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Disques

Angel Olsen – Whole New Mess

Il est une constance dans la musique d’Angel Olsen : la solitude. Tout au long de sa jeune et prolifique carrière, l’artiste s’est réfugiée dans l’isolement pour questionner ses peurs et soigner ses peines. A l’automne dernier, elle publiait “All Mirrors”, en réponse à une rupture brutale. Une crise émotionnelle qui se traduisait par un changement esthétique radical, comme en témoignaient l’orchestration foisonnante et l’apport d’une section d’instruments à cordes. Avec ce disque introspectif, que l’on pourrait aisément qualifier de chef-d’œuvre pop baroque, la musique d’Olsen atteignait des hauteurs jusqu’alors inexplorées, décuplant par la même occasion la force émotionnelle de son chant.

Moins d’un an après sa sortie, Angel Olsen publie “Whole New Mess”, une version alternative et épurée de son prédécesseur. La rancune est tenace, pourrait-on se dire. Mais il n’en est rien, puisque ce qui s’apparente à une relecture intime se trouve être en fait l’idée première. En 2018, l’artiste s’était en effet isolée dans une église reconvertie en studio à Anacortes (Etat de Wshington), avec l’envie d’y faire résonner seulement sa voix et sa guitare. Une mise à nu musicale et émotionnelle rappelant l’acoustique lo-fi de “Strange Cacti” (2010). Les sessions d’Anacortes qui ont servi de base pour l’enregistrement de “All Mirrors” sont donc publiées dans leur forme originelle deux ans après, accompagnées de deux inédits (le crépusculaire “Whole New Mess” et “Waving, Smiling”).

Sous ses allures élémentaires, “Whole New Mess” n’est pour autant pas le brouillon de son prédécesseur. Car si l’émotion est intacte, les ambiances sont diamétralement opposées. La grandeur romanesque de “All Mirrors” instaurait une certaine distance. Nous assistions à la scène, sans y prendre part. Ici, nous sommes tout près. Si proche que l’on peut presque entendre l’artiste reprendre son souffle entre deux phrases. L’intimité de ces versions n’a pas pour effet d’atténuer le propos mais au contraire de plonger l’auditeur au cœur des tourments de la chanteuse. Olsen y chante son amertume, pieds nus, sur les cendres encore fumantes d’un passé commun.

L’aspect brut et non verni de ces compositions apporte une dimension plus spectrale, et inévitablement, plus solitaire. Pour autant, même seule, Angel Olsen réussit à remplir l’espace grâce à sa voix singulière. Une voix qui retrouve une place centrale, naviguant au dessus d’éléments naturels. L’électricité n’est plus dans l’orchestration, mais bien dans l’atmosphère, ici très chargée. La chanteuse n’hésite d’ailleurs pas à hausser le ton (“Lark Song”, (“We Are All Mirrors”)) », criant même jusqu’à la saturation (“Impasse (Workin’ for the Name)”).

L’effet de réverbération omniprésent donne l’illusion de vivre ces interprétations en temps réel, tout en gardant le souvenir de leur écho. L’artiste joue sur les nuances pour souligner le désordre émotionnel qui l’habite. « Forever’s Just So Far », répète-t-elle sur le somptueux “Chance (Forever Love)”, avant que sa voix ne s’éloigne. A l’image des vagues effaçant les écritures sur le sable, le chant semble finalement s’évaporer dans l’imperceptible. Une manière de tirer le rideau sans pour autant tourner la page. Quant à nous, nous patienterons jusqu’à ce qu’il s’ouvre à nouveau.

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