Retour sur le festival Indigènes (Stereolux, Nantes)

05/06/2014, par , Matthieu Chauveau et Judicaël Dacosta | Festivals |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Lundi (texte et photos : Matthieu Chauveau)

Juana Molina

Il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas voir en l’Argentine Juana Molina une musicienne extrêmement talentueuse. Simplement entourée d’un claviériste et d’un batteur, l’ancienne présentatrice télé (oui, oui) enchaine ses compositions finement ciselées aux arrangements bien sentis, entre folk lumineux, pop intimiste et électro-world. Un concert réussi, parfois irritant (le syndrome Camille : une chanteuse hyper-talentueuse qui n’en fait qu’à sa tête, ça peut être usant…) mais surtout curieux avant l’entrée en scène de Cat Power pour une formule solo que l’on imagine déjà rêche à souhait, monochrome, à mille lieu de l’univers bariolé de Juana Molina.

Cat Power

J’avoue avoir un peu lâché la carrière de Cat Power après son dernier grand disque, "You are Free" (2003), à l’époque où elle a arrêté de boire et a commencé à se maquiller, en fait. A l’époque, surtout, où elle a délaissé son folk minimaliste au profit d’une pop-soul un peu "middle of the road", soutenue par un backing band de luxe (beaucoup de requins de studio sur "The Greatest" puis "Jukebox"), bien loin de ses débuts avec Steve Shelley de Sonic Youth et du temps où elle fricotait avec Bill Callahan (Smog).

Dès l’arrivée de Chan Marshall, je suis rassuré. L’Américaine a beau se produire en clôture de festival, et en tête d’affiche, devant plus de 1000 personnes, je la retrouve comme je me l’étais imaginée à l’époque du superbe "Moon Pix" (1998). Indomptable, spontanée, émouvante. Et en solo, pour de vrai, avec tous les couacs de rigueur. Chan règle son ampli en pleine chanson, hésite sur sa setlist, avorte certains morceaux, enchaîne des titres obscurs jusqu’à ce qu’on reconnaisse un classique, grâce aux lyrics ("Satisfaction" des Stones, issu de « The Covers Record »), hésite dans les accords d’une de ses plus belles chansons, "Say" ("Moon Pix").

Cat Power

L’essentiel des morceaux est joué sur une guitare au son crunchy, low-fi, pas toujours accordée, abandonnée un instant pour un piano à queue. Chan y entame son désormais classique "The Greatest" puis semble se perdre sur son clavier, avant de se lancer dans une improvisation branlante, pas très bien fichue. C’est un peu approximatif, cabossé mais c’est d’autant plus beau. Et putain, cette voix, reconnaissable entre mille... Et ce naturel sur une si grande scène, cette complicité avec le public : les mille remerciements exprimés, les fleurs lancées aux spectateurs en partant, autant de gestes d’attention qui chez d’autres artistes pourraient sonner totalement creux et qui semblent ici sortir du fond du cœur. Voilà, Cat Power, en 2014, est capable de grands concerts qui, à coup sûr, ne sont pas si éloignés de ceux qu’elle pouvait donner il y a une quinzaine d’années dans des clubs new-yorkais. Et ça, ce n’est pas banal pour une fille que l’on a quand même croisée ces dernières années dans le monde de la mode, du cinéma ou de la publicité – une petite star, quoi. Chan Marshall est même sans doute l’une des plus belles et authentiques Indigènes que l’on ait croisées dans ce festival.

Matthieu Chauveau

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals