Transmusicales de Rennes - Jay Reatard, Cage the Elephant, Esser, We Have Band, Depth Affect, White Rabbits, The Shoes, The Black Angels, Yann Tiersen

17/12/2008, par | Festivals |
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Samedi 6 décembre

Et on démarre à l'Ubu avec quatre Belges trentenaires pince-sans-rire (De Portables) qui nous offrent une bonne vieille recette composée d'un bon fond post-rock à la Slint affiné par une bonne vieille indie rock sympathique à la Number One Cup. Les Brugeois alternent les instruments et les petites blagues ironiques entre chaque morceau qu'ils appliquent proprement devant des vidéos plutôt sarcastiques. Concert plutôt sympathique mais comme l'avoue leur leader avant d'exécuter leur dernier morceau : "les gens n'adorent pas, mais pourtant ce n'est pas trop mal..."
Petit gros regret du week-end, n'avoir pu assister qu'à trois morceaux du trio caennais de Gablé. Adeptes d'un hip pop à la Why? et de délires jusqu'au boutistes à la Daniel Johnston, les Français s'autorisent à concocter leurs mélodies avec tout ce qu'ils peuvent trouver sous la main. Ainsi dès le début, Mathieu commence à rapper (on ne voit pas trop l'intérêt mais bon...) dans un cageot. Les morceaux sont courts, bien construits et pour le moins sympathique mais il faut migrer à l'Aire Libre.
Cette année, c'est encore là-bas qu'il fallait se trouver (surtout le samedi pour pouvoir jouer les pique-assiettes). Avec nos préjugés de bons Français de France, on pouvait se montrer dubitatif sur l'opportunité d'offrir une carte blanche aux Îles Féroé, plus connus pour être des chasseurs de dauphins ou des adversaires de football improbables que pour être d'exceptionnels musiciens. A l'instar de l'Islande, il semble que cette île soit bénie pour la musique.
Le charismatique et volubile Budam est accompagné d'un pianiste qui nous tourne le dos et d'une jolie chanteuse aux churs diaphanes. Le public est suspendu aux lèvres du Tom Waits féroïen qui nous fait passer des rires, avec sa version originale des Noces de Canaa, aux larmes avec l'émouvant et tendu "Baltasar and The Angel". Oeuvrant autant dans l'expression théâtrale que dans le spectacle musical, Budam joue avec le public, avec la scène en claquant lourdement ses pieds sur les planches de l'Aire Libre. Magique.

Orka

Complètement subjugué, on s'impatiente alors de l'affiche, cette collaboration appétissante entre Orka et Yann Tiersen. Le Breton un peu présenté en figure de proue du projet n'est au final qu'un musicien parmi les autres et c'est là toute la réussite de cette collaboration. Le leader Jens Thomsen a créé tous les instruments présents sur la scène: harpe enfoncée dans un bidon, guitare slide néon, violon bizarroïde (pour Tiersen), flûte de Pan en bouteille vide... La musique des Féroïens fait des étincelles au sens littéral du terme car une meuleuse sert d'élément mélodique de saturation. Tout ceci pourrait paraître ridicule et d'un snobisme outrancier mais c'est en fait cette accumulation d'objets improbables qui donne un sens à la musique d'Orka. Le résultat est vraiment unique et le mot n'est vraiment pas galvaudé. Orka alterne passages bruitistes déstabilisants et accalmies inquiétantes dans une cohérence et des transitions parfaites. Les sonorités sont à la fois rudes et lumineuses comme sur "Fepur", les parties chantées insaisissables et captivantes comme sur "Fjollini Standa Uti". On assiste à une véritable communion entre les musiciens et les spectateurs complètement absorbés par l'univers que nous proposent ces Féroïens.
Une vraie claque.

Après un tel concert, on se démotive un peu trop facilement à l'idée de retourner au Parc Expo, où on se dit qu'on ne peut être que forcément déçu. On reprend quand même avec les Américains de The Black Angels qui nous proposent un rock sombre qui me fait énormément penser aux Black Mountains. C'est donc très psyché, très envoûtant mais je n'arrive vraiment pas à m'accrocher aux mélodies, freinés par le côté trop métallique et plutôt distant du set. Je suis bien plus réceptif aux scratchs improvisés des Japonais Hifana. Cela commence très bien avec une très bonne complémentarité entre les deux Djs (KeisoMachine et JUICY) et les deux VJs mais cela se poursuit plus mollement.

Professor Murder

Comme on est très exigeant ce soir, on quitte les Japonais pour les Américains de Professor Murder qui nous offrent une des bonnes petites surprises de cette dernière soirée. Mélangeant allègrement la new wave et le post punk, les quatre New-Yorkais ont surtout fait main basse sur l'afro beat, tellement à la mode en ce moment dans la grande pomme. Le combo est vraiment intéressant lorsqu'il arrive à faire le grand pont entre Radio 4 et Yeasayer en superposant des nappes de synthé un peu surannées sur des rythmiques très entraînantes.
Pendant ce temps Diplo mixe devant un public serré et conquis. Le jeune Américain manie les transitions mais je ne tiens pas les 1h30 de mix, d'ailleurs je ne tiens plus du tout, un peu fatigué de tous ces DJs. Alors je rate DJ Mujava, programmé vraiment trop tard...

En rameutant plus de 50 000 spectateurs sur toute la semaine, ces trentièmes Transmusicales sont assurément une réussite. Néanmoins pour vivre pleinement ces Trans, il fallait encore une fois vagabonder un peu partout dans la capitale bretonne pour capter les concerts les plus intéressants et ne pas rester bloqué au parc Expo.

Textes de Vincent Le Doeuff
Photos de Philippe Remond, Sardine et Dominique Vrignaud

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