Troy Von Balthazar - 3 EP

21/07/2009, par David Dufeu | Albums |
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TROY VON BALTHAZAR - 3 EP
(Powerful Wing Publishing) [site]

TROY VON BALTHAZAR - 3 EPLa page biographie du site de Troy est sobre : "Troy Von Balthazar writes beautiful music." C'est tout. Pourtant il aurait pu facilement épater la galerie en parlant de la carrière de Chokebore, dont il était l'indéniable clef de voûte, de son amitié avec Cobain sur une tournée commune, de ses talents de multi-instrumentiste, ou de son envoûtant premier album solo. Malgré tout, il semble que TVB fasse fi de ces antécédents, voire qu'il fasse table rase du passé en général. Les 3 EPs réunis sur cette galette en sont une convaincante démonstration, tant la musique de Troy s'extirpe de toute influence prégnante. Mais, loin d'exhiber une indépendance affichée à tout prix, l'Américain livre onze perles sorties de nulle part, et qui en effet ne doivent rien à personne. Ce qui aurait pu être la réunion bancale de trois titres et de quelques chutes de studio s'avère homogène et lumineux - prenons donc ces 3 EPs comme un album à part entière, ne serait-ce que pour le rentrer dans nos tops de fin d'année.

D'un abord plutôt rugueux, l'album dévoile ses atours au fil des écoutes. En effet, point d'arrangements méticuleux sur ces titres, mais bien plutôt des guitares amples et un peu crades qui donnent ce ton si particulier, ni aéré ni vraiment étouffant, de même que la voix, qui à l'occasion prend des airs de refrain déclamé quand elle n'est pas lancinante, et légèrement sur-articulée. Tout cela fait penser à une sorte de slow pop un peu lo-fi, pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous.

Et pourtant, tous les titres sont guidés par une sincérité non feinte, une sorte de profondeur affranchie des contingences (qualité du son, références aux genres), qui les irradie. Vous me direz aussi, sans doute, que les chanteuses à voix canadiennes font preuve de la même qualité de sincérité - certes. C'est sans doute là qu'intervient le talent de compositeur de TVB. On ne se risquerait pas à tenter des comparaisons sur ce point, tant l'inventivité en est le maître-mot, le chanteur empruntant des chemins aussi inattendus qu'enchanteurs, tout en restant dans un registre intimiste, sur des rythmes lents, exploitant à merveille une voix fragile et souvent au bord de la rupture, comme sur le superbe "You Could Ice Skate to This". On oscille sans cesse entre cette profonde mélancolie qui irradie tous les morceaux, et une flamboyance, un élan vital, des audaces de sons, qui écartent tout misérabilisme, même dans les moments, tels "Paradise", où la voix se fait plus lancinante. Ainsi "Enemies" : on est presque installé dans la ballade la plus enlevée de l'album quand déboule ce solo de guitare furieusement surmixé, impromptu, mais qui se révèle indispensable à la réécoute.

Comme en concert, où l'équilibre entre mise en scène affectée et gestuelle spontanée est frappante, Troy, sur ces trois EPs, livre ses sentiments avec une liberté artistique, et une classe, indéniables. Un album ovniesque et envoûtant, dont on peut seulement regretter qu'il ne soit (pour l'instant ?) disponible qu'à la fin de ses concerts.

David Dufeu


A lire également, sur Troy Von Balthazar :
la chronique de "Troy Von Balthazar" (2005)

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I Get Faded
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