Rachid Taha - Interview

25/03/2013, par Benoit Crevits | Interviews |
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C'est bien la première fois qu'on m'appelle mon chérie ou papa et qu'on me cite Paul Weller, Public Enemy, Oum Kalsoum et Johnny Cash dans la même interview. Personnage singulier, Rachid Taha enfonce un peu plus le clou du métissage musical avec son neuvième album intitulé "Zoom". De pépites folk à des élans orientaux taillés pour les stades, Taha surprend et crée avec une ribambelle d'invités une gigantesque fête sonore. Rencontre.

Ce coté Folk qu'on retrouve dans plusieurs titres et notamment sur "Wesh (N'Amal)" est assez nouveau dans ta discographie. "Wesh" est une vrai réussite. De quoi traite la chanson ?

Je suis né avec Johnny Cash et Ennio Morricone. Cette musique m'a toujours séduit. Tous les jours, j'écoute Cash et surtout Elvis. Des gens comme Lee Hazelwood aussi, ça me parle. Ce n'est pas nouveau pour moi, simplement, sur le disque, je n'étais jamais parti de chansons avec une structure folk. "Wesh", c'est quelqu'un qui se réveille et qui se remémore ses rêves de la nuit. C'est toute une série de questionnements sur ce qu'on est, d'où on vient, comment marche le monde, dans quel endroit je vis ? Suis-je arabe, européen ? Des questions que je me pose à moi-même. 

On va justement parler de cette reprise de "It's Now or Never" et de la collaboration de Jeanne Added. Tu as donné à cette chanson des accents pop entrecoupés de ponts orientaux. 

Cette fille est géniale. Je l'ai rencontrée un peu par hasard. C'est mon manager Francis Kertekian qui a été aussi manager de Fela, des Négresses vertes, des Têtes raides, qui me l'a présentée. Mais comme je traîne encore pas mal la nuit, j'étais tombé par hasard sur cette fille au Studio de L'Ermitage dans le 20ème. Là, j'ai adoré, et je n'ai pas pu m'empêcher lors d'un de ses concerts de monter sur scène pour chanter avec elle. Elle a vraiment une superbe voix.

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Justement, quel rapport as-tu avec ta voix ? Celle de Mick Jones n'a quasiment pas changé...

J'assume complètement mes limites. Jusqu'à présent, j'ai toujours enregistré mes albums la nuit. Pour cet album, j'ai chanté la journée, à 14h. Je me levais à 9h. Justin Adams m'a dit que je chantais mieux le matin et la journée...

A l'écoute de "Zoom", on se dit, moi le premier, que tout ce qu'on écoute est assez formaté...Tu ne te sens pas trop seul sur la scène française ?

Mais mon chéri, je me suis toujours senti seul, surtout lorsque des gens comme Bashung, Jacno, Darc s'en vont... Les chanteurs d'aujourd'hui n'ont aucune culture. Il m'arrive d'en croiser. Je tombe des nues, lorsque je parle avec eux. Ils pensent beaucoup trop au succès.

Ce n'est pas trop compliqué de produire un disque comme celui-ci avec autant de participants ?

C'est grâce à Justin Adams. Ce mec est un génie avec une énorme culture. Il parle cinq langues dont le français. J'ai fait l'effort de me mettre à l'anglais, mais ils se mettent tous à parler français que ça soit Brian Eno, Steve Hillage. Justin est un guitariste hors-pair qui à joué avec Robert Plant, produit Tinariwen et Juju. Tu as vu qui tu as à ma table sur cet album ? Je me suis fait plaisir grave. La musique pour moi doit être une fête ou un bon repas. Je réunis les gens que j'aime et que je croise quand je vais dîner ou boire un coup.

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Parle- moi de l'écriture de "Zoom sur Oum". 

J'ai proposé à Jean Fauque, le parolier d'Alain Bashung, de m'écrire une chanson sur Oul Kalsoum. Jean est vraiment quelqu'un de très agréable. J'ai bossé avec lui il y a déjà 17 ans. L'autre jour, il me parle de L'Algérie. Je lui dit "Mais pourquoi tu me parles de ça ?" Il me dit : "Connard, je suis né la-bas ! Je suis est né au bled..." Je ne savais pas qu'il avait passé ses premières années en Algérie...Je pense qu'il a pris plaisir à écrire ce texte.

Jamila, c'est taillé pour les stades, c'est du Massive Attack en puissance. Comment envisages-tu la tournée ?

Grave. Normalement je dois fermer ma gueule là-dessus... Mick Jones, Brian Eno, Rodolphe Burger, Christian des Têtes raides et Jeanne Added devraient y participer ainsi que Steve Hillage.

Tu as fait une reprise de "Voilà voilà" sur ce disque. Tu as l'impression que le Rap aujourd'hui est suffisament  engagé ?

Pour moi le rap français est au point mort. Ça en est devenu pitoyable... Moi qui ai bossé avec Public Enemy ou Africa Bambaataa, je peux te dire que les rappeurs français sont des gros cons, des beaufs de première. Ils ne pensent qu'à une chose, c'est d'aller à Miami. Tu parles d'un engagement. Ils n'ouvrent jamais leur gueule. Seul Oxmo Puccino, à mes yeux, a une vraie démarche artistique.

Agnès B participe aussi à ton disque. Tu as un coté dandy-baroudeur que tu cultives ?

Je suis effectivement attentif à l'élégance. Récemment, j'ai rencontré Paul Weller. Il doit avoir 60 ans et je peux te dire que ce mec a la grosse classe. Il sait porter un costume l'enculé ! Quand je l'ai vu, je me suis dit "Je veux avoir le même costume...". Ce que j'ai fait. 

Tu fais référence à Kurt Cobain aussi dans une de tes chansons. Tu aimes sa musique et le personnage ?

Oui, j'ai un faible pour tous ces écorchés du rock parce que je me sens proche de ces types comme Daniel Darc. Darc s'était assagi ces derniers temps, mais il était seul. On devait bosser ensemble... C'est la solitude qui l'a tué. Moi, heureusement, j'ai un fils que j'aime.

La sape de Cobain, ça devait pas être ton truc quand même.

Figure-toi qu'en 1981, avec Cartes de séjour, j'ai piqué une robe de ma mère et son rouge à lèvres et j'ai chanté comme ça...J'étais déjà un grunge...

 

Merci à Julie Carnevali.

Photographies de Marc-Antoine Serra

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