Take It Easy Hospital - Interview

02/04/2010, par | Interviews |
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TAKE IT EASY HOSPITAL

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Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire à votre tour de la musique ? Etaient-ils étrangers pour la plupart ?
Ce sont surtout des artistes anglo-saxons. Il y a quand même eu une importante scène progressive à Téhéran dans les années 60, et ces groupes nous ont beaucoup inspirés. Mais la première fois que j'ai eu envie de prendre une guitare et de composer une chanson, c'est après avoir entendu "Bleach", le premier album de Nirvana. Leur approche déconstruite a changé ma façon de penser, et ma façon de considérer la musique. Après, il y a eu Radiohead, Pink Floyd, Joy Division, et des groupes plus récents comme Sigur Rós, Arcade Fire, Klaxons…

Take It Easy Hospital

Qu'est-ce qui vous plaît chez ces artistes ?
Je sens qu'ils expriment une certaine pureté à travers leur musique.

Negar : Ils sont dévoués corps et âme à ce qu'ils font. Leurs œuvres ne sont pas de simples produits industriels.

Ashkan : Pour nous, c'était le son de la liberté, mais on peut dire ça de toutes les musiques. Sauf celles qui ne sont qu'un pur divertissement commercial. Bien sûr, la musique est aussi un divertissement, mais elle ne doit pas se réduire à ça : elle doit faire partager des émotions, dire des choses.

A Téhéran, aviez-vous l'impression de faire partie d'une scène ?
Non, nous ne savions même pas qu'il y avait ce qu'on peut appeler une scène musicale à Téhéran. Mais quand on voit le film, c'est effectivement l'impression que l'on a.

Negar : Il y a quand même des groupes qui se connaissent et s'entraident, qui forment une petite communauté.

Ashkan : Mais le problème, c'est qu'en Iran, les musiciens de rock préfèrent rester discrets… Peut-être qu'un batteur habitait l'étage en dessous quand j'étais à Téhéran et que je ne l'ai jamais su. J'ai découvert grâce à MySpace que des musiciens habitaient à un ou deux kilomètres de chez moi, et nous nous sommes ensuite rencontrés. Le groupe Yellow Dogs, par exemple, je les ai trouvés sur Internet. J'ai repéré l'un des membres du groupe sur un forum de discussion de Yahoo, je l'ai contacté et je suis allé les voir en répétition.

Internet a donc joué un rôle très important pour des artistes comme vous ?
Absolument. Pour nous, ça va au-delà du divertissement, du fun, ou du business. C'est presque quelque chose d'humanitaire, qui nous aide beaucoup pour communiquer et nous faire connaître.

Cela fait tout juste un an que vous êtes installés en Angleterre. Avez-vous rencontré beaucoup de compatriotes là-bas ?
Il y a beaucoup d'Iraniens en Grande-Bretagne mais nous n'en connaissons pas beaucoup, car la plupart sont étudiants et nous n'avons pas tellement l'occasion de les rencontrer. Nous préférons rester chez nous à faire de la musique. Et je ne sais pas si nos concerts attirent beaucoup de compatriotes. Nous essayons de nous adresser à un public plus large, au-delà des nationalités. Il est vrai que parfois, des Iraniens nous demandent pourquoi nous ne chantons pas plutôt en persan. Mais si le Chinois était la langue la plus parlée dans le monde, nous chanterions sans doute en chinois pour être compris d'un maximum de monde ! Ou en français… (rires) Mais bon, on ne s'est pas trop posé la question. Pour nous, chanter en anglais s'imposait comme une évidence. C'était la meilleure façon d'être compris immédiatement.


Avez-vous été surpris par les réactions du public lors de votre concert à Mo'Fo ? Certains semblaient même connaître les paroles de vos chansons…
Oui, nous étions ravis de cet accueil, et très touchés par les messages que des fans français laissent chaque jour sur Internet.

Negar : Je pense que c'est le rêve de tout artiste que d'entendre ses textes chantés par le public, de sentir qu'il y a un véritable échange. C'est une sensation incroyable.

Take_It_Easy_Hospital03

On peut lire une sorte de biographie fantaisiste du groupe sur votre page MySpace. D'où vient-elle ?
Negar : C'est moi qui l'ai écrite. Ashkan m'a dit qu'on avait besoin d'une bio, et je me suis demandé ce que je pouvais raconter…

Ashkan : A la base, Negar s'exprime par l'écriture.

Negar : Je suis allé lire des biographies d'autres groupes et c'était toujours très factuel : ils se sont formés telle année, etc. Je voulais donc sans doute faire quelque chose de plus original, mais je ne sais plus tellement comment cette histoire m'est venue. En tout cas, pour moi elle a un sens.

Ashkan : Cette histoire plonge dans un monde virtuel, surréel, mais en même temps elle décrit assez bien ce qu'on vit. A la fin, on comprend la signification de "Take It Easy Hospital" : un endroit où l'on est soigné par le rire, la relaxation, la musique… Quand on vit dans une société comme la société iranienne, où l'on est constamment sous pression, on finit par ne plus ressentir de colère, on recherche juste un moyen d'échapper au quotidien. Pour nous, ça a été la musique.

Mais vous avez été obligés de quitter l'Iran pour pouvoir faire la musique que vous aimez.
Oui, nous n'avions pas le choix. J'aurais aimé pouvoir rester là-bas, faire des concerts… De gros festivals rock, ce serait une première en Iran. Mais ce que nous voulons, c'est voyager, apprendre, partager nos expériences, et faire en sorte qu'il n'y ait plus de frontières.

Negar : Nous aimerions montrer une autre image de l'Iran que celle qu'on voit toujours aux infos : la puissance nucléaire, les discours politiques... Notre génération ne veut pas faire bouger les choses avec des armes et des pierres, mais plutôt à travers l'art. Une œuvre, des écrits, ça reste, ça fait l'histoire. Avec une arme, on tire… mais rien ne change vraiment.

Propos recueillis par Vincent Arquillière
Photos par Julien Bourgeois

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