Rock en Seine – Saint-Cloud, 24-26 août 2012

31/08/2012, par , Christophe Despaux et David Larre | Festivals |
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Samedi 25 août

Christophe :
Belle journée à peine entachée de quelques gouttes en fin de soirée. On aborde Toy en cours sur la scène Pression Live et on se croit revenu un an en arrière avec The Horrors (avec qui ils sont amis) au même endroit. Que non, les garçons sont chevelus et portent des couleurs (à part le chanteur, en noir de pied en cap). Peu de compositions marquantes, un revival shoegaze qui commence à faire peur. L’ami Vincent a davantage goûté ces longues dérives hypnotiques qui lui ont rappelé des groupes fin 80’s-début 90’s totalement oubliés, voire à peu près inconnus de leur vivant : Loop, The Telescopes, See See Rider, The Werefrogs… On souhaite quand même à Toy de marquer un peu plus l’histoire du rock.

Hyphen Hyphen

Candidat suivant ! Deux donzelles et deux jeunots (torse nu : cf. vendredi) soit Hyphen Hyphen ; on les avait découverts l'année dernière au Glaz'Art, et les progrès sont marquants. Plus de syndrome Foals-Klaxons (ou à peine sur les vieux morceaux). Un nouveau sobrement baptisé "Rock en Seine" (titre de travail, hein ?) est même tellement pop qu'on a l'impression de découvrir un autre groupe. Scéniquement, ça saute beaucoup et la chanteuse, Santa (pseudo, dirait-on) est un peu épuisante. Une bonne surprise, toutefois, qui nous fait rater Maxïmo Park alors qu'on avait prévu d'y jeter un oeil. Ralliant la Grande Scène, on entend un bout de Caravan Palace qui nous fait penser à Béatrice Ardisson, on presse le pas.

De dEUS, on remarque d'abord que Tom Barman vieillit bien - physiquement, veut-on dire. Et "The Architect", le meilleur morceau de "Vantage Point", passe efficacement la rampe. Mais le reste s'avère irrémédiablement "middle of the road" avec une version cataclysmique de leur chef-d'oeuvre, "Instant Street", et un morceau en français dont les paroles ont heureusement traversé notre esprit en ne s'y attardant pas (option Tanger deuxième langue pour ceux qui se souviennent de ce groupe, hum, clivant).

Notre dos aidant, on passe le concert de Bass Drum of Death allongé, à regarder le ciel bleu d'où se détache un bout de frondaison vert baigné de soleil : on pense à la pochette de la compilation des Go-Betweens "1978-1990", on pense à Grant McLennan, disparu trop tôt. Et on oublie la musique brouillonne et flambarde de BDOD, des White Stripes avec adjuvants.

Noel Gallagher et ses oiseaux rase-motte ne nous cueillent pas au vol, et on décide de tenter les Bewitched Hands, groupe qui nous assomme sur disque. On se souvient d'une belle note de pochette sur le premier album des Geraldine Fibbers "Lost Somewhere Between the Earth and My Home" (un classique inconnu) : "everybody sing backwards". Le mot important n'est peut-être pas tant "everybody" que "backwards" qui signifie que quelqu'un chante devant - ce dont on n'est pas bien certain sur les enregistrements studio des BH(OTTOOH a été vidé, dommage !). Revanche scénique - qui sait -, le groupe a belle allure, et sans être globalement fou de l’univers général beachouille boyesque, on succombe quand même à "Hard to Cry", l'un des meillleurs morceaux entendus à Saint-Cloud cette année.

Pas grand-chose à dire des Eagles Of Death Metal, si ce n'est qu'ils assurent visuellement (pour qui aime les moustaches gauloises et les jeans près du corps) et que le son était discutable (aka pourri). Et Vincent - dont les Black Keys sont le 120ème groupe préféré - va en parler mieux que moi (ils sont 345ème de mon côté). Mais on avouera qu'on a passé un excellent moment rock malgré une foule compacte qui a failli transformer une amie agoraphobe à nos côtés en meurtrière de masse (sa seule arme était un kleenex souillé, mais nous reparlerons de ça demain).

Vincent :
Bien que parti tôt, je manque le début du concert de Ume sur la scène Pression live et arrive en plein milieu d’une impressionnante bourrasque sonore. Le trio texan, pour son premier concert en Europe (bien que le groupe existe depuis quelques années déjà), doit prouver que sa réputation scénique flatteuse, acquise à force de tournées américaines incessantes, n’est pas usurpée. Entourée de son mari Eric à la basse et de Rachel Fuhrer à la batterie, la furie blonde Lauren Larson, haute comme trois pommes, ne s’économise pas. Flottant dans une sorte de tunique, elle enchaîne les poses de “guitar héroïne” quasi metal, qui pourraient tourner au ridicule si on ne sentait pas autant de passion chez ce power trio à la dynamique exceptionnelle. Dommage que la voix, troublante sur disque, soit mixée un peu trop bas, mais pour le reste, ces présentations s’avèrent particulièrement convaincantes et donnent envie de revoir très vite Ume – ça tombe bien, ils devraient revenir dans les prochains mois.

Ume

On se dirige ensuite vers la scène de l’Industrie pour écouter Granville, un quartette de Caen dont la pop chantée en français a retenu des yéyés la légèreté des mélodies mais pas la sottise. C’est jeune (de 18 à 22 ans), c’est frais, joué sans effets superflus, chanté avec une délicieuse moue boudeuse par Mélissa (et sa jupe plissée aux fleurs warholiennes). On aime beaucoup “Jersey” ou “Le Slow”, qui a bercé notre été – bien que le morceau date de l’année dernière. Les Normands ont quelques atouts dans leur Manche et possèdent déjà un univers bien à eux, tout en gardant une marge de progression qui devrait leur permettre de durer. A suivre de près.

Granville



Comme leurs quasi-jumeaux (en version lad) des Kaiser Chiefs, les Anglais néo-new wave de Maxïmo Park vivent encore sur la réputation de leurs excitants premiers singles, et semblent avoir été programmés à Rock en Seine pour attirer avant tout leurs compatriotes. Leur set aux allures de best-of (avec “Graffiti”, “Limassol”, “Our Velocity”, et “Apply Some Pressure” en clôture) s’avère toutefois agréable, Paul Smith - coiffé de son éternel chapeau - et le clavier bondissant Lukas Wooller assurant le show et faisant danser les filles, comme diraient les Franz Ferdinand.

 

The Black Keys

Les Black Keys ont au moins un fan moustachu : l’impayable Jesse Hughes des Eagles of Death Metal, qui arbore un tee-shirt à leur nom et les fait applaudir par le public. Le duo d’Akron semble faire aujourd’hui l’unanimité : même si on n’est pas un inconditionnel de leur musique, difficile de ne pas éprouver de l’estime pour ces deux vieux potes qui, en dix ans, ont patiemment gravi les marches du succès. Sans se renier mais en sachant évoluer au fil des disques, le dernier, "El Camino", pouvant être considéré comme un aboutissement. Sur la grande scène, alors qu’une légère pluie s’est mise à tomber, le guitariste Dan Auerbach et le batteur Patrick Carney, accompagnés de deux musiciens, enchaînent sans forcer, avec une coolitude extrême, une petite vingtaine de morceaux imparables. Beaucoup sont bien sûr extraits de “El Camino”, mais la plupart des albums précédents sont également représentés, les titres les plus anciens étant joués en duo. Les Black Keys retournent ainsi à la source, un blues-rock crasseux et mordant qui pourrait tout aussi bien être joué dans un petit bar du Midwest. Impeccable.

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