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Disques

Mary Lattimore – Silver Ladders

En une dizaine d’années, Mary Lattimore s’est fait une place de choix au sein de la musique expérimentale, et, plus largement, de la scène indépendante. Que ce soit à travers ses propres compositions ou ses contributions diverses, l’artiste a su imposer sa signature sonore, mais aussi son instrument : la harpe.

Depuis “Hundred of Days”, l’Américaine Mary Lattimore a enchaîné les projets collaboratifs (avec Meg Baird, Mac McCaughan…), et les apparitions, comme dernièrement sur les albums “Shiver” de Jónsi, et “Healing Is a Miracle” de Julianna Barwick (tous deux sortis cette année).

Au début du mois d’octobre, elle publiait “Silver Ladders”, un album solo qui n’en est pas vraiment un. Car si la harpiste est habituée à enregistrer ses disques seule, elle a cette fois-ci fait appel à un producteur, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de Neil Halstead, chanteur et guitariste du groupe Slowdive. Cette rencontre entre les deux artistes, tant d’un point de vue artistique que personnel, a donné lieu à l’un des sommets musicaux de cette fin d’année.

Plus sombre dans sa tonalité et son atmosphère, “Silver Ladders” n’est pour autant pas moins envoûtant que les précédents travaux de Lattimore. Bien au contraire. Avec peu de moyens, et quelques effets, la musicienne parvient à peindre des cartes postales riches en nuances et détails. Son jeu complexe et tentaculaire transporte l’auditeur vers des paysages à la fois étrangers et familiers. C’est en partie ce qui explique la nostalgie qui nous traverse. A travers sa musique, Mary Lattimore évoque des instants figés, des rencontres, des sensations qui deviennent instantanément nôtres. L’essence de “Silver Ladders” se trouve dans de petits fragments de la vie de son auteure. Des anecdotes, anodines pour l’auditeur, qui revêtent ici une dimension universelle.

Ces souvenirs, personnels, sont partagés à deux voix. Aux notes infinies de la harpe répond l’écho de la guitare d’Halstead. Mais si l’influence de ce dernier est indéniable, sa contribution demeure subtile et maitrisée. En effet, loin de prendre le dessus sur la mélodie principale, la guitare vient au contraire souligner, voire accentuer le travail de Lattimore. Le jeu d’Halstead, semblable au lent mouvement des vagues, crée par endroits la surprise, comme sur l’onirique “Sometimes He’s in My Dreams”, sur lequel il semble jouer le rôle de l’homme rêvé. Sur “Don’t Look”, titre le plus sombre de l’album, en hommage aux disparus en mer, la guitare vient en renfort pour calmer les éléments déchainés. Alors que le jeu de Mary Lattimore s’intensifie, au rythme d’une basse solennelle, la présence du guitariste rééquilibre les forces, et apporte à la fois accalmie et mélancolie.

Cette complémentarité entre les deux musiciens trouve son apogée sur “Til a Mermaid Drags You Under”, improvisation de plus de 10 minutes, sans doute le morceau sur lequel leur dialogue est le plus animé. Ici, l’auditeur se laisse lentement entrainer vers le large, guidé par le scintillement de plus en plus lointain des cordes de la harpe, et les douces ondulations de la guitare. Il ne trouvera pas de sirène, mais un apaisement certain, et immédiat.

En puisant dans les petits moments du quotidien, Mary Lattimore réussit à capturer l’éclat de l’instant présent, dans des contes en perpétuel mouvement, qui font de “Silver Ladders” une expérience nouvelle à chaque écoute.

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