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Disques

Jonathan Wilson – Fanfare

Jonathan Wilson - Fanfare

Prétentieux, ampoulé, indigeste… les adjectifs nous manquaient presque pour exprimer la déception suscitée par les premières écoutes, en octobre dernier, de cette gargantuesque “Fanfare”.  Pourtant, quelques semaines plus tard, impossible de déloger le disque de la platine… Faute avouée étant prétendument à moitié pardonnée, il nous faut donc aujourd’hui confesser une terrible erreur d’appréciation. Nous devions simplement laisser à cet album le temps de s’installer, afin de saisir les mécanismes complexes d’une musique de plus en plus sophistiquée. En effet, s’il ne révolutionne pas fondamentalement l’univers dévoilé sur le passionnant “Gentle Spirit” en 2011, ce nouvel effort solitaire particulièrement dense et abouti pousse plus loin encore les ambitions de l’artiste californien. Au point de prendre, au moins pour un temps, des allures de forteresse imprenable.

Il s’agira donc tout d’abord de renoncer au charme un peu artisanal de “Gentle Spirit”. Gommant les quelques maladresses qui rendaient autrefois ses chansons tellement attachantes, l’Américain applique désormais à la lettre les préceptes des maîtres du rock américain, Grateful Dead et Eagles en tête. Impressionnant de maîtrise et parfaitement produit jusque dans les moindres détails, “Fanfare” pourrait souffrir d’une trop grande minutie, d’un trop grand professionnalisme. Il permet cependant au jeune trentenaire de déployer toute la palette de ses obsessions musicales, avec un tropisme évident pour le soft-rock progessif et le psychédélisme west-coast des années 70. En fin connaisseur de la période, Jonathan Wilson joue toute la gamme : un blues électrique dans le sillage du Crazy Horse de Neil Young (“Ilumination”), un tube country-rock calibré pour les auto-radios californiens (“Love to Love”), mais aussi d’inévitables séquences laid-back à la manière du Stephen Stills de “Manassas” (“Moses Pain”). Le natif de Caroline du Nord, dont le carnet d’adresses doit être au moins aussi épais que l’annuaire de Laurel Canyon, se paye carrément le luxe d’enrôler quelques-uns de ses inspirateurs : Graham Nash et David Crosby (merveilleux “Cecil Taylor”, comme échappé du répertoire de CSNY), Jackson Browne ou encore Mike Campbell et Benmont Tench (Tom Petty & the Heartbreakers), viennent ainsi prêter main forte au multi-instrumentiste. Ses contemporains ne sont toutefois pas en reste: Patrick Sansone de Wilco (responsable des somptueux arrangements de cordes du morceau titre), Taylor Goldsmith (Dawes) et l’ami Father John Misty allongeant la liste prestigieuse des participants.

Amateur revendiqué de David Gilmour, Wilson signe en fin de de parcours une ballade poignante et aérienne, “Lovestrong”, digne du Pink Floyd de “Wish You Were Here”. C’est probablement cette chanson, illuminée par le piano de Benmont Tench, qui reflète au plus juste le niveau de perfection atteint par le garçon. Parvenant à faire cohabiter, en une seule et même composition, virtuosité (mention spéciale à un mémorable break de guitare) et émotion, il grave ici ce qui s’apparente à un futur classique. Il en va d’ailleurs de même pour la plupart des pistes de ce beau disque, auquel il suffisait donc de donner une chance.

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