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Bilan 2019 – “Songs, spells, madrigals” : retour sur une décennie

Une décennie commence et se finit souvent par des disques charnières, visionnaires parfois, qui marquent de leur empreinte le changement d’époque, ou bien captent de manière implacable quelque chose de l’air du temps. Les années 80 avaient ainsi débuté par “Closer” de Joy Division et s’était refermées sur “Disintegration” de Cure et “Violator” de Depeche Mode, qui lui répondaient à distance. Ce n’était pas un hasard : deux des groupes-monstres anglais, qui se construisirent sur les ruines du post-punk, annonçaient, par leur introspection, plus que la fin d’une époque, la fin d’un monde. Le premier ne s’en releva jamais artistiquement, le second connut bien des descentes aux enfers, et quelques renaissances, sans jamais tout à fait retrouver la grandeur de son glorieux passé. 

Les premières années de la décennie 2010 auront bien été celles d’Arcade Fire, de MGMT et de Beach House, trois groupes exemplaires qui ont su tracer leur chemin, en ménageant des passerelles avec un glorieux passé (pop, psychédélisme, shoegaze, soul…), mais aussi le regard tourné vers l’avenir, et parfois même vers les étoiles. “I’m moving past the feeling again” comme le chantait Win Butler dès la première minute de “The Suburbs” publié à l’été 2010. Une mélancolie qui savait aussi se faire plus légère, et même euphorique, bien loin du sentiment général qui semble flotter dans l’air aujourd’hui, en cette fin d’année 2019, d’une noirceur inédite. Au milieu de la décennie, il y eut un mercredi et de vendredi funestes, beaucoup de sang inutilement versé et des larmes, Paris touché en plein coeur, et l’attaque du Bataclan, une salle rock et des spectateurs épris de musique et de liberté. Et désormais, l’urgence climatique semble se faire chaque jour plus prégnante, accompagnée d’une crise d’identité démocratique profonde, sans même parler plus avant des multiples conflits sociaux ou religieux qui secouent la planète. 

Ce constat implacable et anxiogène nous était rappelé par Pacôme Thiellement et Sarah Hatchuel il y a tout juste quelques semaines en exergue de “The Leftovers, le troisième côté du miroir” (éditions Playlist Society), essai brillant auscultant au plus près les enjeux de l’essentielle série de Damon Lindelof créée entre 2015 et 2017. Et, comme en écho, aucun autre disque que “Ghosteen” de Nick Cave ne semble exprimer avec autant d’intensité cet état du monde, au seuil de sa propre disparition. Publié sans annonce préalable à quelques semaines de la fin de la décennie, le dix-huitième album de l’Australien est le saisissant témoignage d’un homme qui, après avoir perdu son fils, continue à communiquer avec lui, à travers le temps, l’espace, par la musique. Un homme qui convoque bien des images, des dieux et des mythes anciens, pour trouver un sens à son existence-limite, et, autant que faire se peut, une paix intérieure. Si “Ghosteen” se fait oeuvre de résistance, c’est aussi en raison de son parti pris artistique : comme d’autres disques, il souffre mal des “découpages” de la part de ses auditeurs et s’éprouve sur la durée, loin des modes d’écoute développés à l’ère du streaming, comme un voyage au long cours, traversant mille paysages et sensations. Comme d’autres œuvres essentielles de cette décennie, et quelques disques de deuil inoubliables (“Carrie and Lowell” de Sufjan Stevens et “No Song, No spell, no Madrigal” de The Apartments publiés tous deux en 2015, lire plus bas), “Ghosteen” nous accompagnera longtemps. (H.B.)

En cette décennie finissante, nous avons eu envie de revenir sur des disques que nous avions classés aux premières places dans notre bilan de fin d’année entre 2010 et 2018 – histoire de voir s’ils nous parlaient encore, et comment –, et sur d’autres passés dans doute plus inaperçus, mais pas moins essentiels à nos oreilles.

