La Route du Rock - Collection Été 2007 : Elvis Perkins, Herman Düne, The National, Art Brut, The Go! Team, Justice, Fujiya & Miyagi, The Besnard Lakes, The Smashing Pumpkins, CSS, Voxtrot, Electrelane

22/08/2007, par , et Guillaume Sautereau | Festivals |
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Vendredi 16 août

Palais du Grand Large

(V.L.D.) Dernier jour au Palais et c'est Ensemble qui débute les débats. Olivier Alary, accompagné d'un batteur et de Tamara Myrhe (chant, clavier), reproduit sur scène l'atmosphère éthérée et onirique de son dernier album. On s'en doutait un peu, ni Lou Barlow, ni Chan Marshall ne sont présents pour accompagner le Toulousain exilé, mais pas besoin de noms ronflants pour se laisser absorber par les mélodies détendues et mélancoliques du néo-Montréalais. Complètement envoûtés, nos esprits s'embarquent vers des songes doucement inspirés par les vidéos passant en fond de scène.

Puis c'est au tour d'un membre d'Arcade Fire de prendre le relais. Final Fantasy sur scène, c'est une sorte de mélange entre Andrew Bird et Joseph Arthur. Si les morceaux d'Owen Pallett sont un peu ennuyeux sur CD, ils prennent toute leur envergure sur scène. Seul avec son violon et un clavier (tout neuf, se plaît-il à nous préciser), Owen organise son set en samplant son violon, utilisant le corps de l'instrument pour les rythmiques. Le résultat est tout simplement beau et d'une grâce confondante. Le public est une nouvelle fois conquis et l'heureux homme aura le droit à un double rappel.

Fort de Saint-Père

Ramesh Srivastava - Voxtrot

(V.A.) Alors que j'avais totalement raté Elvis Perkins le mercredi et vu seulement le dernier morceau de Fujiya & Miyagi la veille, j'arrive aux deux tiers du concert de Voxtrot. Un groupe curieux : des Texans avec un chanteur d'origine indienne qui a fait ses études en Ecosse, et qui ressemblent aux formations de brit-pop qui se succédaient au fort il y a dix ou douze ans - la morgue en moins, les chansons en plus. Le jeu de scène et la forte présence de Ramesh Srivastava rappellent un peu Morrissey, même si les morceaux ne sont pas du niveau des Smiths - ou Belle and Sebastian, à qui on a pu les comparer. On ne peut néanmoins nier leur talent pour les mélodies accrocheuses et la sincérité qui se dégage de leur prestation. A revoir dans un cadre plus propice, donc.

Lire la chronique de "Voxtrot"

Mia Clarke (Electrelane)

Après quelques morceaux chantés, les quatre Anglaises d'Electrelane optent pour une suite d'instrumentaux, ce qui soulage ceux qui ne supportent pas la voix - il est vrai à la limite du faux - de Verity Susman. C'est sur ces titres que la magie du groupe opère le plus, et leur alternance d'accélérations et de décélérations, de crescendos et de decrescendos, entre Krautrock et garage (petit clin d'œil au riff d'orgue de "96 Tears") est d'une efficacité redoutable. Visiblement ravies par l'accueil du public, les quatre furies - à l'allure toujours aussi sobre - reviennent pour un bref rappel, leur habituelle reprise du "I'm on Fire" de Springsteen.

Lire la chronique de "No Shouts No Calls"

Albert Hammond Jr

Vu qu'on n'en attendait pas grand-chose, le concert d'Albert Hammond Jr., fut plutôt une bonne surprise. Nettement moins indolent qu'aux dernières Trans Musicales, le guitariste des Strokes livre un set sans fantaisie excessive, mais d'excellente facture : classe naturelle (option débraillé chic, entre le pizzaïolo de Little Italy et le frimeur bohème du Lower East Side) de l'ensemble des musiciens, son tranchant et précis (surtout quand Junior sort la guitare acoustique), jeu collectif sans failles. On en vient même à réévaluer les chansons de l'album, qu'on avait trouvées un peu ternes au premier abord : moins imparables que les tubes des Strokes, elles charment par leur classicisme tranquille. Même si tout ça reste quand même assez mineur.

Kim Gordon - Sonic Youth

J'avais déjà eu la chance d'entendre Sonic Youth jouer "Daydream Nation" début juin, au Primavera Festival de Barcelone. En se replongeant ainsi dans son passé, le groupe semblait s'être régénéré, retrouvant une vitalité qui lui avait fait un peu défaut ces derniers temps. Tout aussi exceptionnel, malgré quelques petits problèmes techniques qui cassèrent un peu le rythme, leur concert à Saint-Père fut sans conteste l'un des grands moments de cette Route du Rock. C'était même un fantasme avant d'être un concert : l'un des plus grands doubles albums de l'histoire, un monument de l'indie-rock américain joué du début à la fin, avec ses sommets presque pop ("Teenage Riot", "Candle"), ses plaines mystérieuses, ses gouffres dangereux... Près de vingt ans après, "Daydream Nation" semble toujours en avance sur son temps et la nostalgie gluante qui aurait pu se dégager d'un tel exercice n'est pas de mise ici. Espérons juste que cela ne donnera pas à Corgan l'idée de jouer l'intégralité de "Melon Collie"... Comme à Barcelone, les New-Yorkais offrent un généreux rappel en compagnie de Mark Ibold, ex-bassiste de Pavement (qui avait joué dans les années 90 avec Kim Gordon au sein de Free Kitten). Cinq morceaux du dernier album, dans des versions moins policées que celles du disque, qui prouvent que Sonic Youth reste aussi pertinent aujourd'hui que dans les années 80 et 90.

turzi

Programmer les Français de Turzi après Sonic Youth (dont ils sont fans, même s'ils puisent plutôt leur inspiration dans le psychédélisme et le Krautrock) était une bonne idée sur le papier. Mais nos oreilles fatiguées auront eu du mal à apprécier à sa juste valeur leur concert plutôt radical, à la fois cosmique et bruitiste, où l'on aura même entendu le "Notre Père" sous un light-show apocalyptique... Groupe à suivre de près, en tout cas (et à revoir dans de meilleures conditions) : ils ne sont pas nombreux, en France, à citer Catherine Ribeiro & Alpes et les Deity Guns (entre autres flibustiers du rock d'ici) parmi leurs influences.

Lire l'interview de Turzi sur POPnews (juin)

Au Garden Nef Party festival d'Angoulême, en juillet, LCD Soundsystem avait livré en clôture un concert d'une puissance phénoménale. Programmés encore plus tard à la Route du Rock (ils sont arrivés sur scène à 2 h 30 passées), le débonnaire James Murphy et ses acolytes ont réussi à faire aussi bien, faisant danser comme des possédés des festivaliers pourtant éreintés (dont l'auteur de ces lignes). LCD sur scène en 2007, c'est peut-être la fusion la plus aboutie (et la plus intelligente) entre l'énergie du rock et celle de l'electro qui tabasse. De loin le meilleur son de tout le festival (que Murphy est même allé vérifier dans le car-régie de Radio France !), pour un set conçu comme un mix techno, avec des montées auxquelles il est impossible de résister. Le génie de ce groupe, c'est de se reposer autant sur les machines que sur l'huile de coude et la présence humaine. De ce point de vue, James Murphy, malgré un jeu de scène réduit à l'essentiel, est sans doute l'un des plus grands performers actuels. Combien de producteurs peuvent en dire autant ?

Lire la chronique de "LCD Soundsystem"  

Photos par Cécile Devarenne et Guillaume Sautereau.


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