Vincent Vit Sa Vie à Varsovie - Une presse musicale à la page

06/02/2001, par | Articles |
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Vincent vit sa vie à Varsovie (5) - Une presse musicale à la page

Le touriste étranger en visite en Pologne, qui entrerait dans un Empik (l'équivalent à la fois des Maisons de la presse et de la Fnac), serait sans doute étonné de la profusion des titres conscrés à la musique. Du classique au rock, du jazz à la techno, cette richesse reflète celle des magasins de disques des grandes villes, où presque toutes les références, du R'n'B le plus commun à la musique improvisée la plus pointue, sont aujourd'hui disponibles. Les principales majors se sont installées, facilitant grandement le travail des chroniqueurs. Depuis quelques années, la Pologne n'est donc plus un parent pauvre de l'Europe de l'ouest - si ce n'est pour les concerts de groupes étrangers, qui s'arrêtent généralement à Berlin. Ajoutons qu'on trouve aussi facilement - à Varsovie tout au moins - les magazines anglo-saxons, de Rolling Stone à The Wire, du NME à Uncut ... à des prix certes élevés (surtout comparé au niveau de vie en Pologne). Mais la plupart des magazines polonais ont su trouver leur style propre, ne se contentant pas de copier les titres de "l'ouest", et accordant souvent une large place aux artistes nationaux.


Les musiques électroniques offrent ainsi quelques titres intéressants. Techno Party, en plus des habituels interviews, chroniques et comptes rendus de soirées, publie des tests d'appareils (consoles, logiciels, sampleurs, etc.) aux noms de code barbares et des articles érudits signés par le secrétaire de rédaction Marcin Bogasz, qui ressort ses "smileys" et rappelle à notre bon (?) souvenir les Inspiral Carpets, Chapterhouse ou les Shamen - et là, on se rend compte qu'on vieillit. Plus étonnant, on peut aussi tomber sur des pages très Science et vie, qui mettent à l'honneur les top groovy Max Planck ou Ludwig Boltzmann (deux chercheurs nés au XIXème siècle), aux théories impénétrables pour le profane.
Le bimestriel Kaktus, dans le même créneau, se distingue par sa mise en page inventive et ses choix pointus (d'où son nom ?), que reflète le CD encarté dans chaque numéro. Les rédacteurs travaillent pour la plupart dans la distribution de labels indépendants étrangers - ils sont quand même capables de citer Wolfgang Press dans une chronique de Tarwater - et vont souvent à Berlin humer l'air des clubs. Outre la musique, ils s'intéressent à tout ce qui est moderne et "cyber".
Antena Krzyku (L'Antenne du cri), "magazine culturel culte", aime le rock industriel, Antonin Artaud et Roland Barthes - et vomit tout ce qui relève de près ou de loin du show-biz et de la culture dominante. Bon, vous êtes sympas les gars, mais faudrait quand même réviser un peu pour les partiels si vous voulez avoir votre licence de philo ... Là aussi, il y a un CD sur lequel ça rigole pas non plus des masses, mais où l'auditeur courageux pourra dénicher des perles, comme un vieux morceau d'Eyeless in Gaza.

Tylko rock, le doyen dans son domaine, a été lancé en 1991. Il emploie une dizaine de personnes, plus une vingtaine de pigistes, et revendique un tirage d'environ 50 000 exemplaires tous les mois. Son titre ("seulement rock" ou "rien que du rock") sonnait à l'époque de sa création comme une déclaration d'intention. Il n'existait alors aucun journal spécialisé dans le rock.
Depuis cet été, parallèlement à un changement d'éditeur et de maquette, a été rajouté le sous-titre "I nie tylko" ("et pas seulement") pour marquer l'évolution de la ligne éditoriale. Car les goûts du public se portent de plus en plus vers la pop, délaissant le rock qui sent sous les aisselles. Tylko rock reste toutefois attaché à de vieilles valeurs : Doors, Beatles, Stones, Pink Floyd, Deep Purple ... A côté, Rock'n'folk est un journal carrément prospectif, et Philippe Manœuvre pourrait passer pour un journaliste à la pointe des nouvelles tendances.

Pour ça, il vaut mieux aller voir chez Machina. Le rédacteur en chef adjoint a une affiche de La Route du rock (édition 99) au-dessus de son bureau, on se sent tout de suite chez soi. Mag "pop culturel", Machina consacre environ deux tiers de ses pages à la musique mais ne s'interdit aucun sujet - Dali, l'évolution des voitures Saab ou les hackers. Le tirage actuel est de 70 000 à 80 000 exemplaires par mois, avec des ventes dépassant les 50 000. Il coûte environ l'équivalent de 12 F, comme Tylko rock - la presse non importée est nettement moins chère en Pologne qu'en France.
Machina, c'est un peu le journal à la mode, un pied dans le commerce et un autre dans l'art, capable d'écrire aussi bien sur Jennifer Lopez que sur Genesis P-Orridge, le cinéma indépendant polonais que les biscuits apéritif (!) En mai 99, le magazine consacrait un dossier à la nouvelle scène électronique française, avec Gainsbourg en couve, retouché à la palette graphique par un collaborateur parti depuis gagner sa vie au Mexique. On y parlait de Debussy, Pierre Henry, Jean-Jacques Perrey, Cassius, Mellow, le Batofar ... Il y a de quoi se sentir flatté, tout en regrettant qu'aucun journal français n'ait encore renvoyé l'ascenseur.

Vincent


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