Single - Monólogo Interior

16/11/2010, par Christophe Patris | Albums |
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SINGLE - Monólogo Interior
(Elefant Records) [site] - acheter ce disque

SINGLE - Monólogo InteriorDécidément, Ibon et Teresa n'ont pas fini de nous épater. Après les quatre albums de Le Mans (quatre tournants majeurs, quatre pierres angulaires des années 90), après l'inénarrable premier album de Single, ce "Pio Pio" qui plongeait un moineau chétif au coeur de la tempête pop de ce début de siècle, le duo de San Sebastian avait quelques mois plus tard poussé à leur paroxysme leurs expérimentations avec l'improbable "Mr. Shoji", un titre dangereusement reggae. Qu'attendre, alors, de "Monólogo Interior", second album, annoncé comme le contrepied du précédent : du oud ? Des cornemuses ? De la samba ? De vieilles casseroles ? "Mr. Shoji" avait ouvert tous les champs du possible, et le risque était grand de se perdre définitivement. Il était donc impératif d'oser faire des choix.

"Todo cambia en un instante", hume Teresa en ouverture du disque, comme pour s'éclaircir la voix – et force est de constater que c'est effectivement bien ce qui arrive : l'instant d'un disque, d'une chanson, tout a (de nouveau) changé. Si "Pio Pio" avait, selon les confidences de ses auteurs, été un disque éprouvant à composer, " Monólogo Interior" est un album plus direct, dont les tours et détours, même si toujours aussi nombreux, dessinent cette fois un chemin (presque) apaisé et, comme l'annonce le titre, introspectif. "En el restaurante", "La cama" et "Pensamiento" auraient même pu, si arrangées autrement (et chantées par Jone Gabarain), gonfler l'impeccable répertoire de Le Mans. Il n'empêche, la couleur dominante de ce second album, ce monochrome de noir satiné, est bien inédite : résolument théâtrales, parfois plus dramatiques, les quatorze chansons lorgnent encore une fois vers le répertoire français, cette fois celui des années soixante-dix. Si la présence de Brigitte Fontaine hante les accents délicieusement félins du bien nommé "¡Miau!", c'est surtout l'influence d'Ingrid Caven qui semble dominer ici. Echappées d'un cabaret enfumé, "Pensamiento", "Chinese White" ou encore "La Ola", avec leur mélancolie distanciée, semblent sortis tout droit des mélodrames de Fassbinder, voire de Von Sternberg. En plein milieu du disque, "Gracias a la vida" vient casser cette succession de valses en trois quart temps, avec une irrésistible espagnolade venant essuyer les chagrins d'un night-club de province. La mélancolie, diffuse, embaume l'ensemble du disque, telle une boule de tristesse globale qui se cristalliserait en un instant précis, avant d'exploser et de clairsemer de flocons les paysages du temps. Au milieu de ce ciel de traîne, "Fotos", "Posponías" et "Oda a los negros" apparaissent alors comme trois éclaircies, trois moments de répit échappés de ce monologue intérieur élégamment tourmenté.

Christophe Patris

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A lire également, sur Single :
la chronique de "Pio Pio" (2007)

Todo cambia en un instante
Fotos
Chinese White
Posponías
Pensamiento
¡Miau!
En el restaurante
Gracias a la vida
Monólogo Interior
La cama
Oda a los negros
La Ola
Pensamiento n°2
Unbreve instante


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