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Disques

Paul McCartney – Kisses on the Bottom

Paul McCartney - Kisses On The Bottom

Parmi les Beatles, McCartney a toujours été mon favori. Il s’est distingué par cette « British touch » qui respire dans ses compositions – et qui contrebalançait d’ailleurs plutôt bien le fiévreux John Lennon. Sir Paul nous revient aujourd’hui avec un album à l’ancienne, à l’habillage uniforme et d’une qualité non moins uniforme. Sont présentes diverses collaborations instrumentales (notamment Stevie Wonder et le band de Diana Krall) mais c’est surtout un opus d’écrits, de paroles, plus que de thèmes, bien que certains nous rappellent que McCartney n’a pas perdu son sens de la mélodie. Le bougre, qui fête ses 70 printemps cette année, n’a rien de la fébrilité sénile de « When I’m Sixty Four ». Le positif de ce « Kisses On The Bottom » (expression typiquement anglaise qui signifie « donner la fessée ») sonne au contraire comme un album de milieu de carrière, comme si McCartney n’avait que 40 ans. Il est d’ailleurs impossible de ne pas penser au « As Time Goes By » de Bryan Ferry auquel il emprunte sa voix chaleureuse ainsi que son répertoire jazz (« My Very Good Friend the Milkman »). Au vu de la qualité de celui-ci, il est inutile de s’en plaindre. 

Là où le leader de Roxy Music avait privilégié l’esthétique jazz des années 1930, McCartney pioche au contraire dans celle du jazz des années 1950-1960 (avec une mise en valeur des instruments différente, sous la forme piano-batterie-contrebasse).  L’utilisation des cordes donne à l’ensemble un habillage rétro qui évoque également les standards de l’âge d’or hollywoodien (« Bye Bye Blackbird »). La partie guitare acoustique joue un double rôle : d’un rendu guitare-jazz, elle évoque à la fois la chaleur d’antan du guitariste Johnny Smith (« Always », « My Valentine » l’une des deux compositions de l’album au thème simple mais terriblement efficace) mais aussi la dynamique free-rock des années 70 (« Get Yourself Another Fool » sur laquelle Eric Clapton vient accompagner McCartney, se détachant légèrement de l’influence maîtresse de l’album). On l’a dit, il s’agit surtout d’un album chanté et McCartney se plaît à interpréter ses morceaux « à la manière » des standards d’autrefois : Frank Sinatra par Bryan Ferry (« I’m Gonna Sit Right Down and Write Myself a Letter »), Tony Bennett (« Only Our Hearts », seconde composition de l’album), voire Paul McCartney chantant les Beatles (« My Valentine ») !

S’il est difficile de trouver une faiblesse dans la prestation de McCartney, on reste quelque peu sur sa faim. Certes, le musicien britannique n’a plus grand chose à prouver et même si l’album se hisse largement au dessus de la moyenne, « Kisses on the Bottom » reste un opus aussi mineur pour l’artiste que la légèreté de son titre semble l’indiquer. McCartney est en terrain conquis et privilégie le rendu du jazz au détriment de la structure des morceaux, qui est plutôt inspirée de la pop d’aujourd’hui. Donner une telle consistance à autant de frivolités ? Pourquoi pas, mais nous étions bien plus proches, dans la démarche, de l’ébauche d’un grand album que de l’enfantillage d’un vieux monsieur – ce qu’il s’avère être. Dommage…

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