St Augustine - Interview

30/11/2011, par | Interviews |
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Il m'avait beaucoup touché avec son EP "June, a Maze". Il, c'est St Augustine, ou plutôt François-Régis Croisier, musicien, co-directeur du label clermontois Kütu Folk, mais surtout personnage très agréable et attachant. Après sa prestation fin septembre à Bordeaux, il s'est livré, sur le parking du Krakatoa, avec simplicité et gentillesse.

St Augustine

J'ai chroniqué ton EP, très dépouillé, puis j'arrive et vois un groupe sur scène. St Augustine, ça a toujours été ça ?
Non non. C'était toujours les deux au final, parce que ça fait depuis 2008 que je joue en groupe, c'était pas du tout cette formule-là (clavier - basse - guitares - batterie), c'était une formule plus... "douce". Il y avait piano, violoncelle, mais quand même batterie. Là, on est partis sur quelque chose qui colle un peu plus à mon humeur du moment. je pense que sur scène, on va continuer dans cette voie-là, sur disque je pars vers des choses qui s'éloignent de tout ce qui est folk, sans vouloir faire du "gros rock qui tâche", mais je reste sur quelque chose de très personnel, d'intime, pour l'album que je vais faire. Je vais donc un peu m'éloigner de l'idiome folk.

D'après l'impression que j'ai eue en voyant le concert, si je te parle de Wilco, tu es d'accord ? Pas d'accord ?
C'est marrant, et flatteur, car Wilco c'est sans doute le groupe que j'ai le plus écouté depuis deux ans. Ensuite, ce qui est drôle, c'est que je ne m'imagine pas du tout faire un disque de groupe, St Augustine ça reste vraiment mon projet à moi, mais sur scène, c'est vraiment un truc qui m'inspire. Là, je pense  à Wilco, Okkervil River, des gens comme ça qui réussissent à allier un côté un peu rock classique avec des avancées assez originales, et puis surtout des gens qui se donnent à fond. Ils sont là parce qu'ils ont des choses à dire, ils ne sont pas là pour "faire le boulot", je ne suis pas là pour ça moi non plus.

Finalement, ce n'est pas le même truc qui te fait écrire un disque, ce n'est pas la même motivation, pas le même besoin ?
Ouais, mmm. Enfin, c'est le même besoin, mais une autre manière de l'exprimer : sur disque, c'est poser ce qui me touche, me parle, c'est un processus finalement très égocentrique. Sur scène, il y aussi ce côté "je vais sortir ce qui me tracasse", mais d'une manière plus cathartique, plus "je vais mettre mes tripes sur la table", je vais dépenser toute l'énergie accumulée, évacuer ce qui me tracasse. Après, il faut trouver l'équilibre, pour que ça ne vire pas au plaisir de faire du bruit pour faire du bruit.

L'esprit de groupe, c'est quelque chose d'important pour toi ?
Oui oui, les gens avec qui je joue, je ne les engage pas parce qu'ils ont le bon look, tout ça. Ce ne sont que des amis : Christophe, à la batterie, il joue avec moi depuis des années, ça a d'ailleurs toujours été mon seul batteur, Zak (Laughed), je le connais depuis qu'il a douze ans, Grégoire à la basse, je le connais depuis qu'il a 14 ans, ce sont des personnes qui sont des amis proches, on est comme ça un milieu très familial, qui se rassemble autour du label (Kütu Folk).

Pour en revenir à l'EP, pourquoi ce format court ?
Ce sont des chansons par rapport à un événement bien précis, sur lequel je ne m'étendrai pas. Je les ai écrites, et je pense que ça m'a évité d'aller voir un psy, et je n'avais pas envie que ce soit des chansons noyées sur un album avec d'autres chansons qui parlent d'autre chose, et je ne pouvais pas attendre, j'avais besoin de les sortir à ce moment-là, et justement, en faire un objet à part, six chansons, mais avec des pochettes uniques, une série limitée, je trouvais que c'était cohérent.

Tu parlais du côté cathartique de jouer sur scène en groupe, là, c'est un peu pareil, non ? Le besoin d'évacuer un évènement en le mettant en musique...
Ah oui, complètement. Je pense que je serais devenu soit fou, soit dépressif, si je n'avais pas cette posibilité de sortir des choses dans mes chansons. J'écris la plupart de mes chansons, d'une manière métaphorique ou pas, à propos de moi ou de choses que j'ai vécues, et si j'avais ce moyen de les expulser... Je les écris, et ça y est, les chansons ne m'appartiennent plus, c'est sorti.

Et ça t'a été difficile d'écrire sur l'évènement qui t'a bouleversé ?
Non, parce que je l'ai "vomi", c'est horrible à dire mais c'est vraiment ça. C'est sorti comme ça, la chanson "Mountain", qui a vraiment un texte très très long, elle est sortie d'une traite. Mais ça n'a pas été douloureux, au contraire, ça fait du bien.

Tu es dans le domaine de l'intime, mais tu ne te sentirais pas capable de le dire en français ?
Ce n'est pas une question de musique, car je suis vraiment fan d'auteurs comme Bertrand Belin. J'adorerais, mais je n'en suis vraiment pas capable, c'est tellement personnel en plus qu'en français, ce serait encore plus se mettre à nu. Je ne vois pas beaucoup de musiciens qui, en français, s'exposent autant. Je trouve que ça aurait un côté impudique.

Peut-être le Québécois Pierre Lapointe ?
Ah oui, j'aime bien, mais alors il cache ça sous des arrangements incroyables.

Il a fait un disque seul au piano, très réussi.
J'aodrerais chanter en français, j'adore Brassens, ce qui peut sembler étonnant peut-être, je suis fan de plein de choses en français, c'est une incompétence notoire (sourire).

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