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Disques

Raretés (dé)confinées (17) : “Barfly” de Superstar

La fin du confinement et, espérons-le, le retour graduel à une vie à peu près normale ne doivent pas nous empêcher de nous replonger dans quelques disques obscurs et oubliés. Et, parfois, d’y retrouver des chansons qui ont compté, et qui nous évoquent des souvenirs. Aujourd’hui, “Barfly” de Superstar (1992).

Il y a quatre ans, lors du Popfest à New York, j’avais assisté au Rough Trade Shop de Brooklyn à une projection de “Big Gold Dream”, documentaire narré par Robert Forster qui traite de la période postpunk/new wave en Ecosse (à voir ici, sans sous-titres). Mis en ligne gratuitement pour une durée limitée début mai, “Teenage Superstars”, du même réalisateur Grant McPhee et avec Kim Deal en voix off cette fois-ci, se penche, lui, sur les années “indie”, du milieu des 80’s au début des 90’s. Malgré le manque d’archives visuelles (certaines sont exploitées jusqu’à plus soif), l’absence parmi les témoins de figures majeures comme les frères Reid ou Bobby Gillespie et l’accent parfois impénétrable des intervenants, le film s’avère un petit régal pour tous ceux qui ont fait leur éducation musicale avec ces groupes sans prétention – sinon celle de s’amuser en toute liberté –, mais capables d’éclairs de génie.
Toutes les “scènes” locales, fédérées autour de quelques labels (ici, pour l’essentiel, Creation et 53rd & 3rd) et tirées par une ou deux locomotives, ont connu leurs “cinquièmes Beatles”, ces artistes qui n’auront pas su prendre le train en marche et auront été oubliés par la gloire. Dans le cas présent, l’affirmation mérite toutefois d’être nuancée. Certes, les Jesus and Mary Chain, vite passés sur une major, auront connu un succès commercial rapide et durable, et Primal Scream ou les Soup Dragons auront fini, grâce à un recentrage “baggy” assez similaire, par passer des charts indépendants aux charts tout court. Teenage Fanclub sera également resté populaire tout au long des années 90, et même après. Mais les autres, Pastels, Vaselines, Shop Assistants ou BMX Bandits – qui, comme le montre le doc, ont plus ou moins commencé en faisant de la musique ensemble dans le salon familial des uns ou des autres –, se sont contentés d’un statut culte et de l’adulation de Kurt Cobain, sans doute le premier surpris à vendre mille fois plus de disques qu’eux.

A cette aune, peut-on vraiment qualifier Joe McAlinden de loser ? Ça se discute, mais toujours est-il que le rouquin – qu’on voit un peu dans le film de McPhee – n’aura jamais acquis une reconnaissance à la hauteur de son talent. Ni avec The Boy Hairdressers (un single en 1987 avant que le reste du groupe n’aille former le Teenage Fanclub). Ni avec The Groovy Little Numbers, dont les deux seuls maxis, sortis en 1988, sont à classer entre les Housemartins, Sarah Records et le meilleur Belle and Sebastian. Ni avec son groupe suivant (il a aussi fait partie des BMX Bandits, comme la moitié des musiciens écossais), nommé très modestement Superstar – le titre du film ne vient pas de là, mais d’un morceau des Vaselines. McAlinden a peut-être cru son heure venue en 1998, quand Jools Holland l’a invité à jouer sans son émission, annonçant dans son lancement que Brian Wilson voulait travailler avec le groupe et que Rod Stewart allait reprendre l’un de ses morceaux. Je ne suis pas certain que la collaboration avec le génie des Beach Boys se soit concrétisée, en revanche Rod the Mod a bien inclus sur l’album “When We Were the New Boys”, aux côtés de compositions de Noel Gallagher, Primal Scream, Ron Sexmsith ou Nick Lowe, un titre initialement interprété par Superstar et inititulé tout simplement… “Superstar”.

Mais j’avais depuis longtemps lâché l’affaire. Pour tout dire, j’en étais resté au tout premier mini-album, paru chez Creation en 1992 sous un titre pour le moins ironique, “Greatest Hits Vol. One” – même si ces six chansons impeccables auraient mérité d’être des tubes. Ce n’était pas par manque d’intérêt, plutôt en raison d’une quasi-absence de promotion en France des disques suivants, qui se retrouvèrent de plus en plus en porte-à-faux avec les tendances des années 90, Britpop, trip-hop, électro et autres mélanges… L’écriture pop classique et jamais frimeuse de McAlinden avait aussi sans doute le malheur d’être trop proche de celle de ses amis du Teenage Fanclub, s’abreuvant aux mêmes sources sixties et seventies. C’est particulièrement flagrant sur “Barfly”, le premier titre de “Greatest Hits Vol. One”, qui rappelle immanquablement Big Star. Le groupe réenregistrera la chanson pour son premier vrai album deux ans plus tard, mais on peut préférer la version d’origine, un peu plus rugueuse, qui mériterait une place sur un best-of de l’indie pop écossaise. Mélodiste de premier ordre, Joe McAlinden fait aujourd’hui de la musique sous le nom de _Linden, plus loin que jamais des projecteurs. Et c’est toujours très bien.

La version album de “Barfly” (1994) :

“Happy Like Yesterday” des Groovy Little Numbers figure sur l’excellent coffret 3 CD “C88” publié par Cherry Red, et à juste titre : c’est sans doute l’une des meilleures chansons sorties cette année-là.

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