Ryuichi Sakamoto & Alva Noto à Uppsala Kongress & Konsert, Uppsala le 05.10.12.

12/10/2012, par | Concerts |
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Ceux qui aiment la musique expérimentale auront pris le train vendredi dernier : Ryuichi Sakamoto & Alva Noto, tout comme Laurie Anderson il y a quelques semaines, ont préféré la ville étudiante d’Uppsala pour leur prestation suédoise, obligeant les habitués de Fylkingen et autres aficionados à faire les quarante minutes de trajet Stockholm-Uppsala. Parcourir la campagne aux couleurs mordorées, se balader dans les rues tranquilles le long de la rivière, essayer de visiter le jardin du botaniste Linné, voilà qui permet de s’extraire du temps et de se préparer à la bulle abstraite Sakamoto-Noto.

 Ryuichi Sakamoto & Alva Noto (affiche)

Cela fait dix ans que le musicien électronique Carsten Nicolai, aka Alva Noto, s’est associé au compositeur Ryuichi Sakamoto pour réaliser une suite d’albums étonnants, entre piano et musique électronique, quelquefois séparés, quelquefois mélangés, l’un contaminant l’autre. Exigeants et accessibles, "vrioon" (2002), "insen" (2005), "revep" (2006) font partie des albums électroniques ayant le moins souffert du temps qui passe et des déménagements. Pourquoi, alors qu’on les a tant aimés, a t-on zappé "utp" en 2008 (avec l’Ensemble Modern) et le dernier "summvs" ? La faute à l’album live "insen Live", pesant sur les bourses toujours fortement sollicitées par le label Raster Noton ? Une prestation d’Alva Noto en forme de cachetonnage grossier au Centre Pompidou ? La question reste entière mais, dès le début du concert, on se souvient de toutes ces heures passées en compagnie de Ryuichi Sakamoto & Alva Noto.

Ecran géant en format scope, mini sur-scène blanche, piano à queue à droite pour Sakamoto, table-bureau en forme d’iceberg pour les machines d’Alva Noto : c’est une super production digne de Metallica, option minimaliste.

Ryuichi Sakamoto & Alva Noto (duo gras)

Les habitués du duo retrouveront vite leurs marques dans l’échange musical en cours : improvisation au piano pour le Japonais et mix de glitches, grésillements suraiguës, blips et autres beats sourds pour l’allemand. On reconnaît un plateau commun, des échantillons de sons prévus mais la sauce se fait vraiment sur scène. On craignait un set en roue libre mais les deux musiciens prennent plaisir à construire/déconstruire leurs morceaux devant nous : Ryuichi improvise librement, n’hésite pas à mettre ses doigts dans l’intérieur du piano, frotte les cordes avec des balais de batterie, place divers objets dessus pendant que Carsten joue des intensités, des textures, ralentit ou accélère les beats.

Ryuichi Sakamoto & Alva Noto (piano)

Si on a souvent critiqué (lire la chronique de "Unvrs") le problème du renouvellement de la musique d’Alva Noto, force est de constater que c’est en collaboration qu’il est le plus probant (écouter son inusable "Cyclo" en duo avec Ryoji Ikeda) et on a rarement autant apprécié l’Alva Noto’s touch que ce soir là. Les deux se permettront un passage presque noise, bruit blanc sur beat sourd pour Noto, pendant que Sakamoto se livre à un solo allant du néo-romantisme à l’atonalité la plus viennoise, le tout culminant avec une hausse du niveau sonore frôlant l’assourdissant. On a même craint pour les oreilles des novices de la délégation officielle japonaise à nos côtés.

Pour les vidéos, là non plus pas de surprises : c’est du Carsten Nicolai pur jus. Figures géométriques, entrelacs de lignes interagissant en direct avec les sons électroniques. Rien de très neuf mais des vidéos jamais lassantes et en parfaite adéquation avec la musique à la fois organique et électronique.

Ryuichi Sakamoto & Alva Noto (duo fin)

Le public se déchaîne (si, si) lors du morceau ("ax Mr L. ") reprenant des bribes du tube de Sakamoto, "Merry Christmas, Mr Lawrence" et un enthousiaste du premier rang, se lève à de nombreuses reprises, hurle sa joie, se prend la tête dans les mains de bonheur etc… Une passion.

Une heure et demie plus tard, Ryuichi Sakamoto & Alva Noto, au passage très chic en kimono-costard, ont su démontrer la puissance de leur collaboration, toujours aussi impressionnante après dix ans de travail commun. Voir sur scène les deux interagir avec bonheur, admirer Sakamoto se glissant dans les trous rythmiques de Noto, est comme une récompense méritée suite à des centaines d’écoutes répétées de leurs enregistrements et un aboutissement. Merci et encore bravo.

Avec l’aide des glitches de Johanna D.

Merci à l’Uppsala Kongress & Konsert et en particulier à Elin Lörelius.

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