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The Divine Comedy a 30 ans : retour sur quelques pièces rares

Cet automne, pour célébrer les 30 ans de carrière de The Divine Comedy (et ses 50 ans ?), Neil Hannon a sorti Venus, Cupid, Folly & Time, un plantureux coffret rétrospectif de 24 CD, et réédité ses albums en vinyle, le tout avec de nombreux bonus. L’occasion d’un retour sur le parcours musical de ce songwriter majeur à travers quelques trésors cachés que dissèque pour nous un érudit en la matière, le créateur du très exhaustif site web A Short Site About The Divine Comedy.

“Pie Jesu” (1985)

Au milieu des années 80, Neil Hannon n’est encore qu’un adolescent nord-irlandais, fils de pasteur, doté d’une bonne oreille musicale. Il a grandi au contact de la musique sacrée qui l’a fortement imprégné, comme en témoigne cet extrait du “Requiem” de Gabriel Fauré. Alors enfant de chœur et soprano, il le chante lors du tournage d’un petit film pour la BBC consacré à l’ouverture au public de grottes dans la région d’Enniskillen en Irlande, où il vit.

Mais très vite, le jeune Neil et se prend d’une passion pour la pop music,  notamment la synth-pop qui cartonne alors. Il réalise des enregistrements sur magnétophone, faute de posséder un sampler. Une collection de ces brouillons très anecdotiques, où sa voix n’a pas encore mué, figure sur le premier disque du coffret, intitulé Juveneilia.
L’étape suivante est alors de former un groupe à la Portora Royal School (école d’Enniskillen naguère fréquentée par Samuel Beckett et Oscar Wilde). Des enregistrements de celui-ci, nommé October en référence à U2, figurent également sur ce disque. On retiendra en particulier une ébauche intitulée “Loving You (Merciful Release)” où, accompagnée par une basse, une jolie mélodie est jouée au piano, ainsi que “Who Is This Man” sur laquelle s’ajoutent au synthétiseur (?) des orchestrations de cordes pouvant déjà laisser présager du futur de l’œuvre de Neil Hannon.
Le second CD de Juveneilia reprend les premiers disques de The Divine Comedy, longtemps “oubliés” par son créateur, car s’inscrivant dans un format plus rock que ce qu’il fera par la suite: l’album Fanfare for the Comic Muse produit par John O’Neill des Undertones et les EP Timewatch et Europop (ce dernier produit par Edwyn Collins), tous deux remasterisés (on regrettera cependant des erreurs de pressage sur certains de ces morceaux).

“Bernice Bobs Her Hair”, version démo (Liberation, 1993)

Considéré comme la pierre fondatrice de The Divine Comedy en tant que projet de pop baroque du seul Neil Hannon, Liberation fut enregistré avec très peu de moyens à l’époque, au studio de Eurythmics, puis mixé à celui des Jesus and Mary Chain. C’est donc probablement l’album qui a le plus nécessité des soins de remastering, apportés par Frank Arkwright d’Abbey Road Studios.


Le disque bonus comprend des prises live, ainsi que des extraits des nombreuses maquettes réalisées à l’époque où Neil s’était cloîtré dans sa chambre du domicile parental pour se détacher de ses influences rock et parvenir à une musique beaucoup plus personnelle. On retiendra notamment cette maquette de “Bernice Bobs Her Hair”, au son témoignant de l’époque, et donc daté, mais qui montre un compositeur sur la bonne voie. Le véritable déclic se fera en fait grâce à la petite amie de son frère, la violoniste Lucy Castle, qui présentera Neil Hannon à des musiciens de formation qui, de fil en aiguille, en viendront à constituer tout un orchestre.

“Assume The Goldsmith” (Promenade, 1994)

Ayant très peu de moyens pour se produire en live, Neil Hannon décide d’enregistrer rapidement un second album, Promenade. Pour celui-ci, l’écriture emprunte beaucoup à la composition classique, et les arrangements sont très baroques (très peu de guitare sur l’album). A l’occasion de sa réédition, un nouveau mix réalisé par l’ingénieur du son Guy Massey (qui a notamment travaillé sur les remasters des Beatles en 2009) est sortie en téléchargement uniquement. Celui-ci revisite l’album comme il serait mixé aujourd’hui. On peut apprécier le soin apporté à rendre plus clairs certains éléments, mais les puristes regretteront le cachet de certains effets.


