Rock en Seine 2011

31/08/2011, par , Christophe Despaux et David Larre | Festivals |
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Leurs fans eux-mêmes ne sachant pas s'ils écouteront encore les Vaccines dans six mois, autant en profiter tant que c'est chaud. En ouverture (15 h) sur la grande scène, les Anglais s'en sortent plutôt bien, envoyant sans mollir leurs bombinettes de trois minutes, un peu Undertones, un peu Ramones, un peu tout ce qu'on veut. Plaisant et sans prétention.

Frànçois & the Atlas Mountains


On court ensuite scène de l'Industrie pour glaner les ultimes morceaux de Fránçois & the Atlas Mountains, qui jouent devant un public clairsemé. Deux semaines après leur concert de plage à la Route du rock, le Charentais et ses complices confirment que leur musique rêveuse et déliée passe très bien l'épreuve du live, y gagnant puissance et dynamisme sans perdre en subtilité. En finale, "Allons à la piscine", entre house de Chicago, Arthur Russell ("Let's Go Swimming"?) et Animal Collective, montre que Fránçois n'a pas peur de sauter du plongeoir du haut. (VA)

Jouer plus pour gagner plus ? Trois heures avant le set de The Horrors (lire plus bas), leur chanteur Faris Badwan est déjà sur la scène Pression Live avec son side-project, Cat's Eyes. Concert pas désagréable, au son mieux équilibré qu'à la Route du rock, mais souffrant du même problème : alors que la musique est bâtie autour des voix de Faris et de la soprano Rachel Zeffira, les deux semblent ravalés sur scène au rang de simples musiciens du groupe (lui est à la guitare, elle aux claviers ou au vibraphone). Des prestations en salle, avec une mise en avant du duo et un son misant davantage sur l'acoustique, siéraient sans doute davantage à leur délicate pop gothique. (VA)

Un coup d'œil et d'oreille aux jeunes Normands de Concrete Knives (sautillant, frais, encore un peu vert), puis placement stratégique pour être aux premières loges du grand retour des La's. Autant le dire tout de suite, la déception fut à la hauteur de l'attente : un naufrage même pas glorieux, quoique presque touchant par moments. Pour des raisons inexpliquées, mais pas forcément très dignes, le groupe est réduit à un duo, Lee Mavers et un bassiste vêtu d'un maillot de la Juve. Et alors, la batterie derrière eux, c'est pour quoi ? C'est pour jouer au tiers du set un bœuf instrumental inepte (mais heureusement bref) avec Mavers derrière les fûts… Affichant un look à la Scott Walker période traversée du désert (traits creusés par on ne sait trop quoi, Ray-Ban inamovibles, gilet et blouson ouverts sur torse nu), l'auteur de "There She Goes" enchaîne la douzaine de morceaux qui ont fait sa gloire comme s'il jouait dans la cave d'un bar de Bastille plutôt que dans l'un des plus gros festivals français. On se demande même si le "groupe" a fait une balance : les premières secondes, la voix est inaudible. En clôture, le magnifique "Looking Glass", chanté à deux mètres du micro, parvient quand même à nous arracher quelques frissons. Peut-être parce que son incipit ("Tell me where I'm going") prend une résonance toute particulière dans le contexte : Lee Mavers ne va visiblement nulle part, cela fait même vingt ans qu'il tourne en rond. (VA)

Déambulant d'une scène à l'autre en compagnie, nous oublions parfois d'écouter les groupes, ce qui est pitié (Concrete Knives) ou pas (The La's). On se concentre un peu sur Miles Kane qui nous console d'avoir négligé les Arctic Monkeys (leur son glané au retour des Sushi la veille était impressionnant). Petit détail gênant, une immense pancarte au-dessus de la scène au cas où on ait l'idée fort bête de le confondre avec Tinie Tempah. Ces Anglais et leur désir effréné de promotion sociale sont décidément bien fatigants… Le concert de Miles fait un peu nouveau riche. Il chante à tue-tête, pour montrer qu'il y croit. C'est bien, nous aussi un peu parfois ("Rearrange"). Pour le reste, on anticipe en tremblant la pelletée d'albums Mersey sound qu'il va nous infliger la décennie qui vient. (CD)

