Retour sur le festival Indigènes (Stereolux, Nantes)

05/06/2014, par , Matthieu Chauveau et Judicaël Dacosta | Festivals |
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Dimanche (texte : Matthieu Chauveau et Judicaël Dacosta ; photos : Matthieu Chauveau)

Bantam Lyons

Bantam Lyons

Ce sont des Nantais qui ouvrent cette avant-dernière soirée de festival ou, plus exactement, des Brestois fraichement débarqués à Nantes. N’y allons pas par quatre chemins, les gars de Bantam Lyons ont la classe (bien nonchalante comme il faut - une canette de bière toujours à portée de main - à la brestoise), le don pour la mélodie qui tue ("When Lips turn Purple") et le sens de la formule ("When Lips turn Purple", encore ; le nom Bantam Lyons, piqué chez James Joyce ; le titre de leur tout récent trois titres "I Want to Be Peter Crouch"). Pour être honnête, par moment, la voix de Loïc Le Cam rappellerait presque celle de Matthew Bellamy (Muse) par son côté lyrique et passionné. Mais un Bellamy qui aurait échangé son grossier et insupportable groupe contre, selon l’humeur du moment, l’Interpol de "Turn On the Bright Lights" ou le Grizzly Bear de "Shields". Bref, un mélange surprenant et excitant. Avec celle du Feu trois jours plus tôt, la prestation des Bantams prouve la bonne santé de la scène indie nantaise actuelle.

Matthieu Chauveau

The Callas

J’apprécie d’autant plus, a postériori, le pop indé des Bantam Lyons en enchaînant sur le blues-rock crasseux des Grecs de The Callas. Personnellement, j’ai toujours préféré la fraîcheur crâneuse des Strokes à la noirceur surjouée des Kills et, passer des Bantam au Callas, c’est un peu comme passer tout à coup de l’une à l’autre. Bref, le rock gras, ultra-binaire de The Callas, c’est clairement pas ma tasse de thé… Et puis, avant d’entamer un nouveau morceau, le chanteur lance au public un : "nous espérons que Marine Le Pen n’a pas fait un bon score aux élections" que je trouve, je l’avoue, totalement démago sur le coup. Mais quand même, c’est vrai que c’est l’heure des premières estimations… Hop, un petit coup d’œil sur mon smartphone et voilà, les choses sont claires et nettes : un français sur quatre a voté pour le Front National. Ça fait bizarre de se dire ça, tout de même… Et tout à coup, allez savoir pourquoi, le rock rageur et tendu comme un arc de The Callas me parle tout à fait. Comme quoi, apprécier ou non un concert, c’est aussi une histoire de circonstances.

Matthieu Chauveau

Cosmonauts

Il est clair que cette soirée de festival est placée sous le signe de la rébellion - fût-elle adolescente et vaine - et cela colle bien à l’humeur du moment. En cela, le concert des Cosmonauts s’avère un parfait prolongement à celui de The Callas, une bonne dose de psychotropes en plus. Du pur rock’n’roll camé, cramé, à placer non loin de Spacemen 3 ou de The Jesus and Mary Chain. Puissant, massif et salvateur. Putain, 25%, quand même…

Matthieu Chauveau

Rodrigo Amarante

Bonne surprise de la soirée, la douceur des compositions de Rodrigo Amarante vient se déposer dans le creux de l’oreille, caresser l’attention du public, qu’il mettra dans sa poche en l’espace de deux ou trois interventions timides. Entre le piano surélevé installé en fond de scène ou sa position naturelle à l’avant à la guitare, ce Brésilien de trente-sept ans traîne nonchalamment sa grande carcasse de ballade folk en chanson électro-pop, brillamment, d’une voix monotone mais si profonde et envoûtante que personne ne reste indifférent à son charisme. Il est entouré d’un batteur, d’un bassiste et d’un pianiste, et ses chansons en portugais, anglais, ou même parfois en français, comme sur "Mon nom", l'un des singles de son nouvel album "Cavalo", sont autant de manière pour les spectateurs de se glisser dans les valises de Rodrigo et de découvrir l'univers d'un artiste touche-à-tout qui a marqué de son empreinte cette soirée et ce public.

Judicaël Dacosta

Föllakzoid

Quand je parviens enfin à me glisser dans la salle Micro, un bon tiers du concert fait déjà partie du passé, la faute à un enchaînement entre les deux scènes d’une rapidité digne d’un passage de relais. Sans broncher, je retrousse mes manches et traverse la foule, pour accéder au premier rang. Quitte à ne voir qu’une partie du concert de Föllakzoid, autant le faire dans de bonnes conditions. La suite, un déluge de son psychédélique, malmené par une rythmique répétitive qui semble humainement injouable, mais qui pourtant est martelée de main de maître par Diego, batteur du groupe et photographe professionnel lorsqu’il quitte ses fûts. De son côté, le guitariste, les yeux en permanence rivés sur ses pédales d’effets ou son manche de guitare, parsème les compositions du groupe de micro-riffs efficaces, tandis que le claviériste, qui ne lève pas plus souvent la tête, nappe l’audience d’un voile de reverb. Je ressors du concert de Föllakzoid K.O. debout, et avec la ferme intention d’approfondir ma connaissance de ce groupe originaire de Santiago du Chili.

Judicaël Dacosta

The Brian Jonestown Massacre

Le Brian Jonestown Massacre étant le dernier groupe de la soirée, l’audience a cette fois quelques minutes pour s’installer dans la salle, et ainsi attendre avec l’impatience qu’il mérite le groupe d’Anton Newcombe. Et cette attente saura être récompensée, avec Joël Gion reprenant sa place au centre de la scène, armé de son mythique tambourin, et Anton, observant toujours sa formation, installé de profil à jardin. L’ambiance ne tarde pas à monter avec le titre "Who" issu de l'album "Take It From The Man", mais je ressens tout de même une certaine apathie du public, qu'il ne tardera pas à communiquer au groupe, Frankie "Teardrop" allant même jusqu'à lâcher un "Wake Up! Good Morning" aux premiers rangs, entre deux morceaux. Pourtant, les musiciens sont tous très bons et l'entente entre eux parfaite. Il arrive toujours un moment où la pose entre deux chansons paraîtra anormalement longue, mais rien d'étrange pour les membres de BJM qui ont toujours procédé ainsi, donnant parfois l'impression de se comporter sur scène comme ils pourraient le faire en répétition, échangeant quelques paroles entre eux sans se soucier de la présence d'un public. La setlist puise dans toute la carrière du groupe, et ne laisse finalement que peu de place aux compositions du nouvel album, "Revelation". Seules "What you isn't" et "Goodbye (Butterfly) » seront jouées ce soir. Ce n'est pas réellement un problème, plutôt la réponse logique d'un groupe découvert sur le tard à son public qu'il sait plus prompt à se remémorer le passé qu'à fredonner le futur.

The Brian Jonestown Massacre

Judicaël Dacosta

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