger dans cette collection de gueules cassées (« Amy aka Spent Gladiator 1 », « Heel Turn 2 ») , anti-héros des à-côtés (« The Diaz Brothers », « Lovecraft in Brooklyn »), camarades sous influences (« Damned these vampires », « Lake Side View Apartments » très « Light Sleeper » de Paul Schrader mais totalement autobio), adolescence et post adolescence difficiles (« Up with Wolves », « This Year », deux fois), divorce (« No Children »). Encore une fois, on appréciera la patte et la palette de John Darnielle dans le but, évidemment, de consoler tout son petit monde. Les Mountain Goats dans leur récente incarnation sont là en mission.

Les thèmes historiques (sans être…légion…), marotte éternelle, sont présents : « The Plague », « Aulon Raid », « Heretic Pride » et même le cadavre momifié de « Tollund Man », exhumé de (l’album) « Sweden », ou du sol du Danemark au IIIe siècle avant J.-C., on est plus précis, et Darnielle moins obscur, depuis Wikipedia. En tout cas, le titre est présent dans une relecture hyper différente de l’acoustique lo-fi culte.
C’est comme cela qu’on appréhendera aussi « Aulon Raid », dans l’écrin du groupe pour la toute première fois ! Première fois live aussi pour l’étonnante et douce « Getting into Knives », toujours aussi cryptique et… inquiétante.
Ou « My Little Panda », chanson enfantine, visiblement récente, jamais enregistrée et que les exégètes supposent être une chanson composée à usage privé.

L’émotion n’est pas absente. Elle surgit de manière inattendue avec un Talahassee d’anthologie où Darnielle, très ému, déclare être heureux d’être dans la même pièce que Peter Hughes à faire de la musique. The Mountain Goats est un groupe survivaliste.
On s’amuse aussi de ces longues digressions, comme celle juste après « Pigs That Ran Straightway Into the Water, Triumph of » (cette science du titre…voir la liste plus bas) où un des membres déclare que jouer sans public est un inconvénient parce qu’il n’y a personne pour arrêter Darnielle de papoter ! Ou de l’incongruité d’interpréter « No Children » sans entendre les cris du public. Car oui cette chanson déchirante sur le divorce est l’une des plus appréciées des fans.
On se convainc une fois de plus de la maestria de cette nouvelle manière et de cette équipe. On conviendra, encore, de l’efficacité de « Younger » et de la profondeur de « Heel Turn 2 » (encore sous une nouvelle forme) prodigieusement arrangées par l’homme à tout faire Matt Douglas qui entraîne aussi des vieux trésors comme « Golden Boy » (1998 tout de même) dans un solo de sax inouï.
Ah, vous ai-je dit que j’adorai, le presque hard rock « Lovecraft in Brooklyn » (hit de l’album « Heretic Pride ») ?
Enfin, après avoir éprouvé ces deux heures et demi de shows, on se jettera sur les deux extraits vidéos lâchés pour la multitude et on regrettera, finalement de ne pas avoir claqué quelques eurodollars pour vivre ce moment, car, rappelons-le, il est toujours réjouissant de passer quelques heures avec la bande à Darnielle (ce compte-rendu de concert avec public en chair et en os pourra aider).

On écoutera donc la rituelle chanson de fin de concert « This Year » et surtout « Spent Gladiator 2 » dans laquelle John Darnielle introduit son groupe et termine par un « I’m Edward de Vere, often credited with authorship of Shakespeare’s plays but that’s false ».

The Jordan Lake Sessions, une corne d’abondance d’humour.

Avec l’aide de Johanna D, Pandi Panda forever.

Jordan Lake Sessions Volume 1 & 2 sont parus sur bandcamp le 4 décembre 2020.

Jordan Lake Sessions Volume 1
The Plague
Aulon Raid
Cry for Judas
Amy aka Spent Gladiator 1
Until I Am Whole
Younger
Heel Turn 2
Southwestern Territory
The Diaz Brothers
Genesis 30 :3
1 Samuel 15:23
Heretic Pride
Estate Sale Sign
Getting Into Knives
Lion’s Teeth
This Year
No Children

Jordan Lake Sessions Volume 2
Lovecraft in Brooklyn
Tollund Man
Cotton
Pigs That Ran Straightway Into the Water, Triumph of
In League with Dragons
Southwood Plantation Road
Lakeside view Aparments Suite
Tallahassee
My Little Panda
Love Cuts the Strings
International Small Arms Traffic Blues
Stabbed to Death Outside San Juan
Damn this vampires
Foreign Object
Golden Boy
See America Right
Up the Wolves
This Year
Spent Gladiator 2

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