Take It Easy Hospital - Interview

02/04/2010, par | Interviews |
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TAKE IT EASY HOSPITAL

Révélé par le film "Les Chats persans", docu-fiction de Bahman Ghobadi sur la scène musicale de Téhéran, présenté à Cannes l'année dernière et sorti en France fin décembre 2009, le duo Take It Easy Hospital était de passage à Paris il y a quelques semaines. Au lendemain d'un bref concert bien accueilli au festival Mo'Fo, on retrouve Negar (la fille) et Ashkan (le garçon) dans le vaste salon d'un appartement avec vue sur le jardin du Luxembourg, où ils enchaînent les interviews. L'occasion de parler de la situation difficile des jeunes musiciens en Iran (eux se sont exilés en Angleterre), mais avant tout de leur passion pour la musique.

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Vous avez donné votre premier concert français au festival Mo'Fo à Saint-Ouen. Pourquoi n'avoir joué qu'un court set acoustique en duo ?
Ashkan : En fait, au départ, nous ne pensions même pas venir car nous sommes en train d'enregistrer notre album à Londres, et les autres membres qui nous accompagnent habituellement sur scène, dont mon frère aux synthés, n'étaient pas disponibles. Mais nous avons reçu des messages très enthousiastes de la part du public français sur notre site Internet, et nous nous sommes alors dit que c'était ça le plus important. Donc nous avons abandonné ce que nous faisions en studio pour venir à Paris jouer quelques morceaux. Et ce, malgré le fait qu'en plus, j'étais un peu malade ! (rires) Mais bon, on l'a fait, et on compte bien revenir plus tard pour jouer de vrais concerts.

Take It Easy Hospital, aujourd'hui, c'est un vrai groupe, ou juste le duo Ashkan-Negar ?
Sur scène, il y a des musiciens supplémentaires, mais à la base c'est juste nous deux. C'est moi qui écris tout et qui enregistre, et je produis aussi l'album.

Que s'est-il passé pour vous depuis le tournage du film "Les Chats persans", il y a deux ans environ ?
Negar : Nous avons quitté l'Iran et sommes d'abord allés jouer à Manchester, puis à Londres où nous avons d'abord donné d'autres petits concerts. Puis nous sommes rentrés en Iran, et finalement nous sommes repartis en Angleterre où nous avons demandé l'asile. Nous avons donné quelques concerts avant de décider d'arrêter un moment pour enregistrer un album. Pour l'instant, nous n'avons sorti qu'un EP de sept titres, "Human Jungle" (chanson que l'on entend dans le film, ndlr), réalisé en Iran. L'album s'appellera "Dark Pop", il comptera douze morceaux, et nous espérons le sortir dans quelques mois.

Ashkan : Cet EP, on l'a simplement enregistré dans une pièce, avec un PC et quelques instruments. C'est le son de l'underground…

Vous étiez donc déjà en Angleterre au moment des manifestations en Iran, au printemps dernier ?
Ashkan : Oui, nous étions à Londres au moment des élections et des troubles qui ont suivi. Cela nous a beaucoup attristés, bien sûr, de voir que les aspirations à la liberté de la population étaient réprimées ainsi, une fois de plus. Mais dans la mesure où nos chansons ne sont pas directement politiques, nous préférons ne pas trop parler de ça.

Negar : Nous ne voudrions pas que notre musique soit considérée uniquement à travers ce prisme.

Ashkan : Nous voulons mettre des sentiments plus purs que la politique dans notre musique.

De quel milieu social viennent les jeunes musiciens de pop, rock ou rap en Iran, tels ceux que l'on voit dans "Les Chats persans" ?
Je pense qu'à Téhéran, la plupart appartiennent à la classe moyenne, plutôt qu'aux catégories les plus aisées, celles qui ont fait fortune dans l'industrie après la révolution islamique il y a trente ans. La classe moyenne en Iran, ce sont des gens éduqués et ouverts sur le monde, médecins, artistes, dont la carrière a stagné après la révolution, et dont les enfants ont une forte envie de s'exprimer. Pour moi, "Les Chats persans" montre enfin une image de l'Iran qui correspond à la réalité.

Est-il facile de trouver des disques de groupes étrangers en Iran ?
En fait, il n'y a pas de magasins de disques ! Donc les gens piratent beaucoup, comme ce personnage du film qui télécharge une centaine d'albums sur Internet pour les graver sur CD. Il les donne, les partage plutôt que de les vendre, et il les archive. Mais sinon, c'est assez compliqué d'avoir un accès direct aux disques.

C'est comme cela que vous avez découvert des artistes étrangers ?
Je suis beaucoup allé sur MySpace et YouTube. Internet a ainsi changé beaucoup de choses en Iran. Avant ça, nous n'avions aucune possibilité d'écouter cette musique, à moins que quelqu'un puisse sortir d'Iran et rapporter des disques, qu'on recopiait ensuite sur cassette. Maintenant, tout le monde va sur le Web.

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