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Disques

Herman Dune – Notes from Vinegar Hill

Confiné dans son bastion californien, Herman Dune sort son 14e album, si nos comptes sont exacts. Varié, référencé et parfois surprenant, “Notes from Vinegar Hill” prouve que David-Ivar Herman Dune, désormais seul maître à bord, n’a pas besoin de forcer son talent pour nous ravir.

Vingt ans, pile poil. En l’an 2000, Herman Düne allume la lumière de l’anti-folk en France avec un premier album peu remarqué mais remarquable, “Turn Off the Light”. Mené par David-Ivar Herman Dune et son frère André, le groupe dénote dans le paysage musical français. Un phrasé et une voix reconnaissables entre mille, un folk de traviole et des mélodies entêtantes, la recette fonctionne. Le duo devient trio avec l’arrivée du frangin Neman, Herman Düne multiplie les Peel Sessions et les bons disques et la communauté des fans s’étoffe. Avec leur septième album “Giant”, le succès devient géant et même gênant pour André qui quitte l’aventure pour lancer celle de Stanley Brinks, dont nous vous parlions ici, et là aussi. Herman Dune perd aussi son tréma et, selon certains, son originalité par la même occasion.

“Notes from Vinegar Hill” est, c’est une mode, un album de confinement. Ce qui n’est pas rien pour un groupe qui a passé sa vie en tournée et sur les routes. Désormais seul à la tête du navire Herman Dune, David-Ivar n’a pas perdu son talent pour trousser de jolies mélodies et raconter des histoires. Confiné à San Pedro en Californie où il s’est installé il y a cinq ans, le chanteur aux cheveux roses et bleu nous fait visiter sa ville, son quartier, ses voisins. On y croise, entre autres, des chats dans des étuis à guitare et des chihuahuas dans des sacs à dos.

Musicalement, Herman Dune balaie le spectre du folk avec de l’americana, de la country et l’éternel blues. On y entend des cuivres, des chœurs doo-wop so sixties, des handclaps, de l’harmonica, de la pedal steel en mode bottleneck ou hawaïen, et tout cela sonne admirablement bien. “Say You Love Me Too” est du pur Herman Dune, les chœurs et le piano sautillant de “Heartbroken & Free” nous ramènent aux premières heures de la pop, alors que “Freak Out Til the Morning Dew” est une déchirante valse du bayou. Puis vient l’un des sommets de l’album, le très rap “Ballad of Herman Dune (High on Rye & Lost at Sea)”. David-Ivar y pose son flow inimitable, évoque les “Basement Tapes” de Bob Dylan (son mentor), Snoop Dog et Eva Green sur fond de boîte à rythmes hip-hop. La définition même du « cool ».

Depuis 20 ans, c’est la facilité qui nous frappe chez Herman Dune. La facilité avec laquelle David-Ivar arrive à tailler des petits bijoux, sans donner l’impression de forcer, comme une seconde nature. Tout sonne alors comme une évidence : le blues de “LA Blues”, les références (encore) à Bob Dylan ou même Johnny Cash, le hip-hop qui se heurte à la country. Tous les titres ont des airs de petits classiques. “Mookie Mookie” serait une reprise de “Roll over Beethoven” par Beck. David-Ivar semble même l’avouer à demi-mot sur “PS I Could Have Done Great Things”, sorte de reprise au ralenti de son “I’d Rather Walk than Run” (sur “Giant”, 2006).

Dédié au regretté et immense David Berman (Silver Jews, Purple Mountains), “Notes from Vinegar Hill” est une réussite de bout en bout. Pas de doute, 20 ans après, nous aimons toujours Herman Dune. Normal, quand on aime, on a toujours 20 ans. Oh yeah.

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