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DiversInterviews

Un tour en ville #7

Les indépendants face à la pandémie

Dans le domaine de la culture, au sens large, le couvre-feu puis le confinement ont compromis bon nombre de spectacles et de publications. Jusqu’à poser la question de la pérennité de certains lieux de diffusion, de quelques structures indépendantes et de projets artistiques. Dans les grandes villes, au ralenti, nous interrogeons musiciens, acteurs des sphères indés et autres pour prendre le pouls de la cité. Malgré le marasme, l’espoir demeure et des initiatives se font jour… qu’il est urgent de soutenir.

Paris

Pascal Regis, booking agent chez Julie Tippex.

Quelle était votre situation avant la crise ?
Notre agence de booking, Julie Tippex existe depuis longtemps maintenant ; on a un beau catalogue qui nous rend très fiers. Avant mars 2020, c’était business as usual, voire mieux même avec, par exemple, l’album “InBach” d’Arandel sorti chez In-Finé en janvier 2020 et qui avait les 4 clés Télérama. Ça n’arrive pas tous les jours et j’avais calé beaucoup de dates pour 2020, dont des festivals magnifiques comme les Nuits de Fourvière ou Days Off.

Quelle est votre situation actuelle, et celle de l’ensemble des acteurs de la musique indépendante
à Paris ?
Tous les concerts sont annulés depuis 2020. Reportés. Re-annulés. On a beaucoup travaillé en octobre, on est passé de jauges debout à assises, puis, avec le couvre-feu, de concerts le soir à ceux en matinée. Et puis le confinement a de nouveau tout annulé, dont le festival BBMix que Marie-Pierre Bonniol de Julie Tippex programme avec Jean-Sébastien “Jiess” Nicolet de My Favorite. Et à présent on craint qu’il n’y ait pas non plus de festivals en 2021, ce qui serait à nouveau très dur. Mais il y a un bel élan et une bonne solidarité entre les différents acteurs : artistes, programmateurs, salles, labels, même entre agents ! Tout le monde veut continuer à travailler.

Avez-vous quand même des motifs d’espoir ?
Je continue à travailler, à confirmer des concerts pour l’an prochain. Sans savoir si ils auront lieu… Les programmateurs font des prodiges pour pouvoir faire des événements. On se parle beaucoup, plus qu’avant. On a aussi la chance en France d’avoir l’intermittence et le chômage partiel, ce qui aide beaucoup les musiciens et les techniciens. Mais pour le moment on ne booke que des artistes français dans des salles françaises ; c’est une chance si, comme moi, on travaille avec des artistes français, mais le public peut-il se passer des groupes anglais et américains ? Et on ne booke quasiment plus que de la musique qui fonctionne en jauge assise : gros retour de l’ambiant… ça risque de lasser très vite.

Comment peut-on vous soutenir ?
En allant aux concerts quand il y en aura de nouveau. En se demandant si, après tout, même un concert de punk ou un DJ set de techno ne peut pas fonctionner en salle assise en attendant mieux (après tout, à Monterrey le public était assis devant Hendrix qui brûlait sa guitare…). Il est peut-être difficile de demander au public d’acheter des places pour des concerts qui n’auront peut-être pas lieu. Mais il faut y croire. Allons au concerts, assis, distanciés, etc. en attendant le retour à la normale.

Continuez-vous à travailler sur des projets en attendant une situation plus propice ?
Oui ! Je m’aperçois qu’il est plus facile en ce moment de travailler sur des tournées pour l’automne 2021 que sur janvier ; tout le monde veut croire que tout sera redevenu comme avant. Les artistes ont beaucoup travaillé en studio pendant leurs périodes d’inactivité et on ne va pas manquer de beaux nouveaux projets. Le gros risque c’est l’embouteillage : trop de nouveaux albums, trop de concerts… Une grande question, c’est aussi comment relancer un an après la promo d’un album qui a subi le confinement ? On échange beaucoup avec les labels à ce sujet.

Photo : les Young Marble Giants reformés sur scène, concert booké par Julie Tippex (© André Liédet).
Portrait de Pascal Regis par Amanda Rougier.

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