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Disques

Girls – Father, Son, Holy Ghost

Girls - Father, Son, Holy Ghost

En toute impunité, Girls vient de commettre son « Second Coming », soit la resucée en roue libre d’un premier effort porté aux nues. « Album » avait quelques bonnes chansons pour lui, et son petit charme naïf en faisait un honnête produit de consommation courante, le Kellogg’s Cornflakes du rock indé à gros sentiments. Le générique était visé, comme son titre l’indiquait sans ambages. Le voilà pleinement atteint avec « Father, Son, Holy Ghost » : rien ici qui ne soit profondément, totalement éculé – et je l’écris sans haine. Les tempos lents et lourds, quasiment seuls représentés, allongent les chansons dont la durée psychologique semble multipliée par deux, d’autant que Girls aime les morceaux de bravoure à tiroirs remplis d’orgues, de chœurs et de guitares à piston (« Vomit », le bien-nommé). Ne nous plaignons pas trop, les exceptions sont atroces comme ce « Die » à la wah-wah dégoulinante d’huile de friture. Seulement voilà, « Father, Son, etc… » est un disque sincère, et il existe un monde où ce genre d’ouvrages est prisé, le nôtre. Christopher Owens a vécu des choses fort dures jadis, il chante son mal-être, grand bien lui fasse. Il faut applaudir – d’autant que rien n’est là pour détourner de sa douleur en cinémascope. A ce niveau de catharsis, on frise le tsunami. Sauvons le sauvable : « My Ma », écouté dix mille fois sous des noms divers, fait un petit quelque chose au Bambi trémulant qui sommeille en nous, peut-être justement parce que nous l’avons déjà subi dix mille fois et que nos récepteurs de paroles adolescentes sont encore en état de fonctionnement (et quand j’écris adolescent, je ne veux évidemment pas dire Arthur Rimbaud mais plutôt Ginette Poulard, 4ème C du collège Louis Aragon, à Nœud-les-Mines). Allez encore un pour la route avec « Alex », honnête copie d’un groupinet début nineties, Drop Nineteens, des Sonic Youth gentils avec une touche de shoegaze. Originalité, quand tu nous tiens… Ce serait quand même mieux si la résilience passait par les colliers de nouilles.

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