Route du Rock 2013

21/08/2013, par , Matthieu Chauveau, Judicaël Dacosta et | Festivals |
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Samedi 17

Pas toujours évident d'ouvrir la journée lors d'un festival. Mais à la faveur d'un set bien construit, qui saura s'emballer à mi-course, après une douce reprise du "Wicked Game" de Chris Isaak, le duo folk-rock Widowspeak retiendra tout de même l'attention des festivaliers grâce à la chaleur de la voix de Molly Hamilton et à la justesse des arrangements de Robert Earl Thomas. J'apprendrai plus tard, avec regrets, qu'un batteur et un bassiste ont quitté le groupe après le premier album, ce qui est fort dommage car comme souvent, la boîte à rythmes aplatit beaucoup trop les morceaux. (J.D.)

Junip est le side-project intermittent du perfectionniste José González. Moins arides et dépouillées que les entreprises solo du Suédo-Argentin, les chansons du groupe (ici étendu à un sextette) se révèlent aussi un peu moins touchantes car les mélodies ne se limitent plus à la simplicité d’un instrument et du chant. Malgré cela et un jeu de scène quasi inexistant, le set, d'une grande élégance, est très concluant. Les entrelacs de guitare et la voix de tête de José González enchantent ; une base folk que les musiciens, tout en sobriété et en retenue, enrichissent de fines touches psyché, jazzy, groovy ou bluesy version Afrique. Tout ce qu'il faut, donc, pour plaire au public du Fort. (VLD et V.A.)

 Junip

Les régionaux de cette édition sont les Normands de Concrete Knives, qui vont diviser le public. Leur rock de stade gentillet a le don soit d'enthousiasmer les jeunes fougueux, soit d'énerver les doyens puristes du festival malouin. D'un côté, on apprécie des morceaux bien emballés et efficaces comme “Africanize”, “Roller Boogie” ou “Brand New Start”, d'un autre côté on reste sur notre réserve devant leur jeu de scène un peu too much et la reprise un brin putassière et surtout pas très réussie d'“Here Comes the Hotstepper” d'Ini Kamoze. Laissons les mûrir. (VLD)

 Concrete Knives 3

Concrete Knives 1

L’engouement pour les Parquet Courts, qui viennent tout juste de sortir leur premier album, rappelle celui suscité par les Strokes et d’autres formations à blousons de cuir vers 2001-2002. Assisterait-on à un « retour du retour du rock » ? En tout cas, avec des groupes aussi fulgurants et excitants, on veut bien y souscrire. Texans exilés à New York, les Parquet Courts semblent avoir pour noble dessein de faire revivre les riches heures du CBGC circa 77 et de l’indie rock US un peu “slacker” du début des années 90. Deux guitares, une basse, une batterie, trois voix, pas de pose ni de pause. L’un des rares répits de ces 45 minutes pied au plancher est provoqué par la nécessité de changer la bandoulière d’une guitare ; sinon, les morceaux courts, percutants, s’enchaînent sans temps morts, quelques-uns un peu plus longs et calmes évitant à l’ensemble d’être trop monolithique. Le “Stoned and Starving” final nous laisse sur les genoux. L’une des grosses claques de cette édition. (V.A.)

Loin, bien loin du rock sec et nerveux de Parquet Courts, ce sont les néo-hippies de Tame Impala qui enchaînent sur la grande scène. A la vue de la masse de spectateurs (et de jolies spectatrices dont les visages s'affichent sur les écrans géants de part et d'autre de la scène) s'agglutinant pour bénéficier d'une bonne place, on comprend que le groupe, fort du succès critique et public de son dernier album en date - le très planant et très produit "Lonerism" - est clairement l'une des têtes d'affiche du festival. Alors, que donne la musique de Tame Impala débarrassée de la toujours excellente production de Dave Fridmann (Flaming Lips, Mercury Rev, MGMT...) ? Cette question restera (malheureusement ?) sans réponse. La pop psychédélique et hypnotique des jeunes Australiens chevelus s'avère aussi parfaitement interprétée sur scène qu'en studio mais surtout, on jurerait que c'est le sorcier Fridmann himself qui se charge du son du concert tant tous les effets entendus sur disque sont présents en live – jusqu'au flanger sur les sons de batterie ! Bref, ceux qui attendaient des versions alternatives de "Mind Mischief" ou de "Why Won't They Talk To Me?" seront déçus, les autres – dont je fais partie – ne bouderont pas leur plaisir. Keep on dreaming ! (Mat.Ch.)

 Tame Impala 1

Tame Impala 2

Comme Tame Impala, les Canadiens de Suuns (scène des Remparts) cherchent visiblement à envoyer leurs auditeurs dans l’espace, mais avec eux le voyage est nettement plus angoissant et mouvementé. Surtout quand le groupe joue les morceaux de son nouvel album “Images du futur” : voix menaçante, synthés grésillants, guitare dissonante, on n’est pas sûr que l’avenir qu’ils envisagent soit très riant. Les habituelles comparaisons avec Liars ou Clinic sont justifiées, mais on pense également à des formations expérimentales plus anciennes portées sur les états modifiés de conscience, la dystopie et les dérives bruitistes, comme Chrome. Après quelques rounds d’observation, on plonge néanmoins avec délices dans leurs univers paranoïaque, aux contours flous.

 Suuns

Têtes d’affiche officieuses de cette dernière soirée avec Tame Impala, les Anglais de Hot Chip ont offert ce qu’on attendait d’eux : un best-of énergique et sans prétention. Si les nouveaux morceaux sont un poil plus faibles, les anciens tubes, de “Over and Over” à “Ready for the Floor” et “One Life Stand”, restent imparables et donnent l’impression d’entendre Squeeze produit par Moroder, réconciliant songwriting et électronique. De tous les concerts de cette Route du rock, ce fut sans doute l’un des plus euphorisants, dont on est ressorti le sourire aux lèvres et le corps fatigué d’avoir dansé.

Hot Chip 1 

Hot Chip 2

L’équipe de la Route du rock avaient eu le nez creux en bookant Disclosure avant que le duo anglais ne place son album en tête des charts britanniques. Et en le programmant en clôture du festival : l’électro œcuménique des deux frères Lawrence se révèle idéale pour brûler le peu d’énergie qui nous reste. Leur maîtrise aux machines et aux instruments (un peu de basse et de batterie) nous fait oublier que la plupart des voix sont enregistrées, et on ne résiste pas à l’efficacité de “When a Fire Starts to Burn” ou “White Noise”, habiles résumés de toutes les tendances de la musique de club britanniques de ces dernières années. Peut-être pas très “rock”, mais révélateur de l’esprit défricheur du festival, qu’on espère avoir l’occasion d’apprécier pendant de nombreuses années encore. (V.A.)

 

Merci à l'organisation, Maxime Lecerf.

Photos de Vincent Le Doeuff

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