Rodolphe Burger - Interview

09/02/2012, par Luc Taramini | Interviews |
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Rodolphe Burger s'attaque au mythe du Velvet avec un disque qui sort ces jours-ci et quatre concerts au Théâtre de la Cité Internationale. Hommage, voyage, plaisir hédoniste ? Un peu de tout cela à la fois. L'ex-leader de Kat Onoma, adepte des projets musicaux transversaux, s'en explique ici.

Rodolphe Burger, Velvet

Qu’est-ce que représente le Velvet pour vous ?

Ça représentait tellement que je n’avais jamais pensé le reprendre à l’échelle d’un disque entier. Il m'a fallu pas mal de temps pour l'envisager, sous l'amicale pression du directeur du théâtre de Sète qui m'a encouragé.

Et le mythe du Velvet pour vous qui êtes guitariste rock ?

Le Velvet a joué un rôle très important pour moi au tout début de Kat Onoma. Pas comme une influence directe mais plutôt comme un groupe qui déclenche des vocations et qui redonnent confiance dans la possibilité de faire du rock. Tu connais sans doute la fameuse phrase de Brian Eno : "Très peu de gens ont acheté le disque de Velvet mais tout le monde a formé un groupe". Donc, c'est au-delà de l'influence.  J'ai fait du rock très tôt quand j'étais jeune ado et puis je m'y suis remis plus tard au début des années 80.

Dans la définition d’un son ou dans la possibilité aussi d’écrire des bonnes chansons, est-ce une influence ?

Il y a évidemment ce son, la beauté de l’écriture et cet assemblage improbable et génial entre ces personnalités. John Cale qui vient de la musique savante, Lou Reed, un songwriter incroyable qui innove en parlant de la réalité de manière très crue. Il y a ce rapport à la musique noir. Moe Tucker qui ne swingue pas etc.

Avec ce projet, vous interprétez le Velvet ou vous lui rendez hommage ?

J’ai souvent pratiqué la reprise et l’hommage souvent en prenant pas mal de liberté avec l'original. Là, j’ai eu une approche presque hédoniste. C'est à dire rassembler la meilleure équipe de musiciens pour prendre le maximum de plaisir, en faisant ce que j'aurais aimé que le Velvet fasse lors de leur reformation.

Qu'auriez-vous aimé qu'ils fassent lors de cette reformation ?

Je ne sais pas… Quelque chose qui soit à la fois plus fidèle à ce qu'ils étaient et en même temps qui soit du côté de l'énergie. Nous, on s'est juste emparé du répertoire. Ce n'était que des madeleines de Proust les unes après les autres. J'ai joué avec mon trio habituel et ce qui est intéressant c'est que pour Alberto Malo, le Velvet est totalement absent de ses références. Ça donne une lecture intéressante. On ne s'est contraint à rien et on reprit ces morceaux avec une joie incroyable.

Vous êtes vous interdit des choses ?

Oui, je n'ai pas eu envie de reprendre "Heroin" par exemple. On s'est emparé de morceaux d'albums qui procédaient d'un montage comme "The Gift". Des morceaux qu'ils ne jouaient peut-être pas en live. Il y a aussi une chanson allemande que Nico chantait seule. Le titre de l'album est une formule de Nico :  "This Is A Velvet Underground Song That I'd Like to Sing".

Comment avez-vous construit ce spectacle ?

Au départ c'est clairement un projet axé sur la musique. Avec le Velvet c'est compliqué, il y a un univers riche : les lunettes noires, Andy Warhol, la factory, les murs en aluminium, les stroboscopes, le 35 mm, les fouets et les lassos… On a évacué toute cette imagerie. On a choisi de vider la scène, de ne pas avoir de décors. Ça peut avoir un côté Factory. On a juste installé des fauteuils au fond de la scène. On n'est pas dans un spectacle exactement, on est clairement dans un concert, sans images ajoutées, juste une création lumière. La colonne vertébrale de ce spectacle, son esprit en fait, ce sont les chansons de Lou Reed et de John Cale, le "premier" Velvet.

Rodolphe Burger

Qui serait John Cale et Lou Reed dans votre spectacle ?

Je n'en ai aucune idée. La question délicate c'était qui serait Nico ? On a eu de la chance de rencontrer la chanteuse Sarah Yu qui est la compagne de mon guitariste Geoffrey Burton. Elle est arrivée au dernier moment telle une cerise sur le gâteau, en ayant répété toute seule chez elle. Elle nous a fait une "Nico" impeccable.

Vous jouez quatre soirs au Théâtre de la Cité Internationale (les 16, 17, 18 et 20  février) avec pas mal d'invités le dernier soir. Vous attendez un rôle précis de leur part ?

Pour la dernière date, c'est une proposition de la chorégraphe Mathilde Monnier qui a vu le spectacle et qui m'a proposé de leur faire au TCI. Il y aura des danseurs qui s'empareront d'un morceau et proposeront quelque chose dessus. Je ne sais pas encore quoi, on va répéter.

Ce voyage à travers le Velvet, c'est finalement un bain de jouvence, non ?

Je ne pensais pas que ça donnerait ça. Je ne pensais pas en faire un disque. C'est en le faisant qu'on s'est dit que ça méritait d'être enregistré et on a un plaisir incroyable à le faire.

Ce spectacle, c'est une coproduction de la compagnie Rodolphe Burger. Quel est le but de cette structure ?

C'est ce qui m'a permis depuis 3 ans de continuer à proposer des choses dans un contexte où plus aucune maison de disque ne prend de risque, surtout pour un projet comme celui-là. Là, mes interlocuteurs ont été des théâtres, des scènes nationales sans qu'on me demande de faire autre chose que ce que je sais faire dans la musique. Au contraire, je fais des trucs hyper rock'n'roll. Et puis, avec la Compagnie, ça nous a permis d'avoir une résidence pendant 8 jours pour travailler et préparer le spectacle.

Photos : Julien Mignot

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