Beach House – Teen Dream (2010)

C’était le 29 août 2009, il y a un peu plus de dix ans, la fin de la précédente décennie. Le 19 août, par ce qui devait être la soirée la plus torride de l’année, deux rédacteurs parisiens de POPnews étaient au Nouveau Casino pour y écouter trois groupes. Dont Beach House, qui n’était pas la tête d’affiche officielle (les folkeux de Vetiver, dont la carrière ne décollera jamais vraiment en France, jouaient en dernier). Ce soir-là, le duo de Baltimore (devenu trio pour la scène avec l’adjonction d’un batteur) dévoila plusieurs morceaux de son troisième album à venir. Si nous ne savions pas encore alors que “Teen Dream”, qui sortirait le 26 janvier 2010, élargirait considérablement leur public, et que Beach House deviendrait en quelques années l’une des formations phares du rock indé US, ces nouvelles chansons nous avaient fait forte impression. Une tout particulièrement, la sublime “Walk in the Park”. Dix ans et quatre albums plus tard (le suivant, le tout aussi réussi quoique moins surprenant “Bloom”, sera d’ailleurs notre album préféré de 2012), c’est toujours à celle-ci que l’on revient. (V.A.)


Bill Callahan – Apocalypse (2011)

Inévitable Bill Callahan, sorti des brumes de Smog en un phénix sans cesse renaissant sous son propre nom. Il est notre fier étalon, notre éternel mustang, jamais exempt de ruades. De cette décennie, il nous laisse (au moins) deux merveilles qui mettent tout le monde d’accord, dont “Sometimes I Wish We Were an Eagle” et “Apocalypse”, albums apaisés, si ce n’est en apesanteur. À la manœuvre, le splendide percussionniste Neal Morgan (aussi présent sur le disque frère d’“Apocalypse”, “Have One on Me” de Johanna Newsom) remplit les espaces laissés par Bill. Une flûte légère, des guitares free funk, un piano plein d’écho, des arrangements minutieux et classieux par-ci et par-là. Que demande le peuple ? Il veut Bill, sa guitare malhabile, son doux organe profond et sa poésie entre évocations de l’Amérique et de ses mythes, cowboy solitaire, prairies, villages, bétail, outlaws (country). Bill le malin y  ajoute sa propre légende et fait le lien entre tout ce qu’on aime et qu’on déteste dans les USA. No, no, notre Apocalypse. (G. D.)


Michel Cloup (Duo) – Notre silence (2011)

C’est un disque gris, un disque de deuil et de renaissance. On n’attendait plus grand-chose des expériences de Michel Cloup, héros éternel de Diabologum et de Peter Parker Experience, pourtant on s’est pris en pleine face les cris de “Notre silence”. Guitare sourdes, batterie qui cogne et la voix de Michel, notre voix. Et c’est déchirant. Et plein de rage. De cet exorcisme de deuil en micro-autoédition, devenu véritable succès critique et public, Michel Cloup a su tirer parti pour se réincarner sous une nouvelle forme, le power duo, et nous accompagner sur la décennie avec plusieurs disques dont le dernie,r “Danser danser danser sur les ruines” est une nouvelle remise en question de son écriture. “Notre silence”, en 2011, dans le creux de nos oreilles, c’était pas rien. (G.D.)

PJ Harvey – Let England Shake (2011)

Après le très dépouillé “White Chalk” paru en 2007 et “A Woman A Man Walk By”, album en duo avec John Parish deux ans plus tard, PJ Harvey a entamé la nouvelle décennie avec un disque qui a divisé ses fans historiques. Quelles en étaient les raisons ? Principalement l’envie de PJ Harvey de sortir un album sombre, évoquant le traumatisme vécu par la Grande-Bretagne lors de la Première Guerre mondiale. La chanteuse s’est lancée dans des recherches historiques afin que son album colle le plus frontalement possible à l’horreur vécue par les soldats. Cela se transcrit par un changement d’ambiance sonore (saxophones, trompettes et tambours s’ajoutent aux habituels guitare, basse, batterie ou piano), mais aussi par un changement de registre vocal. La tonalité est est plus haute, plus légère, parfois noyée dans les effets. Cela est vraiment flagrant sur “Let England Shake” ou “England” par exemple. Une certaine Aldous Harding (elle aussi produite par John Parish) a dû prendre des notes à l’époque. Huit ans plus tard, ce disque n’a pas pris une ride. Même s’il est musicalement très différent, il se rapproche par sa force, sa tension et sa noirceur de “Rid of Me”, son deuxième album que beaucoup considèrent comme son chef-d’œuvre. “Let England Shake” vaudra à PJ Harvey un Mercury Prize mérité en septembre 2011. L’artiste nous gratifiera d’un autre chef-d’œuvre en 2016, “The Hope Six Demolition Project”, accompagné de concerts exceptionnels. Près de 30 ans après ses débuts, l’Anglaise reste l’une des artistes les plus singulières, inventive et créative de notre époque. (D.J.)



