The Antlers - Burst Apart

album de la semaine du 13/07/2011, par Christophe Despaux | Albums |
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The Antlers - Burst Apart

Malaise, distance, évitement se partageaient le premier album de The Antlers, rempli de berceuses blanches comme des suaires. L'électricité de cet "Hospice", franchement plus facile à admirer qu'à aimer, sentait l'électrocution et le pourrissement, une sorte de "Magic & Loss" qu'auraient bredouillé des Arcade Fire saoulés à l'éther. Bien des choses mais pas folichon.


"Burst Apart" est une véritable révolution de velours. Fini le son spartiate et chiche évoquant des pièces monochromées à mort diffuse. Plus de raideur, de la rondeur ! Comme tout le monde cette année, The Antlers découvrent les vertus d'un certain soft-rock eighties qu'ils tirent heureusement vers l'orchestral allégorique. L'idéal de "Burst Apart", c'est peut-être Roxy Music en smoking à paillettes jouant "Avalon" dans la salle de bal du Titanic. Suave, grandiose, un poil rombière sur les bords. Mais condamné, à l'image d'une fin de disque "La Boum" pour sexagénaires emperlées : "Corsicana", ballade hypothermique avec vapeurs de synthés, et "Pulling the Dog To Sleep", slow patapouf à guitare chantilly. Hormis ces erreurs mineures, le disque est somptueux et d'autant plus qu'il est sur le fil du rasoir. "French Exit" parvient à fondre des éléments disparates tous potentiellement douteux (basse disco-Végas, chœurs angélisés, nuages de trompettes) en un résultat bouleversant et curieusement décalqué sur "Le Sens" de Dominique A. (merci à l'amie très chère qui a découvert cet hommage redoublé dans le titre). On pense également aux Wild Beasts sur les morceaux à dynamique pop ("I Don't Want Love", "Every night..."), mais Peter Silberman dépasse sans effort ces modèles sur un "Rolled Together", irradiant de soul et probable chef-d'œuvre du disque. Car derrière l'habillage, superbe, il y a de l'anthracite, du charbon goulu qui descend jusqu'aux amygdales. "Parentheses" grogne des guitares sur un loop de batteries très Ruby, circa 1996 (ou approchant). Et le souvenir trip-hop se précise avec "No Widows", à la fois cajoleur et sinistre. C'est - avant l'envoi - le moment de parler d'un détail sonore point du tout easy-listening : ce bruit d'hélices ou d'élytres, à la fin de "French Exit", qui rappelle les machines à écrire anales et coléoptères du "Festin Nu" version Cronenberg, crissement métallique qui resurgit sous la ligne de flottaison de plusieurs morceaux. Ne pas croire, donc, que "Burst Apart" est un bonbon rose et doré, mais plutôt de la soie qui cache la rocaille. Les âmes noires s'y contempleront en perdant leurs contours.

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  1. I Don't Want Love
  2. French Exit
  3. Parentheses
  4. No Widows
  5. Rolled Together
  6. Every Night My Teeth Are Falling Out
  7. Tiptoe
  8. Hounds
  9. Corsicana
  10. Putting The Dog To Sleep

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