Le disque bonus comprend là aussi des versions live et des maquettes. Parmi celles-ci, remarquons “Assume The Goldsmith” dont le titre et la mélodie peuvent sembler familières. En effet, cette ébauche sera enfin finalisée en 2010 pour devenir “Assume The Perpendicular” (sur Bang Goes The Knighthood). Le morceau remonte en fait à l’époque d’October, la première formation de Neil Hannon. Il s’intitulait d’ailleurs “October”, et figure sur Juveneilia. Il semblerait que l’Irlandais n’abandonne jamais une bonne composition, quitte à attendre 20 ans avant de lui donner sa forme définitive et de la dévoiler au grand public !

“The Dogs and the Horses”, version live (Casanova, 1996)

A la fin de la tournée Promenade, Neil Hannon est interviewé sur une radio locale de Sens où il vient de donner un concert accompagné d’un quatuor à cordes. On lui demande s’il pense trouver un jour le succès en Angleterre. A la grande surprise de ses interlocuteurs, il répond, sûr de lui : « Yep ! Next album ! ». En effet, Neil a assisté à l’explosion de groupes comme Blur, et bientôt Pulp (formé au début des années 80 et longtemps oublié par la gloire), et est plus que jamais décidé à prendre le train en route. Il saisit alors l’esprit easy listening en vogue à ce moment-là et donne naissance à l’ambitieux Casanova. Bénéficiant de davantage de moyens que les deux albums précédents grâce à la manne financière qu’a apportée à Setanta le succès inattendu de “A Girl Like You” d’Edwyn Collins, le disque ne rencontre pourtant pas beaucoup plus de succès que le précédent à sa sortie en Angleterre.
Alors qu’il tourne en tête d’affiche en France, c’est dans les petits clubs qu’il joue outre-Manche. La situation s’améliore quand Setanta édite un premier single qui est remarqué par l’animateur radio Chris Evans. Complètement conquis, celui-ci fait alors entrer The Divine Comedy dans la cour des grands de la Britpop (bien que Neil Hannon soit irlandais !). Mission accomplie, donc.


Pour témoigner de cette période qui précède de peu le succès, une version live du majestueux “The Dogs and the Horses” conclut le disque bonus. Cet enregistrement a été réalisé par l’un des rares fans anglais de l’époque, quelqu’un qui toujours été dans les bons plans de la scène underground, un dénommé Lee McFadden, musicien ces dernières années pour Alternative TV, Jowe Head et The Cult Figures.

“A Short Film About Dreams” (A Short Album About Love, 1997)

Fin 1996, Neil Hannon est au sommet. En terme de succès déjà, grâce à l’album Casanova, mais artistiquement aussi car il débute l’écriture de son œuvre la plus ambitieuse, Fin de siècle. Décidément insatiable, il décide en outre de réaliser un rêve : se produire en concert accompagné d’un orchestre complet. Cette date au Shepherd’s Bush Empire à Londres sera également l’occasion d’enregistrer un mini-album intitulé A Short Album About Love. Suivra alors une tournée ambitieuse.
L’album est présenté ici accompagné de bonus, et surtout d’un DVD de ce concert particulier dont les images étaient jusqu’ici inédites (le label ayant refusé à l’époque de payer des droits d’exploitation pour l’image des musiciens…). Tant attendu par de nombreux fans, celui-ci a suscité l’engouement collectif. On restera cependant réservé sur l’aspect un peu bâclé de cette sortie qui aurait mérité mieux : en effet seules 52 minutes (sur un concert originellement en deux parties) ont été conservées, et l’image est mystérieusement assez petite, cernée d’un grand cadre noir. L’ensemble reste toutefois un grand plaisir pour les yeux et les oreilles.


L’album, remasterisé également, est fourni avec 40 minutes de bonus, dont des petites ébauches instrumentales qui sonnent comme si elles étaient sorties de sessions de Scott 3 de Scott Walker, l’un des héros de Neil.

