Rock en Seine – Saint-Cloud, 24-26 août 2012

31/08/2012, par , Christophe Despaux et David Larre | Festivals |
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Dimanche 26 août

Christophe :
On arrive au radar et, rejoignant notre couple d'amis, entamons une longue discussion sur la poussière soulevée par la foule ahurissante de festivaliers. La jeune femme - dont nous tairons l'identité - a remarqué dès vendredi, horrifiée, qu'elle mouchait gris-noir, comme un mineur du Borinage période Germinal. Coupable : la poussière en tourbillons (merci le vent) qui se dépose sur chaque festivalier (nos chaussures iraient très bien à un figurant d'un Sergio Leone quelconque tellement elles sont peu ragoûtantes après deux jours sur le site). Son compagnon a procédé à la même expérience à sa demande et tous deux ont comparé les résultats (c'est un couple moderne). Je m'y livre aussi, et conclus qu'à fortes doses, Rock en Seine tue (et, de façon plus générale, les loisirs). Creepy.
De toute façon, nous ne sommes guère que poussières, ce dont se doute Mike Scott, gloire majeure de la fin des années 80 sombré dans un presque anonymat honteux. Voir les Waterboys à Rock en Seine est donc inespéré, d'autant que le groupe a sorti cette année un album tout ce qu'il y a de décent : "An Appointment With Mr Yeats". Disons-le tout net : ce sera le plus beau concert de l'édition 2012, intense, effréné, grandiose. En moins de 50 minutes, Scott et ses musiciens revisitent les sommets d'une discographie qui contient au moins deux chefs-d'oeuvre : les albums "This Is The Sea" et "Fisherman's Blues". La voix est juste, vibrante - en fermant les yeux, on remonte le temps : "The Pan Within" est dédié aux "amants de cette fin d'été" et "The Whole of the Moon" à Neil Armstrong (ce qui nous change des Pussy Riot). Les masques - noirs et colorés - surgissent sur un extrait du dernier disque : "Mad as the Mist and Snow", démarré en duo avec l'admirable violoniste Steve Wickham ; on se souvient qu'à notre tout premier concert, il y a une vie, ces mêmes Waterboys avaient enfilé des masques vénitiens pour reprendre admirablement "Purple Rain" de Prince, le temps n'existe pas ou presque.

Mike Scott nous rappelle à la réalité en invitant Cali - fan notoire - sur le final : un "Fisherman's Blues" d'anthologie, bouleversant et qui nous ravit presque autant que Jean-Paul Huchon - autre fan notoire - à l'amorce de la scène. Seul bémol : moins d'une heure pour un groupe aussi capital que les Waterboys (sans lequel pas de Arcade Fire et autre rock héroïque à sentiments vrais), c'est quand même bien peu, surtout quand on sait que Green Day - dont on cherche toujours l'intérêt vingt ans après - joue deux heures le soir même. Mais ne boudons pas notre joie presque parfaite. D'autant qu'aussitôt après, c'est la descente avec les Dandy Warhols, dans un mauvais jour, scolaires et filandreux qui ne sauvent guère que l'insubmersible "Bohemian Like You" d'un set en montagnes russes.
On échappe à Grandaddy, certificat médical aidant, et nous voici à la Pression Live en cours d'Avant Seine All Stars, soit dix groupes français mis en avant depuis la première édition par le festival reprenant des titres phares joués à Saint-Cloud (dont "One Armed Scissor" d'At The Drive In par Stuck in the Sound : euh, LOL, non ?). On rate d'un Cheveu les mêmes massacrant "One More Time" de Daft Punk (dixit nos amis qui en perdent les leurs). De ce que nous voyons, surnage aisément le "No One Knows" des QOTSA par Success, électroïdé mais pas trop. Un abominable chauffeur de salle émule de Bigard rend l'exercice assez pénible. Une jeune fille devant nous, les yeux au ciel, nous fait comprendre que la gente féminine se sent légitimement indisposée par l'humour slip-patapouf du zoziau (exemple : "''Tain ! J'étais tranquille dans les loges en train de me faire sucer ! On peut même pas prendre une pause de 5 minutes ici ???" ah ah…).

Nous quittons les lieux pour des cieux plus beaux, Social Distortion, qu'on découvre à notre canonique âge, soit le Clash versus Bob Mould. Pas mal du tout - belle bannière de scène et une présentation de chanson qui nous amuse pas mal ("Le morceau qui vient s'appelle : "Don't Drag Me Down, Motherfucker “!).

La nuit tombe, c'est l'heure de Beach House, Pression Live encore, avec relativement peu de monde (le gros du public s'amasse à la Cascade devant Foster The People). Beau set, à qui le fan ultime que nous sommes reprochera l'absence de morceaux des deux premiers albums. Mais cédons la place à un débutant en "bitchouserie" (d'après la prononciation particulière de notre amie empoussiérée), j'ai nommé David L. et terminons de notre côté sur une note positive : Rock en Seine a bien fêté ses 10 ans !

David :
Arrivé tard à la fête, et vraiment tout seul, je n’abuserai pas du nous, pas plus que des prestations live de The Lanskies, découverts sur scène en attendant les Waterboys. Un clip vidéo me les avait déjà livrés en vague parangon de post-punk dansant option Block Partouze ou Vampire Weekend (en pire), avec un chanteur à la voix (juste) de chat écorché qui ne ressemble vraiment qu’à lui-même. Ce n’est pas toujours très fin, mais lorsque ça bombe les basses et ondule moins martial, c’est assez écoutable.

Grandaddy

Ayant eu quelque mal à m’extirper du show mélasse des Dandy Warhols, qui nous a entraînés dans sa descente de speed, j’ai dû rater le début du retour attendu de Grandaddy on stage. Et je déboule au milieu de “Now It’s On”, servi assez carré et faisant craindre (de façon prévisible) l’épreuve de la scène pour un groupe dont la musique, bricolée avec des synthés de fortune et une voix friable, a contre elle l’incertitude du temps et de l’heure. Et finalement, assez vite, à la faveur d’un choix de morceaux consensuels (“The Crystal Lake”, “A.M. 180”, “Hewlett’s Daughter”, “Summer Here Kids”), et d’une bonne réception (un public de kids autour de la vingtaine semble bien connaître la discographie du groupe, alors que “Under The Western Freeway” a déjà quinze ans), la sauce prend, l’émotion monte (malgré la sobriété pince-sans-rire de Jason Lytle), et le groupe l’emporte résolument en risquant en final les neuf minutes de “He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot”. Du bel ouvrage.

 

Beach House
Prétendre que j’ai plus à dire sur Beach House que les aficionados serait une hérésie. Disons que, passé le sentiment d’une certaine raideur (la voix en montées solennelles, l’absence de basse), je me suis laissé embarquer : le groupe imprime élégamment sa marque sur scène. Victoria Legrand, qui assure l’essentiel du show (une coiffure tombante secouée dans l’ombre, des phrases d’une sagesse toute confucéenne : “c’est la nuit, c’est mieux”, “merci Louis XIV”) a une présence indiscutable, et fait vite basculer la froideur du côté de l’onirisme. Une clôture idéale (de conserve, on a zappé Green Day) pour une dixième édition moyennement excitante sur le papier, et qui aura finalement offert son lot de bonnes surprises.

Photos : Nicolas Joubard (Get Well Soon, Sigur Rós, Ume, The Black Keys), Victor Picon (Grimes, Dionysos, Grandaddy), Sylvère Hieulle (Granville, Hyphen Hyphen, Beach House).

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