Mini-concert d’un temps glorieux pour Maher Shalal Hash Baz, à l’orée des années 2000, lorsque les Tenniscoats trempaient dans l’affaire et que le punk était aussi affaire d’électronique à base de laptop.
Il s’agit d’une archive de concert (Live at Shinjuku loft, Tokyo, le 9 mars 2001) sur une cassette, trouvée chez Yuzo Iwata et envoyée à Tori par Jordan Burgess de Philadelphia. Comme toujours, les informations sont délicates à trouver et les éléments textuels sujets à caution, soumis aux traductions hasardeuses de Tori. Ça fait partie de la poésie de la chose. Il semblerait que Tori à cette époque jouait avec un synthétiseur sur laptop (l’application Reaktor ? au lieu du « reactor » cité dans le texte) pour moduler des sons en direct. D’où la référence à Merzbau « lequel venait aussi de passer au laptop ». Ceux ayant trempé dans la scène expérimentale à l’orée des années 2000 se souviennent que le punk le plus extrême se pratiquait derrière un écran à la pomme masquée par du gaff ou un autocollant choisi. Bref.
Soaring Skylark est du jazz bordélique, avec impro et sax enroué (et ou des vents ?) qui duettise avec une électronique de l’époque ? Une voix féminine émerge comme une mélodie avant de sombrer à nouveau, lâchant quelques imprécations mystérieuses pour nous. Enfin, un retour final d’un ersatz de chants.
Les notes nous indiquent qu’il s’agit de réminiscences de discours de quatre femmes âgées interprétées par Reiko, qui avait travaillé dans un centre d’aide pour personnes âgées pendant « le gouvernement travailliste » (sans doute pendant la période d’apprentissage de la céramique en Angleterre par Tori). Tout un programme donc… avec des souvenir de Dylan, de Monk et Dolphy, de Maher aussi (avec le titre extrait de « Rock Visit to Rock Mass »). De la prise direct sur des vieilleries donc.
What’s your Business here Elijah est un tube Kudesque, très pop mais bordélisé avec des cordes indiennes pincées à la va comme je te pousse. Là encore, les notes sont précieuses. Ueno de Tenniscoats faisait partie de Maher à cette époque et Tori lui confiait à chaque fois un nouvel instrument, ici le sitar. On peut donc en déduire que comme un maître zen, Tori cherchait à développer le talentueux Ueno en le poussant hors de sa zone de confiance.
Soldier of lead est du rock à la Kudo, sur Blues du Jour, comme le titre précédent. Parti rapidement en freestyle et qui rappelle un peu les errances acides du Velvet.
En somme, un petit document qui nous montre ce qu’était Maher à cette époque (et ce qu’il n’est plus de fait), un laboratoire, incubateur de talent, reflet de son temps et plein des références de son passé. Pour les amateurs d’objets, le boitier cristal a été vaporisé de peinture bleue, à la main. Encore un geste de peintre option pop art.
Avec l’aide de Johanna D, bébé bleu.