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Disques

Tori Kudo – Roket USA

Tori Kudo et son environnement. Le souffle lo-fi et les cigales comme drones, une passante comme chanteuse-diseuse, l’instant fugace contre l’écriture éternelle.

Là encore, on est dans le produit pour fan égaré des autoroutes de la pop, à mi-chemin entre l’art contemporain et le musical. Il s’agit à l’origine une mini-édition pour un label d’Akita avec pochette sérigraphiée d’instants volés, enregistrés et magnifiés par Tori Kudo.

Le jeu sur le drone, qu’il soit numérique, mécanique ou animal et son rôle d’environnement comme tissu musical est central. Il y a également un jeu sur ce qu’on considère habituellement comme parasite dans le strict cadre du musical et ce qui est, pour Kudo, présence et beauté du monde. Alors, instants volés ou pris dans la durée dans la magie de la présence de bugs mécaniques, d’animaux ou d’une présence humaine qui passait par là : tout est musique, tout fait musique.

Sur 2020.7.10, sont-ce des  grillons ? des guitares ? des maracas ? Peu importe au fond, tout comme pour les quelques paroles vaguement chantonnées sur ce fond musical et/ou bruitiste doux.

Sur Kanakana (22 secondes), on distingue avant tout un souffle, un bruit blanc puis un pépiement sans doute d’un oiseau rare. À moins que ce ne soit l’instant qui est rare. Dans ce cas, c’est peut-être aussi le geste du musicien qui consiste à s’approcher à pas de loup de l’idée d’une chanson et de la capturer, par chance et patience (Cf. le titre Chanson Tremblée de Superbravo).

2022.7.28 est dans la grande tradition d’enregistrement lo-fi de Daniel Johnston (on pourrait même croire à une reprise), avec souffle et bruit blanc et dans la continuation des prises de notes-chansons sur téléphone (cf. Galakei, le disque paru sur Bruit Direct. On se demande même si l’enregistrement est piqué via un jeu de deux talkie walkies d’enfants. C’est aussi en ce sens, une sorte de duo. On rejoue la distance du preneur de son avec le musicien. 

EQcut By Iphone ou la prise de sons via Iphone. Encore des bruits, du souffle, des grillons ? Un pocket call ou une intention. On ne tranchera pas…

2021.11.1 est plus représentatif des enregistrements sur micro labels d’il y a 10 ans. C’est une  improvisation piano, mais ici, comme dans toutes les pistes précédentes, c’est l’environnement qui compte. Nous sommes dans un espace vaste. Une femme passe… Reiko ? La balayeuse du coin ? La femme l’interpelle et Tori grommelle une vague onomatopée en réponse. C’est une saynète romantique avec un piano scriabinien ou du Poulenc aviné au saké. On écoute le piano et on écoute aussi les paroles de la femme dans un jeu de dialogue-monologue à la fois lié et détaché. On pense aussi à Tori suivant son inspiration et sans doute écoutant aussi en même temps cette dame, désormais voix chantantes de la pièce. On pense alors à une transposition punk de La Voix Humaine de Poulenc version Alvin Lucier.

La fin est tout à fait étonnante avec ce qui me semble être une fuite finale (une… fugue ?)  de Tori courant vers le téléphone posé à distance du piano pour arrêter l’enregistrement.

Un bel objet musical tout à fait étrange, qui trace toujours à la fois le portrait intime et sensible de Tori Kudo mais aussi ses réflexions, aspirations et influences ainsi que son environnement proche car Tori est un être au monde et qui donne à l’entendre bien loin de l’artiste écrivant ses partitions dans sa tour d’ivoire. D’où la poterie, la terre, celle de son jardin mais aussi celle sur laquelle vivent ses proches ou celle qu’il ramsse lors de promenades avec ses amis. On ne cherchera pas à convaincre mais on redit une fois de plus que ce que fait Tori Kudo est essentiel.

Avec l’aide de Johanna D, cigale et fourmi.

“Roket USA” est paru en CD-R à pochette sérigraphiée chez le label Cuckoo d’Akita le 7 octobre 2022.

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