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Disques

Raretés confinées (13) : “Something Wild” de Rare

Ce confinement est pour beaucoup d’entre nous l’occasion de nous replonger dans quelques disques obscurs et oubliés. Et, parfois, d’y retrouver des chansons qui ont compté, et qui nous évoquent des souvenirs. Aujourd’hui, “Something Wild” de Rare (1996).

Il y a quelques jours, dans la “Rareté confinée” consacrée à Power of Dreams, j’écrivais que leur tout premier EP, en 1989, avait été produit par Sean O’Neill, membre des Undertones puis de That Petrol Emotion. Si l’information est vraie, elle mérite néanmoins une précision : le guitariste et songwriter s’est longtemps appelé John O’Neill, avant d’“irlandiser” son nom en Seán Ó’Néill dans les années 90. Il lançait alors son troisième groupe, au nom moins claquant que les deux précédents (mais prédestiné pour cette rubrique) : Rare.

Cette découverte m’a donné l’envie de ressortir du fond d’un placard leur unique album, “Peoplefreak” (1998). Le type même du disque arrivé trop tard, pas mauvais en soi mais dont on se demande un peu qui aurait l’idée de le réécouter aujourd’hui. Pour aller vite, c’est du trip hop pas trop lounge, plutôt travaillé, avec une tendance à l’expérimentation et à la déconstruction héritée du dub et qui peut rappeler Tricky ou même un groupe comme Moonshake (notamment sur “Life Can”, morceau assez étouffant qui, curieusement, ouvre le disque).

En 1996, à un journaliste du “Irish Times” qui trouvait ses nouvelles compositions très différentes de ce qu’il avait fait jusqu’ici, Seán/John répondait : « Elles ne le sont pas autant que les gens le pensent, en fait. Si vous écoutez des morceaux de That Petrol Emotion comme “Big Decision”, vous vous rendez compte que ce genre de son était déjà sous-jacent, mais ce qui a vraiment influencé la direction musicale de ce nouveau groupe, c’est l’album “Blue Lines” de Massive Attack. On s’est dit que c’était ça, le son du futur. J’ai toujours beaucoup écouté de musique noire et de musique de danse, c’est donc une progression logique pour moi. »

Le problème, c’est que le groupe a tardé à se mettre en branle et s’est fait doubler dans la montée. L’article du “Irish Times” cite ainsi le morceau “Same as Always” qui évoque fortement Portishead : Ó’Néill affirme qu’il avait été écrit avant la sortie de “Dummy”, mais il ne sera enregistré qu’après. Quand l’album paraît enfin, en avril 1998, ce genre de sonorités n’est pas encore passé de mode, mais la vague est quand même un peu retombée. Surtout, le seul single de Rare à avoir légèrement affolé les charts (il s’était classé 57e en Grande-Bretagne), et qui avait suscité un certain intérêt des médias, date déjà un peu – de février 1996, pour être précis. Il s’appelle “Something Wild” (pas forcément de rapport avec le film de Jonathan Demme) et fait le meilleur usage des deux grands atouts du groupe : la guitare de Seán Ó’Néill, bien sûr, mais aussi la voix magnifique de Mary Gallagher. “Pa pa pa pa pa” traînant + riff de guitare en coin + rythmique caoutchouteuse = petite tuerie downtempo.

Deux ans plus tard, le morceau n’aura aucun mal à se distinguer du reste de l’album, nettement plus tortueux et moins accrocheur. C’était sans doute le problème de pas mal de groupes à cette époque, voisins de placard de Rare, qui passaient beaucoup de temps en studio et accordaient parfois plus d’importance à la production qu’à la composition : ils peinaient à écrire des chansons vraiment mémorables. Celles qui parviennent, comme “Something Wild”, a rester durablement en tête sans pour autant se réduire à quelques gimmicks, sont donc d’autant plus précieuses.

Une version live “for fans” d’un concert de 2013 :

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