Mendelson – Mendelson (2013)

Au fil du temps, Pascal Bouaziz a eu tendance à faire de plus en plus long (avant de revenir à des formats plus courts ces dernières années). Mais personne n’était préparé à la monstrueuse livraison 2013 de Mendelson, formation dont il écrit tous les textes, les musiques étant généralement le fruit d’un travail collectif. Un triple album de 11 titres seulement, où le groupe coupait définitivement les ponts avec les genres connus, chanson française, rock ou folk. Avec ses 10 minutes et 34 secondes, “La Force quotidienne du mal” nous cueillait à froid, et nous fait encore le même effet aujourd’hui. Pulsations sourdes, guitares blêmes, bruits industriels (annonçant le projet Bruit Noir de Bouaziz et Jean-Michel Pires, dont le remarquable deuxième album est sorti cette année) soutiennent des textes précis comme un scalpel, descriptions impitoyables mais jamais complaisantes de vies au rabais (“Ta porte en claquant fait un bruit de bricolage”). Quelques sonorités plus hospitalières (“Il n’y a pas d’autre rêve”) permettent de respirer un peu dans cet ensemble à la fois glacial et étouffant, mais étrangement captivant. Le plus extraordinaire reste bien sûr le morceau central, “Les Heures”, rumination de 54 minutes et des poussières, 20 pages de texte dans le livret. On avoue qu’on l’écoute/lit rarement, mais on est content qu’un groupe soit allé aussi loin. (V.A.)


Fránçois & the Atlas Mountains – Piano ombre (2014)

On suivait François Marry depuis ses débuts doux et bricoleurs, entre Bristol, Saintes et l’Afrique. L’album “Plaine inondable”, sorti en 2009 chez Talitres, nous avait particulièrement séduits, ouvrant la pop française aux polyrythmies et au chant choral. Passé chez Domino, dont il fut la première signature française (ou franco-britannique), le groupe s’était ouvert plus largement à un public international sans diluer pour autant sa singularité. Après “E Volo Love” en 2011, “Piano ombre” sonnait comme un aboutissement, dont même les petits défauts faisaient le charme. “La Vérité” (très Tom Tom Club), “La Fille aux cheveux de soie” (superbe ballade au piano), “La Vie dure” avec sa magnifique mélodie vocale et ses chœurs sur un tapis de percussions… Le disque regorge de trésors poétiques et inclassables qui étaient souvent portés à ébullition sur scène par une formation soudée et joueuse, voire bondissante. (V.A.)

Sufjan Stevens – Carrie & Lowell (2015)

Hyperactif dans les années 2000, qu’il a survolées de son génie avec au moins un classique absolu, “Illinois”, Sufjan Stevens avait plus ou moins disparu après “The Age of Adz” (2010), disque de tous les dérèglements, volontiers baroque et surchargé, œuvre d’une âme troublée qui se confrontait à ses peurs et ses angoisses. On n’avait pas été tellement surpris que des années de silence succèdent à ce trop-plein, et de fait, il fallut attendre le milieu de la décennie suivante, et ses 40 ans, pour que l’Américain revienne avec son disque le plus nu et bouleversant, comme fait en réaction au précédent. C’est la mort de sa mère (la Carrie du titre, Lowell étant son beau-père) d’un cancer quelques années plus tôt, au terme d’une vie marquée par la folie et les addictions, qui lui a inspiré ces onze chansons poignantes. Dans un grand dépouillement instrumental, Sufjan Stevens y aborde sa relation avec cette femme souvent absente à travers ses souvenirs d’enfance dans l’Oregon, de façon à la fois frontale et poétique. Les œuvres les plus personnelles des grands artistes ne sont jamais impudiques, mais touchent à l’universel. “Carrie & Lowell”, qui se retrouva dans la plupart des listes des meilleurs albums cette année-là, ne déroge pas à la règle. (V.A.)