“London Irish” (Fin de siècle, 1998)

Fin de siècle est l’un des albums les plus discutés de The Divine Comedy. Trop pompier, trop loin de la pop minimaliste des débuts pour les uns, ambitieux et génial pour les autres, il divise les fans. Plus sérieux et plus sombre que les disques précédents, il voit aussi The Divine Comedy se tourner vers une écriture plus réaliste et ancrée dans la société, voire l’actualité.
Un seul titre détonne, le tube “National Express” qui permet alors à The Divine Comedy d’atteindre le top 10 en Angleterre. Démolie par le NME qui y entend du mépris de classe, la chanson est en fait nourrie des souvenirs de voyages de Neil Hannon, quand celui n’avait pas d’autre moyen pour aller rendre visite à son frère que de prendre les bus de la compagnie National Express.


Le disque bonus comprend quelques démos et répétitions qui nous plongent dans la genèse de l’album, ainsi qu’une sélection des (nombreuses) faces B. Probablement l’un des titres les plus sous-estimé de son répertoire, le nostalgique “London Irish” montre un Neil Hannon tiraillé, qui commence à se demander si sa place est vraiment à Londres ou s’il devrait rentrer au pays. Il y retournera en 2003.

“Note to Self”, version live (Regeneration, 2001)

A l’occasion d’un passage à l’émission Nulle part ailleurs sur Canal+, Neil Hannon déclare que son prochain album pourrait être totalement différent. Et en effet, afin d’asseoir la crédibilité de The Divine Comedy en tant que véritable groupe, le musicien décide de faire appel à un producteur connu, Nigel Godrich (Radiohead, Travis, Beck) pour apporter un nouveau son à son premier album chez Parlophone. Le résultat, dont le titre Regeneration sonne comme une déclaration d’intention, divisera les fans comme le précédent, mais pour des raisons différentes. Pour certains, qui retrouvent alors celui qu’ils avaient aimé à l’époque de Liberation, Neil Hannon s’affirme comme songwriter, loin des artifices musicaux, tandis que d’autres trouvent au contraire qu’il cède à la mode, qu’il avait pourtant toujours su tenir à distance.


Regeneration contient certains des morceaux à la fois les plus rock et les plus introspectifs comme ce “Note to Self” présenté ici dans une version live où le guitariste Ivor Talbot (qui quittera le groupe peu après) se livre à des expérimentations.

“Windy Pop” (Absent Friends, 2004)

Après l’épisode Regeneration, Neil Hannon est épuisé psychologiquement. Il décide alors d’opérer un changement radical aussi bien dans son groupe que dans sa propre vie, ayant maintenant des responsabilités familiales. Il enregistre alors son album le plus facile d’accès, avec des morceaux reconnus comme étant les plus classiques de son répertoire : “Our Mutual Friend”, “Charmed Life”, “Absent Friends”.
A partir de cette époque, les arrangements suivront une recette baroque assez habituelle (pour ne pas dire convenue) d’album en album. Cependant, il serait trompeur de croire que c’était forcément l’idée de départ. Le disque bonus dévoile ainsi l’une des ébauches de “Our Mutual Friend”, sous une forme électronique et dansante plutôt inattendue.


Notons également ce curieux “Windy Pop” où Neil révèle ses penchants (toujours assumés) pour Aqua et Kraftwerk. On y retrouve également le même Speak & Spell (Dictée magique) qu’utilisé sur “My Imaginary Friend”. L’idée de faire un tel disque de synth-pop était alors à l’étude pour l’album suivant, mais il en ira tout autrement…

“Guantanamo” (Victory for the Comic Muse, 2006)

Pour conclure son contrat avec Parlophone, un album est réalisé dans un temps assez court en studio, mais dans des conditions live. L’enregistrement de Victory for the Comic Muse fera l’objet d’un documentaire en DVD (malheureusement pas inclus dans ces rééditions). Considéré comme un peu inégal, l’album sort à une époque où Neil Hannon compose beaucoup, dans des styles différents, aussi bien pour lui-même que pour d’autres artistes. Ainsi, “A Lady of a Certain Age” était initialement destinée à Jane Birkin (pour son album Fictions), mais à cause du titre pouvant être mal interprété, la chanson sera finalement gardée pour  Victory for the Comic Muse et deviendra un classique.


Le CD bonus nous offre quelques démos (dont celle de “Home”, chanson interprétée par Jane Birkin et Johnny Marr), ainsi qu’une sélection de faces B et raretés. Parmi celle-ci, ce “Guantanamo” sorti à l’époque uniquement sur MySpace, rare prise de parole politique directe de l’artiste.

