Retour sur le festival Indigènes (Stereolux, Nantes)

05/06/2014, par , Matthieu Chauveau et Judicaël Dacosta | Festivals |
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Samedi (texte : Hugues Blineau et Matthieu Chauveau ; photos : Matthieu Chauveau)

Joycut

Cette troisième soirée de festivités commence d’une manière curieuse avec Joycut. Il est 20 heures, la journée est à peine terminée qu’on embarque direct dans un concert aux allures de spectacles son et lumière. La machine Joycut tourne à plein régime, sans accroc, mais l’impression est mitigée : le duo italien fait très bien parler les machines, ne lui manque que le supplément d’âme qui distingue Kraftwerk de Jean-Michel Jarre.

Matthieu Chauveau  

Sarah W. Papsun

Jeune groupe francilien, qui vient de sortir son premier album, “Péplum”, Sarah W Papsun séduit le public par son énergie dans un show déjà parfaitement huilé, avec son vrai (faux) guitar hero et une solide base rythmique. Ce sont 30 ans de pop vitaminée, puissante, de Gang of Four à The Rapture, qui semblent défiler sous nos yeux. Avec ses hymnes fédérateurs, nul doute que le groupe ne laissera pas indifférent ("At the disco", “Lucky like stars”) les festivals d’été en vue. Le set est dynamique, plaisant, Sarah W Papsun déployant une énergie assez communicative, avec ses choeurs bien huilés et ses renforts synthétiques. On pourra tout de même émettre un bémol, le groupe prenant le risque (sans doute calculé) de l’efficacité et de l’artifice. Devant tant d’effets de manche, l’émotion reste finalement à quai.

Hugues Blineau

Fenster

Avant que les Berlinois de Fenster n’entament leur premier morceau, j’ai comme un doute sur l’identité des musiciens qui investissent la scène. J’avais beaucoup aimé le premier album du groupe - le toujours élégant "Bones" – et avais eu la chance de voir la formation sur scène au Stakhanov (ce petit club nantais désormais culte, qui a connu une dizaine de mois d’ouverture seulement). Bref, à l’époque, Fenster était un trio de multi-instrumentistes constitué d’une jolie brune (JJ Weilh), d’un blond à lunettes (Jonathan Jarzyna) et d’un Français venu prêter main forte au duo originel (Rémi Letournelle). L’équipement sur scène était sommaire : quelques claviers vintage, une guitare, une basse et une batterie de fortune (une grosse caisse, une cymbale) que n’aurait pas reniée la Moe Tucker du Velvet Underground originel. Fenster s’est donc indéniablement "professionnalisé" en deux ans. Ils sont désormais quatre sur scène, avec beaucoup plus de matos, et sont quasiment méconnaissables. La chevelure de JJ est passée du brun au blond platine. Jonathan, bonnet vissé sur ses cheveux longs a désormais de faux airs de Badly Drawn Boy.

Fenster

Mais voilà, le concert commence et je reconnais immédiatement le groupe découvert il y a deux-trois ans. Ce mélange de minimalisme et d’évidence mélodique pop, quelque part entre The XX et Young Marble Giants. La musique de Fenster me plaît toujours autant, et semble-t-il, également à mon voisin de public, chauve, plutôt costaud, au regard qui m’est étrangement familier, l’air conquis par ce qu’il entend. Ce monsieur, je le retrouve quelques instants plus tard au stand merch de Fenster, se ruant sur les deux LP du groupe ("Bones", donc, mais aussi l’exigeant et non moins conseillé "The Pink Caves" fraîchement sorti). Oui, il s’agit bien de Dominique A, en goguette dans sa ville d’origine le temps du festival, qui présentait quelques jours auparavant au lieu unique son récent recueil de chroniques de disques, entre autres ("Tomber sous le Charme", Ed. le Mot et le Reste), preuve de sa curiosité toujours vive en matière musicale. Bref, monsieur Ané est “tombé sous le charme” de Fenster.

Matthieu Chauveau

François

Il est difficile de dire du mal de Frànçois and The Atlas Mountains, tant le disque publié il y a quelques semaines fascine, par son évidence, son énergie, sa manière de brasser les genres sans égale dans la production française. Reste une impression d’inachevé, sans doute due au contexte du festival (50 minutes, c’est court, au vu des titres manquants que l’on aurait aimé entendre) et à l’absence des titres plus lents qui font la force des disques du groupe (“Bail éternel”, “Piano Ombre”, “La Fille aux cheveux de soie”,...). La faute aussi à une balance approximative en fin de concert. Mais l’impression d’ensemble est celle d’un groupe à l’unisson qui a encore gagné en maturité, jouant aux montagnes russes, faisant passer le spectateur d’un sentiment à l’autre, de l’éblouissant “Bien Sûr”, en ouverture, à un “Slow Love” enlevé, en passant par “La Vérité”, vrai faux hit plus complexe qu’il n’y paraît. On le sait depuis quelques années : ce groupe sans complexe, qui synthétise tant de genres musicaux avec une grâce jamais démentie, est l’une des plus belles choses qui soient arrivées à la pop hexagonale ces dernières années. Juste un voeu, qu’il continue à jouer collectif et à nous surprendre.

Jeunes pousses gagnantes du concours les InrocksLab, les Parisiens de We are Match sortiront leur premier LP à l’automne. Groupe intéressant, comme le prouve “Violet” et sa belle ligne mélodique, We Are Match alterne sur la scène de la salle Micro des titres électro-pop et d’autres plus acoustiques. Leur sincérité est évidente, quelques titres apparaissent plus accrocheurs et sensibles, mais l’ensemble manque encore de relief. En devenir, le groupe semble avoir besoin de temps pour affiner ses compositions et mieux les incarner. Pourvu qu’il ne perde pas sa fragilité en route et affirme sa personnalité en dehors des schémas attendus et de l’héritage de Phoenix.

Hugues Blineau

Jagwar Ma

Plébiscité par le net et quelques critiques dès son premier single, “Come Save Me” sorti en 2011, croisement heureux entre Madchester et la Californie des Beach Boys, le duo australien Jagwar Ma clôture la soirée de samedi dans un tourbillon sonore continu. Autour de Jono Ma, occupant la place d’un DJ penché sur une vaste console, les deux autres membres du groupe, chanteur et bassiste, investissent l’espace de l’avant-scène dans une semi-obscurité de circonstance. Le territoire exploré par les 3 hommes est bien celui d’une électro-pop puissante, qui s’adresse au moins autant aux corps qu’aux esprits. Au final, malgré quelques passages racés, le set est plutôt décevant, tant les titres construits crescendo autour de la voix de Gabriel Winterfield se ressemblent et finissent par inévitablement lasser. La nuit les (em)portera dans un vague souvenir brumeux, bien loin de ces images précieuses qui ornent les murs du hall du Stereolux : l’exposition de 100 vinyles de 40 ans de rock indépendant, de “Marquee Moon” à “Unknown Pleasures”, de “Loveless” à “Funeral”, de nombreux disques qui nous habitent, certains depuis longtemps déjà. Il arrive même en ces lieux que l’on croise l’un de ses auteurs, celui de “La Fossette”, l’un des  plus beaux albums qu’il nous a été permis d’entendre en français, un indigène singulier, en quelque sorte.

Hugues Blineau

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