Vincent Vit Sa Vie à Varsovie - Le Lou dans la bergerie

27/08/2000, par | Autre chose |
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Vincent vit sa vie à Varsovie (2) : Le Lou dans la bergerie/"High Fidelity"

A Varsovie, l'été, pas grand-chose à se mettre sous le croc (voir chronique précédente), alors on accueille comme le messie l'immarcescible Lou Reed, qui condescend à rendre une petite visite aux Polonais le 3 août. Les places les moins chères sont à 100 zlotys (160 F), le salaire polonais moyen devant être inférieur à 2000 zl... Comme ceux du Warsaw Jazz Summer Days, le concert a lieu dans la salle des congrès du Palais de la culture, lieu chargé d'histoire (contemporaine). Le Palais de la culture et de la science, qui domine Varsovie du haut de ses 200 et quelque mètres, fut offert dans les années 50 par Staline au peuple polonais. Le peuple polonais n'était pas vraiment en mesure de refuser. Ceci dit, le monument n'est pas le plus laid de la ville (il est vrai que la concurrence est sévère, merci les communistes) et la salle en question, très grande et tout en places assises, mérite le déplacement. Le concert commence à 22 h 30 passées au lieu de 20 h 30. Apparemment, la balance a été retardée car les instruments n'étaient pas arrivés. Lou plutôt décontracté, tout en noir avec gilet de cuir, accompagné de trois mercenaires également détendus mais qu'on sent pas là pour nous jouer du Belle & Sebastian. De fait, ça démarre bien rock'n'roll, sur un morceau que je ne connais pas (mais je n'ai pas les deux derniers albums et, à part une version féroce de "Small town", Lou ne jouera vraisemblablement que des titres qui en sont extraits). Nos quatre "men in black" nous ramonent avec professionnalisme un boogie des chaumières pas franchement bouleversant mais efficace. Enfin, s'il n'y avait pas la voix de Lou Reed, partant parfois dans des embardées parfaitement maîtrisées, tout cela ne serait que d'un intérêt relatif. C'est en fait les morceaux les plus calmes et mélodiques (comme les deux chansons-titres "Ecstasy" et "Set the twilight reeling") qui charment le plus. Au bout de quelques morceaux, le public s'est levé. On ne sait pas trop si Lou apprécie, mais il fait en sorte que les videurs n'interviennent pas. Il ne parle jamais au public, sauf pendant une chanson apparemment écrite pour sa nouvelle femme, Laurie Anderson, lors de laquelle il cabotine des "I love you" rigolos. Mais, contrairement à ses anciens concerts immortalisés sur d'innombrables live, ça manque un peu d'impro et de vacheries. On regrettera surtout la quasi-absence de classiques : au rappel, "Sweet Jane" (pas trop massacré), "Dirty Blvd." (au lieu de "Vicious" noté sur la set-list ; dommage), et enfin le fraîchement exhumé et toujours sublime "Perfect day". Lou et ses hommes saluent, il lance un "djenncouya" ("merci") approximatif. Un fan monte sur scène ; les nervis du service d'ordre fondent sur lui comme le busard sur le mulot. Une fille aura plus de chance, le maître lui faisant même le baise-main (tradition polonaise). Et puis rideau.
On en a de la chance en Pologne : on a certains films avant les Français. Ainsi de "Przeboje i podboje" ("Chansons à succès et conquêtes féminines"), adaptation par Stephen Frears du "High fidelity" de Nick Hornby, LE livre culte de tous les visiteurs de ce site. L'avantage, en Pologne, c'est que tous les films étrangers sont sous-titrés au cinéma (alors qu'a la télé, c'est une espèce de traduction simultanée avec la même personne qui fait toutes les voix : imbitable). Donc j'ai pu suivre - la lecture préalable du roman m'apportant une aide précieuse, car l'adaptation est relativement fidèle, sauf que ça se passe non plus à Londres mais à Chicago, autre grand foyer musical. John Cusack , "the new king of Hollywood cool" comme titre Uncut (on trouve tous les mags anglais à Varsovie, en import cher), est aussi excellent que d'hab', Tim Robbins est terrible en gourou new age à catogan, et l'un des plus grands songwriters US de ces 25 dernières années fait un "cameo" (non, ce n'est pas Billy Joel). Et la musique !!!! Je rêve, ou on voit à un moment Liam Hayes (?) de Plush (40 minutes de musique en 5 ans, encore moins productif que l'IRCAM) jouer du piano dans un club ???!!! Et Beta Band, Stereolab, Edith Frost (?), le Velvet, l'affiche de ..... (j'ai promis à Guillaume de lui laisser la surprise) au mur chez Rob, celle des Silos sur le comptoir du magasin... Après Elliott Smith, Walter Salas-Humara prend d'assaut Hollywood ? Lisa Gerrard (ex-Dead Can Dance) chante bien sur la BO de Gladiator (alors que la musique ne mérite pas vraiment une telle voix). Rêvons : les Vulgar Boatmen sortent un nouveau disque et dépassent les ventes de Mariah Carey, Kramer est chargé de la prog' de MTV Pologne, Olivia Tremor Control joue dans les stades... Bientôt la revanche des indés humbles ?

Vincent

PS - La BO est sortie, mais les morceaux les plus pointus n'y figurent pas, malheureusement. Ceci dit, toutes les chansons qu'on entend dans le film ne tiendraient jamais sur un seul disque. Vu sur Viva 2 (chaîne musicale allemande) un très beau clip de Low, "Shame".

 

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