Shearwater - Interview

19/02/2010, par Luc Taramini | Interviews |
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SHEARWATER

Dans ce petit local d'interview, Jonathan Meiburg, physique d'étudiant sage, attend une guitare à la main son prochain interlocuteur... C'est un garçon affable et réfléchi qui se tient devant moi. Un type qui aurait pu être scientifique et qui a choisi d'être saltimbanque. Pendant une demi-heure, cap pour les confins du globe, sur les îles reculées qu'il a connues pendant ses voyages d'études qui ont constitué le matériau de base du sixième disque de Shearwater, "The Golden Archipelago". Shearwater, un groupe définitivement important et à part, dont la discographie de haute tenue divise déjà les fans de la première heure et les suivants.

D'où vient l'idée d'écrire sur le thème des îles ?
J'ai passé pas mal de temps sur des îles à cause de mes recherches sur les oiseaux et quand j'ai commencé à travailler sur ce disque, la première chose que j'ai eu c'est le titre, "The Golden Archipelago". Je trouvais qu'il sonnait bien. Et puis j'ai passé tellement de temps à rêver d'îles puis à y aller que je voulais vraiment évoquer ce thème dans un disque. Après quelques mois passés sur l'écriture, les mélodies etc., j'ai entendu l'enregistrement de l'hymne national d'atoll de Bikini réalisé en 1998. Cet enregistrement m'a ému pour plusieurs raisons. Voici les paroles en anglais : "No longer can I stay, it's true, no longer can I live in peace and harmony, no longer can I lead my head on my sleeping mat and pillow, because of my island and the life i once knew there...." C'est une chanson qui parle d'exil, de la maison dans laquelle on ne reviendra jamais. Presque tout le monde peut revenir chez lui mais pas les habitants de cet atoll car l'île est toujours radioactive (à cause des essais nucléaires américains menés de 1946 à 1958, obligeant la population à s'exiler sur une autre île, ndlr). L'enregistrement lui-même est quelque chose de joyeux même si la chanson est très triste. D'une certaine façon, sur un plan artistique, cet hymne est une victoire sur l'exil. C'est le grand pouvoir de la musique, de transformer la tristesse en joie ou bien d'exprimer ces deux sentiments inverses en même temps. Ce fut pour moi le point de départ de ce disque. Je voulais vraiment explorer ce sentiment et aussi confronter l'histoire de ces gens avec ma propre expérience de la vie insulaire.

Selon toi s'agit-il d'un concept-album ?
Oui, mais pas dans le sens de "The Wall" dans lesquels toutes les chansons sont imbriquées et où il y a des personnages qu'on retrouve d'une chanson à l'autre. Là, il y a un arc émotionnel qui traverse le disque. C'est un voyage. Je pense que la meilleure façon de l'écouter, c'est dans l'ordre, du début à la fin, mais ce n'est pas