The Apartments – No Song, No Spell, No Madrigal (2015)

Les disques si rares des Apartments sont de ceux qui procurent des émotions aussi fortes à la première écoute qu’à la centième. Celui-ci ne fait pas exception, et touche d’autant plus que, comme nous l’écrivions à sa sortie, « le premier miracle de “No Song, No Spell, No Madrigal”, c’est sa simple existence ». Après un drame familial, Peter Milton Walsh avait abandonné la musique à la fin des années 90, au grand désespoir de ses fans. Il y sera revenu petit à petit, tout au long de la décennie, plantant ce chef-d’œuvre en son milieu. Avant et après, il y aura eu des concerts et même des mini-tournées françaises, dans diverses formations, électriques ou (le plus souvent) acoustiques. L’occasion de multiples rencontres, toujours chaleureuses, avec un immense songwriter, Australien féru de culture française, un homme capable de tout donner sur scène sans jamais se départir d’une suprême élégance. On espère qu’il nous offrira encore d’aussi beaux frissons dans la décennie qui vient. (V.A.)


Andy Shauf – The Party (2016)

Malgré son titre, notre disque préféré de 2016 n’avait rien de tapageur. Sur son quatrième album (les précédents avaient échappé à nos radars), le Canadien Andy Shauf racontait bien une soirée un brin alcoolisée du début à la fin, mais elle n’avait rien d’extrêmement festif. En se mettant dans le peau de divers invités, il chantait d’une voix indolente la chronique ordinaire d’une “smalltown” où tout le monde se connaît. Chacune de ces petites histoires un peu tristes (ou, du moins, douces-amères) était sertie dans une pop légèrement rétro et finement orchestrée – piano, cordes, clarinette… –, rappelant la manière d’un Randy Newman, d’un Harry Nilsson ou de son compatriote (et digne héritier des deux précédents) Ron Sexsmith. Ce disque très bien accueilli par la presse et le public avait ainsi tout d’un classique instantané, qui devrait vieillir comme une bon vin. Avec lui,  Andy Shauf s’est fait un nom, et pourtant il est curieusement revenu en 2018 au sein d’un groupe, Foxwarren (qui existait en fait depuis une dizaines d’années), peut-être une façon de ne pas trop se mettre en avant pour ce garçon plutôt discret, qu’on n’est pas sûr d’avoir déjà vu sourire. Il fera toutefois son retour en solo en janvier 2020 avec “Neon Skyline”, dont toutes les chansons devraient raconter des histoires se passant le même soir, dans le même bar, soit le même modèle narratif que sur “The Party”. (V.A.)

Michael Head & The Red Elastic Band – Adiós Señor Pussycat (2017)

Ce fut sans doute l’un des plus beaux come-backs de la décennie. Après des années de silence, Michael Head, auteur de disques sublimes avec les Pale Fountains, Shack ou The Strands, revenait grâce au soutien de ses fans. La voix un peu abîmée par les excès passés, mais le sens de la mélodie et des arrangements intact. Généreux, spontané en dépit d’une longue période de maturation, sans doute imparfait mais tellement humain, “Adiós Señor Pussycat” était l’aboutissement d’un long processus de reconstruction entamé depuis le EP “Artorius Revisited” en 2013. Revivifié par les possibilités offertes par un nouveau backing band en constante évolution, ce Red Elastic Band qui semble pouvoir s’étirer à l’infini, Michael Head musarde sur ce disque là où bon lui semble. Le folk ardent (“Picasso”, “Lavender Way”, la reprise du traditionnel écossais “Wilde Mountain Thyme”) répond ainsi à la pop hors d’âge (“Rumer”, “Josephine”), tandis que “What’s the Difference” imagine encore une fois un Love qui aurait préféré les brumes du Merseyside au soleil de la Californie. Un nouvel album devrait bientôt arriver, le conditionnel étant toujours de rigueur avec cet artiste aussi talentueux qu’imprévisible (V.A. et J.S.)