“Wide Open Spaces” (Bang Goes the Knighthood, 2010)

En 2007, Neil Hannon est à nouveau un homme libre : sans maison de disque et divorcé. Avec parfois un peu la larme à l’œil, il arrive quand même à beaucoup s’amuser à cette époque, et fait de nouvelles rencontres à Dublin. En sortiront deux albums avec The Duckworth Lewis Method qui, comme le nom l’indique, traitent du cricket, sport pas franchement populaire en France. Il enregistre également son premier album de The Divine Comedy autoproduit, Bang Goes the Knighthood. Ce disque aux orchestrations plus discrètes que sur les précédents, à l’inspiration parfois proche du music-hall et aux textes volontiers sarcastiques (“The Complete Banker”) fera l’objet de longues tournées piano solo.


Le disque bonus de cet album comprend uniquement des démos de cette époque, assez inégales. Notons cette musique composée pour le film Wide Open Spaces d’Arthur Matthews (Father Ted, Big Train, Toast of London), qui synthétise l’image de gentleman victorien que Neil Hannon s’est créée avec une certaine ironie.

“Breakfast” [“To Our Fathers in Distress” demo] (Foreverland, 2016)

Le début des années 2010 a vu Neil Hannon connaître de nombreux changements personnels. Plutôt positifs dans l’ensemble : il a notamment trouvé l’amour avec Cathy Davey, et les deux tourtereaux sont partis à la campagne s’occuper d’un refuge pour animaux. C’est surtout de cela que traite Foreverland dont on pourrait décrire la musique comme du folk orchestral, avec des textes où Neil disserte sur les relations humaines et affectives.
Dans un registre nettement moins plaisant, le père de Neil, le Rev. Brian Hannon de l’église d’Irlande, est atteint depuis plusieurs années de la maladie d’Alzheimer. Pour lui rendre hommage, Neil Hannon compose une pièce pour orgue qui a été interprétée au Royal Festival Hall de Londres en 2014, “To Our Fathers in Distress”.


Parmi les extras de cette réédition de l’album figure une démo d’un extrait de cet œuvre touchante, qui fut enregistrée lorsque Neil disposait d’un espace de composition au National Concert Hall de Dublin. Notons aussi la présence d’une version démo du morceau “Who Were We ?”, composé pour le film de Leos Carax Holy Motors et interprété dans le film par Kylie Minogue – sur la démo, c’est Cathy Davey qui chante.
A cette époque, Neil Hannon maquette énormément de compositions, dont celles de l’album Foreverland. Ces démos furent vendues (scandaleusement) 50 £ pièce à l’époque, mais heureusement une sélection de celles-ci figurent ici dans les bonus et permettent de mieux percevoir la démarche de composition. En effet, comme Neil Hannon l’avait révélé à l’époque, avant d’être orchestré, l’album devait être, une fois encore, un projet de synth-pop. Des versions de titres tels que “My Happy Place” montrent ce que Foreverland aurait pu être. Ce projet verra finalement le jour avec Office Politics.

“The Divine Comedy Ltd” (Office Politics, 2019)

Dernier album en date de The Divine Comedy, Office Politics a rencontré l’incompréhension d’une partie du public. Pourtant, cela faisait plus de 30 ans justement que Neil Hannon rêvait de devenir Phil Oakey de Human League ! Ce rêve, il l’a enfin concrétisé avec un double album. La première moitié plus synthétique est un hommage à la pop des années 80, tandis que la seconde rappelle davantage le style habituel de The Divine Comedy.

La réédition de cet album – ainsi que celle de Foreverland – est fournie avec un disque bonus totalement différent de ceux des éditions précédentes (les démos des spectacles musicaux Swallows And Amazons pour Office Politics, et In May pour Foreverland). On y retrouve une vingtaine de morceaux totalement inédits et exclusifs au coffret. Ceux-ci étant malheureusement indisponibles en ligne, nous avons choisi le clip du double single “Infernal Machines”/“You’ll Never Work In This Town Again” réalisé l’an dernier par Mathieu Persan et Maéva Pensivy. Mathieu Persan a également réalisé des visuels pour chacun des albums de The Divine Comedy, tout d’abord dans le cadre d’une exposition temporaire aux Folies Bergères en 2017, et qui ont été immortalisés sur les fourreaux des CD exclusifs au coffret.

Avec la participation de Vincent Arquillière.

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