La Route du Rock - Collection hiver 2010 : Beach House, Local Natives, The Horrors, Beak>, Clara Clara, Fiery Furnaces, Clues, Shearwater

08/03/2010, par et | Festivals |
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LA ROUTE DU ROCK - Collection Hiver 2010 : Beach House, Local Natives, The Horrors, Beak>, Clara Clara, Fiery Furnaces, Clues, Shearwater

Samedi 20 février


L'année dernière, l'érudit rock rennais Christophe Brault avait tenu une conférence sur le folk. Il se penchait cette fois-ci sur le krautrock (en gros, le rock allemand à tendance expérimentale des années 70), choix judicieux pour une édition qui accueillait quelques héritiers de ce courant musical, comme Beak> ou Turzi. Un sujet à priori mieux circonscrit que celui de l'année précédénte, mais sur lequel il parvint sans peine à tenir une heure et demie, s'appuyant sur des projections de photos et des extraits de morceaux tirés de son iPod (certains étaient apparemment issus de ses propres vinyles qu'il avait numérisés). A côté de groupes bien connus (Tangerine Dream, Can, Kraftwerk...), il évoqua d'autres formations plus obscures mais très influentes (Neu!, Cluster, Faust, Amon Düül II, Agitation Free...) dans un exposé plein d'humour et jamais pédant, malgré son impressionnante culture musicale. De quoi nous donner envie d'écumer les conventions de disques du Bade-Wurtemberg, à la recherche de pressages originaux d'Harmonia ou de La Düsseldorf...

 

Clues


Le soir, c'est avec une demi-heure de retard sur l'horaire prévu que débarquent les cinq membres de Clues, soit le duo Alden Penner (ex-Unicorns, guitare, chant) et Brendan Reed (ex-Arcade Fire, batterie), autour desquels gravitent un autre batteur, un clavier et un bassiste-clavier. Après avoir écouté en boucle leur premier et excellent album, on attendait impatiemment ces Canadiens. Les gars de Montréal maîtrisent parfaitement l'art de faire des morceaux de trois minutes alliant montées modulées, chœurs intuitifs et déflagrations de guitare opportunes. Alden Penner, en chaussettes, laisse les deux claviers inventifs éclairer ses mélodies spontanées. Le plus beau coup d'éclat du concert reste le morceau le plus étendu, "You Have My Eyes Now", sur lequel Brendan Reed prend le micro en se triturant les mains comme un gamin récitant une poésie. La montée progressive et le final ravageur de ce titre sont jubilatoires. On pense voir Clues clôturer avec le conquérant "Ledmonton" au refrain triomphant, mais c'est sur le délicat "Let's Get Strong", d'une sensibilité à fleur de peau, que concluent les Canadiens.

 

Shearwater


"Sensibilité à fleur de peau", l'expression irait bien aussi aux Américains de Shearwater, qui leur succèdent. Le quintette réuni autour du chanteur-ornithologue Jonathan Meiburg joue une musique frémissante devant autant au folk qu'au (bon) rock progressif, soit des mélodies plutôt directes enrichies d'arrangements subtils et variés. Tous les membres du groupe sont - à des degrés divers - multi-instrumentistes, et il est assez étonnant de voir le batteur, aux airs d'homme des cavernes, se mettre par moments à la clarinette... Si les envolées lyriques de Meiburg (dont la voix de tête rappelle parfois celle de... Michel Polnareff) donnent des boutons à certains, le groupe ne sombre jamais dans l'emphase et la boursouflure, offrant un set d'une heure partagé entre hymnes enflammés et moments plus intimistes et apaisés.

 

Tallest Man on Earth


Il était initialement prévu que The New Puritans pallient l'absence de The xx, les deux groupes ayant joué à la même affiche à Paris l'avant-veille. Mais leur chanteur Jack Barnett étant introuvable, c'est finalement au folkeux The Tallest Man on Earth (qui a un peu triché sur son CV au niveau de la taille), programmé le lendemain à la chapelle Saint-Sauveur, qu'incombe la lourde tâche de faire oublier les Londoniens. Charismatique, avec un soupçon de cabotinage finalement plus sympathique qu'agaçant, le Suédois, seul avec sa guitare acoustique, relève brillamment le défi à coups de chansons simples et indémodables. Plus américain que les Américains eux-mêmes, Kristian Mattson restera comme l'une des belles découvertes de cette édition, même s'il n'est pas tout à fait un débutant.

 

Local Natives


Suite à l'annulation de The xx, c'est sans doute les cinq membres de Local Natives qui devenaient les têtes d'affiche de cette soirée. Et les Californiens auront confirmé leur rang en offrant un set lumineux. Les Américains se présentent en front de scène, seule la batterie reste en retrait, les quatre de devant échangent leurs guitares, claviers et un kit de batterie sommaire en superposent leurs voix dans une joyeuse harmonie. Comme pour les Fleet Foxes, les chœurs donnent une dimension beaucoup plus pop aux bases folk de leurs morceaux. Tout cela a énormément de souffle et des titres que l'on pouvait juger un peu trop en dedans sur leur dernier album, comme "Shape Shifter", se voient ainsi sublimés. Les guitares anguleuses de "Sun Hands" font vibrer le public. Les morceaux phares de l'album,"Wide Eyes" et "Airplanes", trouvent eux aussi un écho certain auprès du public maloin. Les Local Natives n'offrent rien d'absolument inédit, mais la cohérence de l'ensemble est plus que remarquable.

 

Clara Clara


La salle s'est bien vidée quand arrivent les trois membres de Clara Clara. Auréolé d'une réputation scénique de groupe radical, le combo "lyonno-dijonnais" a su élargir ses horizons sans perdre de sa puissance sur son dernier album "Confortable Problems". François Virot, décomplexé par son aventure solo (il avait donné un concert voix-guitare ici même l'année dernière), ajoute désormais des paroles à ses mélodies proto-pop. Debout, muni d'un micro HF, il fracasse sa batterie en gémissant ses textes. Amélie tournoie autour de son clavier, martèle une chaise à l'occasion, tandis que Charles dodeline sur sa basse. Au départ, on sent les trois un peu timides, mais ils prennent de l'assurance au fur et à mesure, ce qui incite le public à s'approcher de la scène. Clara Clara dégoupille alors l'ultra-catchy et un poil crasseux "Under the Skirt" avant de conclure joliment par le ravageur "Paper Crowns". C'est sûr, on va reparler d'eux. En attendant, il faut penser à rentrer à l'hôtel - toujours à pied, mais sans pluie cette fois-ci.

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