The National - Rétrospective 2001-2010 (3ème partie)

05/05/2010, par Julian Flacelière | Concerts |
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La troisième partie de la rétrospective est consacrée à l'année 2005.


Après le EP "Cherry Tree", le groupe quitte le label bordelais Talitres. La signature de The National chez Beggars et son rattachement particulier à sa filiale 4AD après seulement deux albums peut être considérée comme la réponse de l'industrie à la notoriété croissante du groupe que ce soit dans la sphère publique ou médiatique. Elle simplifie de plus beaucoup d'aspects logistiques, ce qui permet au groupe de se concentrer à plein temps sur sa musique : "Nous n'avons pas eu à nous préoccuper d'argent, nous pouvions faire ce que nous voulions." En 2004, les Américains sont bien plus qu'un espoir et pas encore l'institution qu'elle deviendra d'ici quelques années. On attend en somme qu'ils montent d'un nouveau cran. Ce qui ne va guère tarder puisque le troisième LP, "Alligator", sort en avril 2005 et récolte les critiques dithyrambiques et les récompenses comme d'autres les épis de maïs : l'album finit dans le top 10 de l'année de presque toutes les publications musicales. Seul l'habituellement impeccable site Popmatters se démarque du choeur élégiaque en infligant un sévère et incompréhensible 2/10 sous le ridicule motif que le disque manquerait de sentiment. Preuve que cette opinion est pour le moins sujet à controverse, le site publiera moins de dix jours plus tard un article aux conclusions bien différentes... Quant à POPnews, nous notons à l'époque que "le groupe a décidé de rompre avec la beauté discrète de "Sad Songs for Dirty Lovers" tout en en conservant malgré tout les éléments de base, sans céder à la facilité. [...]L'ambiance du disque est donc épaisse, sombre comme un confessionnal, mélancolique et touchante sans jamais tomber dans le pathos. La sobriété des sentiments, une sorte de pudeur planent sur ce disque. Là où "Sad Songs for Dirty Lovers"s'ouvrait au monde, "Alligator" suggère plus qu'il ne dit. Matt est un chanteur autiste perdu dans un univers de regrets que les musiciens essayent de délivrer en douze chansons poignantes et simples."


Dans un entretien paru en juin 2005, Matt Berninger nous racontait la genèse et le contexte de l'enregistrement : "Nous avons enregistré dans pas mal d'endroits, des lieux où nous nous sentions à l'aise plutôt qu'un gros studio très coûteux, nous raconta à l'époque Matt Berninger. Nous avons enregistré la batterie et la basse dans notre studio de répétition, à Brooklyn, et ensuite nous avons enregistré dans une grande maison qui appartenait à la s½ur de Bryce. Quand il a fallu mixer, nous sommes retournés chez Peter Katis, qui avait travaillé avec nous sur "Sad Songs for Dirty Lovers" et où nous avions mixé "the Cherry Tree". Des endroits où nous nous sentions bien. Mais cela n'a pas pris deux mois d'un bloc, cela a été par petites tranches. [...]Sur "Alligator", il y a des chansons dont les premières versions datent de plus de quatre ans. Mais sur cette période, elles ont beaucoup évolué. Bryan a en particulier changé les parties de batterie et cela a rendu les morceaux très différents. "Val Jester" ou "Mr November" sont de vieux morceaux, à. Seul la base.[...]Beaucoup de chansons traitent de la paranoïa.[...]J'essaie de ne pas ressasser les mêmes thèmes, même si parfois j'écris en quelque sorte une nouvelle version de choses déjà écrites. Pour ce disque, j'ai essayé de dire des choses un peu moins sérieuses, de faire de l'humour, d'être un peu absurde. Je pense que j'ai acquis assez de confiance en moi pour avoir un certain détachement vis à vis des paroles. J'ai tout de même travaillé dur pour qu'elles conviennent à ce que je voulais, j'ai essayé de contrebalancer leur côté honnête et émotionnel avec un aspect plus absurde. J'ai écrit beaucoup chez moi, avec ma copine. Elle est très intelligente, et elle n'a pas hésité à me dire quand ce que j'écrivais était merdique. Elle virait mes merdes ! Elle m'a beaucoup aidé à m'améliorer."


"Alligator" se vend à 75 000 exemplaires aux Etats-Unis, un chiffre plutôt encourageant pour un disque indépendant. La sortie de l'album est précédée de celle de son premier single. " "Abel" commence par les coups sourds de la batterie et les hurlements de Matt, la production cradingue illustre à merveille les divagations des paroles pendant que la mélodie s'enroule sur elle-même pour se protéger des coups. Deux claques et pas mal d'ecchymoses plus tard déboule "Driver Surprise me", morceau de bravoure de la dernière tournée. La guitare cristalline du début et le violon chaud contrastent avec la furie de la face A, avant que la batterie, toujours aussi sourde, ne re-débarque. Ca ne rigole pas chez The National, même si la chanson finale semble calmer les choses." Suivront "Secret Meeting" en août et "Lit Up" en novembre. L'année 2005 est également marquée par une tournée mondiale en compagnie de Clap You Hands Say Yeah et d'Editors. Pour la première fois, The National est invité dans plusieurs festivals majeurs, dont La Route du Rock. Notre envoyé se souvient d'un concert contrasté, entre un public quelque peu récalcitrant et un son mal équilibré ne rendant pas du tout honneur à la musique de The National. L'ambiance et la qualité furent bien différentes quelques semaines auparavant dans un Café de la Danse affichant complet... La longue tournée cimentera pour de bon une réputation dont le sommet sera toutefois atteint avec la sortie de "Boxer" en 2007, période faste qui sera le sujet de la quatrième partie de notre rétrospective.


Première partie de la rétrospective Seconde partie de la rétrospective

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