The Posies : « Nous avons un fonctionnement assez unique »

01/10/2018, par | Interviews |
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The Posies

Le processus était très différent des albums précédents ?
Jon : De celui d'avant, oui, totalement. Là, on n'avait pas le choix : on avait deux semaines de studio, à prendre ou à laisser. Cette fois, nous voulions disposer de plus de temps. Le processus d'écriture a été assez long. Nous avons travaillé chacun de son côté, nous nous sommes montré ce que nous avions fait, puis nous avons répété les chansons avant d'aller en studio… J'aime beaucoup "Every Kind of Light", mais je préfère quand même le nouveau.
Ken : Oui, moi aussi, j'en suis plus satisfait. Le précédent a été une expérience intéressante car nous étions obligés de travailler vite, et je pense que c'est ce que nous recherchions à l'époque. (Jon opine) Mais je ne voulais pas réaliser tous nos disques ultérieurs dans ces conditions. certains demandent davantage de préparation, de recherche dans les compositions.
Jon : Les gens qui ont écouté le nouveau se rendent compte qu'on y a passé du temps. Des fans de longue date nous ont dit qu'ils aimaient bien le précédent, mais qu'ils préféraient nettement celui-ci. Ou qu'ils trouvaient le précédent en deçà de ce qu'il aurait pu être, et le nouveau au-dessus de ce qu'ils espéraient. Et je pense qu'ils ont raison.
Ken : Pour moi, c'est notre meilleur album.

Le titre, "Blood/Candy", peut-il être vu comme une métaphore de la dualité à l'oeuvre dans votre musique ? D'un côté, des mélodies pop accrocheuses, agréables ; de l'autre, parfois, une certaine dureté dans le son et les textes...
Jon : Je crois que tu as répondu toi-même à ta question. (rires)
Ken : Tu as fait le boulot à notre place, merci. (rires) Concernant "Blood", le sang, il renvoie aussi aux émotions, à la vie, à quelque chose de positif.
Jon : On retrouve également cette idée à travers l'illustration de la pochette, qui représente une figue coupée en deux. Je trouve qu'elle donne particulièrement bien sur le vinyle, en grand format.

Votre carrière, débutée à la fin des années 80, a connu des hauts et des bas, avec plusieurs labels de tailles diverses, des splits et des reformations, des période d'inactivité… Vous êtes quand même satisfaits de votre parcours ?
Ken : On n'a pas vraiment eu le choix, de toute façon !
Jon : Oui, les choses se sont passées comme ça, c'est tout. Je ne vois pas d'autres groupes qui aient eu le même genre de "carrière" que nous. Justement, quelqu'un m'a demandé récemment à qui on pourrait nous comparer en termes de parcours et de façon de travailller – deux songwriters en tandem, plus ou moins proches selon les périodes… je n'ai pas trouvé. Nous avons un fonctionnement assez unique.
Ken : Notre histoire est difficile à résumer, c'est vrai. Nous avons fait beaucoup de choses, avons exploré des directions différentes, nous sommes deux à chanter. Les gens ont du mal à nous cerner, à avoir une vue d'ensemble de ce que nous sommes.
Jon : Et nous sommes donc un groupe difficile à vendre, qu'on ne peut réduire à une seule dimension. D'ailleurs, sur nos albums, il est rare qu'il y ait une chanson que tout le monde adore, chacun a sa préférée et apprécie un aspect différent de notre musique.
Ken : Si l'on voulait vraiment nous comparer à un autre groupe, ce serait peut-être à un XTC "non dysfonctionnel". Nous sommes bizarres - quoique pas autant qu'eux - et en même temps nous pouvons écrire des chansons faciles d'accès. Le groupe est une entité à deux têtes, même si, contrairement à eux, nous sommes sur un pied d'égalité. Nous aussi avons frayé avec le mainstream par moments, avec de longues périodes d'inactivité et des projets annexes.
Jon : C'est vrai, il y a des similitudes.
Ken : Hum, pas tant que ça en fait. (sourire)


Après votre premier album, vous avez signé avec Geffen et ça ne s'est pas très bien passé. Beaucoup de groupes d'"alternative rock" des années 90 ont eu les mêmes problèmes avec les majors…
Jon : A l'époque, les majors signaient des artistes à tour de bras en pensant qu'ils allaient tout décrocher le gros lot. Mais évidemment, ça ne pouvait pas être le cas.
Ken : Ceci dit, je crois qu'on a beaucoup bénéficié du fait d'être sur une major.
Jon : Tout à fait.
Ken : Notre histoire avec Geffen n'a pas du tout été une tragédie. Ça marchait bien pour nous. On a dû vendre 40 000 exemplaires de "Frosting on the Beater" rien qu'en France.
Jon : Ils nous ont permis de venir jouer pour la première fois en Europe et de nous constituer ainsi une "fan base" dans plusieurs pays. D'ailleurs, c'est encore en France ou en Espagne que nous avons le plus de succès.


Mais ils s'attendaient peut-être à ce que vous deveniez énormes ?
Ken : C'est ce qu'ils espèrent de chaque groupe qu'ils signent ! Ils n'ont pas de plan marketing qui consisterait à vendre le moins de disques possible... Nous aussi avons travaillé dur. Je crois juste qu'avec la musique que nous faisons, nous ne pouvions pas dépasser un certain niveau de popularité.
Jon : Surtout à l'époque. Je déteste utiliser le mot "grunge", mais c'est vrai qu'on nous a un peu mis dans le même sac parce que nous venions de Seattle, alors que nous n'avions pas grand-chose à voir avec tout ça. Le succès, c'est souvent une question de timing. Regarde Sub Pop : aujourd'hui, ils gagnent de l'argent avec des groupes comme les Shins, The Postal Service, ou Iron & Wine qui fait une musique très douce et belle. Bien loin de leurs premières sorties, nettement plus bruyantes... Si nous avions émergé un peu plus tard, nous aurions peut-être vendu plus de disques. Mais au fond, ça a quand même pas mal marché pour nous.

 

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