The New Year – Snow (2017)

Le grand retour de cette décennie, c’est The New Year avec “Snow”. Les frères Kadane  ont pris leur temps pour nous livrer leur concentré de mélancolie à guitares savantes (mais jamais snobs) et leur sens aigu des rythmes (Chris Brokaw aux fûts). C’est aussi beau que “Transaction de Novo” (album de leur ex-projet Bedhead), complètement hors du temps et totalement essentiel. Du rock émouvant pointilliste (on disait slowcore…) dont on garde longtemps en nous les flocons de guitares et de cymbales. (G.D.)

Thousand – Le Tunnel végétal (2018)

Quelques mois plus tard, l’évidence persiste : “Le Tunnel végétal” est toujours ce lieu sonore abscons, fertile, étrange et aussi excitant qu’un film de Bertrand Mandico. Il y a deux ans, on s’enflammait tellement qu’on publiait même un second texte pour célébrer cet heureux avènement d’un poète post-Bashung. On n’avait jamais entendu ça : une pop prog surréaliste et intime qui se donne les moyens de sa folle ambition. Un nouvel album est en préparation et ça nous rend déjà dingues. Ce type a vu l’avenir du monde dans son regard. J’vous l’jure sur la tête de Robert Ménard. (G.D.)

Thousand Tunnel végétal

Sleep – The Sciences (2018)

Autre grand retour inattendu des années 2010, Sleep, d’autres vétérans, pas plus portés que The New Year sur la remise en question de leurs fondamentaux. Avec “The Sciences”, Sleep prouvent qu’ils sont toujours les rois incontestés du stoner. On n’a jamais sonné plus lourd, plus profond, plus enfumé. Soli de basses, grésils de guitares, headbanging partout. La science du riff et de la répétition. Se remettra-t-on un jour de cette ouverture free sur vibrations de peaux ? Une des plus belle entrée en matières de la décennie. (G.D.)

Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel Casino (2018)

Issus de la génération MySpace au milieu des années 2000, les Arctic Monkeys ont connu un succès fulgurant dès la sortie de leur premier single, “I Bet You Look Good on the Dancefloor”. Les deux premiers albums, très marqués indie pop anglaise, confirmeront tout le bien que l’on pense du quatuor de Sheffield. Leurs pop songs intelligentes doivent beaucoup aux textes d’un des plus grands songwriters de sa génération, Alex Turner. Les deux disques suivants sortent l’artillerie lourde. Devant leur permettre de percer outre-Atlantique, “Humbug” (2009) et “Suck It and See” (2011) sentent ouvertement la testostérone et la salle de musculation. Efforts récompensés, puisque le groupe devient effectivement énorme, aux Etats-Unis comme ailleurs. Après “AM” (2013), excellent album de rock moderne, les Monkeys vont surprendre tout le monde avec “Tranquility Base Hotel Casino” en 2018. Sur ce quasi-album solo d’Alex Turner, composé au piano, les musiciens expérimentent, changent de textures et d’approches. Le fantôme de Bowie n’est jamais très loin, et le son se teinte de jazz et de lounge. L’influence de “L’Histoire de Melody Nelson” de Gainsbourg est évidente. L’album respire, le reste du groupe revoit son approche pour appuyer avec délicatesse les inventives nouvelles compositions de Turner. Seul “Golden Trucks” met une guitare fuzz en avant. La prise de risque était énorme, pourtant l’album est très bien accueilli par les critiques, et rencontré un beau succès public. Il se retrouve même en tête des ventes en France. Les Monkeys ont brillamment clôturé la décennie avec un disque marquant et inattendu. Un de leurs meilleurs sans aucun doute. (D.J.)

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