Chauffé par sa prestation avec Cat's Eyes, au point de s'en ressentir un peu vocalement, Faris Badwan, déjà venu à Rock en Seine en 2009, aura enfin permis à The Horrors d'y briller. Le set du groupe (malheureusement programmé à la même heure que celui, magnifique d'intensité et de musicalité, d'Anna Calvi) a été un des plus engagés et aboutis du festival. Derrières les franges et les poses noisy, la synthèse chimique du shoegazing, de la new-wave et du post-punk fonctionne maintenant à merveille. Le guitariste, caché sous une chevelure ultra-couvrante, ne voit que sa guitare (ce qui tombe bien parce qu'il doit en changer à chaque morceau), et ne souffre presque aucune baisse de concentration, bassiste et batteur jouent en métronomes, tandis que l'homme impavide derrière les claviers déroule ses nappes synthétiques eighties. Derrière cette impression d'armée en rang de bataille, c'est la cohérence esthétique qui se joue, à partir de subtils et permanents déséquilibres. Les déflagrations noisy zèbrent adroitement des refrains  désormais plus calibrés, la voix de Badwan joue les maîtres de cérémonie sans tirer la couverture à soi, le groupe s'autorisant, comme sur le dernier album, à proposer des temps faibles avant de redoubler d'assauts sonores. Le public suit bien. Peu d'incursions dans le reste de la discographie, hormis un très bon "Mirror's Image" (et un "Who Can Say" plus dispensable), ce qui donne un peu le sentiment d'une bonne promo du dernier album " Skying", mais le plaisir qu'on a à entendre comment le groupe reproduit la recherche sonore de sa musique sans verser dans le grandiloquent efface notre léger doute quant à l'opportunisme de l'affaire. (DL)

Anna Calvi

La grandiloquence est peut-être ce que Trentemoller n'a pas réussi à éviter, en adaptant sa musique ultra-produite à la scène rock. Il ne s'en sort d'ailleurs pas si mal en puisant dans les évidentes qualités cinématiques de son dernier album et en proposant à une formation rock plutôt investie  (guitares, basse, batterie) de l'accompagner pour la circonstance : la précision de ses beats, la puissance parfois ultra-dansante de ses boucles, ainsi que ses incursions dissonantes gardent tout leur impact. Mais le son est un peu lourd et l'énergie volontariste. Malgré les deux morceaux chantés qui essaient de rattraper le coup, c'est surtout la délicatesse atmosphérique de sa musique qui se perd assez largement. Dans la même veine electro-dark, le set de Death in Vegas a semblé plus subtil. (DL)

Le noir va si bien à Lykke Li qu'elle l'a imposé à son groupe, se lovant même parfois dans une bannière de tissu de la même couleur, tombant des cintres. Musicalement plus bariolé, son concert alterne intelligemment morceaux d'électro-pop sautillants ("I'm Good, I'm Gone", "Little Bit", tirés du premier album) et ballades plus lentes et sombres. Le mélange de synthés et de percussions s'avère l'écrin idéal pour la voix légèrement voilée de la Suédoise, nettement plus puissante qu'à ses débuts il y a trois ans. On regrettera juste une certaine froideur de l'ensemble empêchant une totale adhésion, sauf sur l'imparable "Dance Dance Dance" transcendé par les choeurs fervents de ses musiciens et ceux, plus timides, du public. (VA)

Comme c'est sur le chemin vers la sortie, on fait une halte face à la grande scène, histoire de voir à quoi peut ressembler un concert d'Archive en 2011. Et on a illico envie de rentrer réécouter le génial "Londinium", tant ce qu'on entend est boursouflé et indigeste, à peine allégé par une section de cordes plus décorative qu'autre chose. Quelques mots échangés avec le toujours vif Dominique A à l'espace VIP permettront néanmoins de terminer cette édition sur une note positive. Repos bien mérité pour tous.

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