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Disques

The Dead C – Unknows

Cinq impressions soleil couchant dans le smog gris sale de la noise.

Revoilà un nouvel album de The Dead C et, avec, l’excitation intacte de la première fois, sans cesse renouvelée. Écouter The Dead C, c’est comme faire la tournée des pizzerias à Naples pour y savourer des marinara. Toujours les mêmes ingrédients, trois fois rien, et pourtant c’est toujours différent. Et enthousiasmant.

On pourrait penser que, cette fois-ci, The Dead C penche du côté du rock. Une bribe de batterie esquissée ici, un riff gris clair charbonneux par ci par là. On distingue même, par moments, une mélopée fatiguée s’échapper. Le tout séparé sur cinq pistes, ni trop longues, ni trop courtes. On serait, presque, allez osons le mot, dans un format chanson. Sauf que la chanson ne vient pas, on reste toujours dans les brouillards de l’inconnu, des inconnus du titre, dans l’avorté (on pense à la progéniture de The Brood de Cronenberg : peu aboutie mais toujours effrayante et terriblement efficace).
On a l’impression que The Dead C nous propose plusieurs états d’une chanson qui n’arrive pas à naître sans que l’on soit dans de la démo ou du jam.

C’est une lutte entre une forme précise et usée et un brouillard informe mais fécond. Quelque fois la forme sort puis retombe dans les nimbes. Certaines pistes contiennent plusieurs états, certaines n’hésitant pas à couper en plein dedans (c’était déjà le cas dans « Trouble » et « Rare Ravers »). On est donc vraiment loin de la documentation de sessions ou du moins seulement dans le sens d’un collage artistique. The Dead C (dé)livre son son, décompose ses formats, fait des propositions d’assemblages. La batterie n’est pas toujours juste mais vraiment vivante, elle s’arrête pour laisser place au reste, ne cherche pas forcément, comme les autres d’ailleurs, à structurer. Par moments le tout s’agrège mais presque par hasard, presque les uns contre les autres.
Morley et Gilbert ne cherchent pas non plus à proposer spécialement textures et sonorités, comme catalogue de leur art. Et si quelquefois des rugissements (« GruntMachine ») ou barrissements (« Glitterness ») surgissent c’est presque malgré eux. Ils paraissent, nous semble-t-il, hors monde, en extase bruitiste, détachés de leurs productions, presque noyés volontaires.
C’est un groupe de rock fondamental, ici luttant contre ses compositions possibles voire l’histoire du rock expérimental lui-même (n’est-ce pas un semblant de riff d’ »Heroin » qui surnage dans « Glitterness » ?), effaçant tout à coups de ruptures volontaires ou de mix (« Still ») ou encore dans des atmosphères épaisses de lourds brouillards se levant (une corne de brume dans « The Sky Above »). The Dead C est ici totalement (post)impressionniste, avec une palette de gris plombés à la Kiefer.
The Dead C : 34 ans de lutte noise et une œuvre résolument au noir.

Avec l’aide de Johanna D. Neozélatrice

« Unknows » est sorti le 16 octobre chez Ba Da Bing.

GruntMachine
Still
The Sky Above
Glitterness
The Field

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