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Disques

Sinaïve – Dasein

Comment se remettre d’un choc, même esthétique ? Comment ne pas s’impatienter dans l’attente d’une nouvelle sortie ? Comment éviter de trop scruter les réseaux sociaux à la recherche de nouvelles fraîches ? Voici le genre de questionnements qui nous a occupé l’esprit depuis la parution, au début de cette année, de “Révélation Permanente Bootleg”, le premier album du jeune groupe strasbourgeois Sinaïve, que nous avions chroniqué ici et que celui-ci ne présente pourtant que comme un simple recueil de démos. La déflagration musicale avait été telle qu’elle nous avait profondément marqués.

Le trio, désormais devenu quatuor, avait déjà sorti les EP “Poptones” et “Tabula Rasa” en 2018 et 2019, mais le groupe apparaissait encore trop corseté par ses influences (Spacemen 3 et My Bloody Valentine notamment) pour vraiment faire chavirer nos cœurs. Il se présente maintenant avec un nouvel EP intitulé “Dasein” qui sort sur le label parisien Buddy Records, leurs précédentes œuvres étant toutes sorties en autoproduction. Cet EP semble conclure une trilogie, les trois ayant une pochette identique mais aux couleurs différentes : un bleu, un rouge et un blanc (bleu-blanc-rouge, comme c’est bizarre…). En tout cas, ce qui est sûr, c’est que ce nouveau disque est une raison de plus de se réjouir d’avoir récupéré l’Alsace-Lorraine.

Composé de cinq titres, cet opus montre une vraie progression, en particulier dans le traitement du son. Avec ses guitares sur-saturées et ultra-compressées, sa boîte à rythmes et la voix souvent recouverte du chanteur, la musique s’avère plus complexe et élaborée, une masse parfois informe et indistincte mais délestée d’oripeaux shoegaze encore présents par le passé, une succession de vibrantes vagues électriques particulièrement salutaires en ces temps incertains. La preuve avec “Paradoxe français”, la chanson d’ouverture, morceau de bravoure de plus de six minutes mené à un rythme trépidant. C’est également le cas avec “Masse critique”, titre démarré par un gros riff de guitare et où tout se mélange progressivement, où il devient difficile de distinguer les instruments. Un morceau très rythmé là aussi, qui se termine par une partie instrumentale finalement plus calme.

Mais Sinaïve sait aussi nous réserver des plages plus apaisées où la marée électrique est moins agitée. Ainsi, “Syndrome de Vichy” est un modèle de calme et de langueur avec son tambourin et ses chœurs féminins. Même s’il y a, avec “Eternel retour”, morceau presque punk, la résurgence d’un rythme tumultueux où tous les instruments finissent par se mélanger encore une fois, l’EP se clôt sur la chanson “Avec elle”, insouciante ballade sixties dans la lignée des Limiñanas, autre excellent groupe français actuel. Mais, à la différence du couple de Cabestany, toutes les paroles de Sinaïve restent en français, pour des textes poétiques à la fibre politique parfois sous-jacente.

Au bout du compte, les jeunes Strasbourgeois démontrent, une nouvelle fois, qu’ils savent transcender leurs influences pour proposer une musique qui leur est propre, parfaitement identifiable. Il est inutile de vouloir ranger ce quatuor dans une case tant sa musique est sensationnelle, dans tous les sens du terme. Comment se remettre d’un choc (musical, au moins) ? En le revivant, plus intensément encore.

Photo : Raphaëlle Albane.

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