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Disques

Shame – Drunk Tank Pink

Presque trois ans jour pour jour après leur premier album, l’acclamé “Songs of Praise”, Shame remet le couvert avec “Drunk Tank Pink”. Mais, pour filer la métaphore culinaire, le groupe punk anglais a changé de recette. Enfin, en partie. Moins de sel, moins cru, plus complexe… mais pas moins intense.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que tout ce qui nous avait tant plus chez Shame a disparu. Dès l’introductif “Alphabet”, c’est avec plaisir que l’on retrouve cette batterie mitraillette, cette grosse basse à faire vibrer vos tympans, cet empilement de guitares furieuses et la voix de Charlie Steen, à bout de souffle, au bord de l’extinction, poussée en dehors des clous par la rage. Une rage perceptible sur tout l’album, surtout en fin de parcours (“6/1” et “Harsh Degrees”). Mais en fin de compte, les meilleurs morceaux de ce “Drunk Tank Pink” sont les moins… punk, les moins violents, ceux où la rage fait un peu de place à la désinvolture, à la résignation, à l’angoisse voire à l’émotion.
De là à dire que Shame s’est ramolli du genou, il y a un pas à ne pas franchir. Une réponse est peut-être à trouver dans ce rose « cellule de dégrisement » évoqué dans le titre : une couleur « inventée » à la fin des années 70 pour apaiser l’anxiété et la violence et dont on a recouvert les murs des cellules de prison et d’hôpitaux psychiatriques. Une couleur bien utile à Charlie Steen, chanteur et leader de Shame. En plein burn-out – comme le reste du groupe – après la tournée harassante qui a suivi le premier album, il s’impose alors comme remède des séjours prolongés chez lui dans une petite pièce repeinte en rose. Impossible d’affirmer si cela a fortement influencé le son de ce deuxième album. Car si la violence est contenue, l’anxiété transpire par les pores de ces 11 nouveaux titres produits par James Ford (Arctic Monkeys, entre autres).

Et pourtant, il est bien difficile de ne pas bouger son boule sur “March Day”, “Water in the Well” et surtout “Niger Hitter”, avec des guitares sautillantes, une voix toujours légèrement à côté de la plaque et des paroles scandées comme des mantras. On jurerait entendre des inédits de Parquet Courts, c’est à s’y méprendre. Apparemment, cela ne suffisait pas à Charlie Steen d’être déjà le sosie de John Lydon (celui de 1977, évidemment)…

C’est encore plus intéressant lorsque Shame ralentit encore davantage le tempo. L’émotion pointe alors le bout de son nez. “Snow Day”, tout en tension et quasiment en spoken word, atteint son climax d’angoisse en un crescendo qui nous rappelle Television. “Drunk Tank Pink” se clôt en apothéose sur “Station Wagon”. Ces titres, bien au-delà des formats radio, prouvent l’ambition de Shame. Une ambition à confirmer dans l’avenir et qu’on ne peut reprocher au groupe londonien.

« I don’t feel that I deserve to feel human (…) while I’m crying with the saints and laughing with the sinners », chante Charlie Steen (“Human, for a Minute”), qui n’en finit pas de nous surprendre. On ne sait pas si les confinements, celui imposé par la situation sanitaire et celui qu’il s’est imposé, auront guéri ses angoisses. L’album de Shame, lui, ne nous a pas dégrisés.

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