Primavera Sound - Montgolfier Brothers, Yo La Tengo, Nacho Vegas, Thalia Zedek, The Go-Betweens, Sonic Youth...

04/06/2003, par Guillaume Sautereau et Fred Tuc | Festivals |
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Samedi matin, la nuit, bien qu'un peu courte, nous a remis d'aplomb pour affronter cette ultime journée au son du printemps et au temps d'automne. Après un peu de tourisme et des tapas somptueux offerts par une admiratrice locale de POPnews (merci à elle), première étape au Mercat de les flors pour applaudir L'Altra qui délivre un set limpide et émouvant devant une grande salle enfin quasi pleine. La voix de Lindsay, à son summum, fait des ravages pendant ce concert un peu trop court, malheureusement, pour réellement se laisser gagner par la beauté de la musique des chicagoans.. Insouciants que nous sommes, nous marchons ensuite avec désinvolture vers le Poble Espanyol que nous pensons pouvoir fouler sans difficulté. C'est sans compter sur le service de sécurité qui, avant de nous laisser entrer, nous impose de finir notre bière - cul sec, le concert est déjà commencé - et d'entrer avec notre bouteille d'eau dont ils gardent le bouchon !

Malgré cet étrange contretemps, c'est décidé, la soirée commencera avec Mishima qui vient de sortir son très beau deuxième album ("The Fall Of Public Man") chez This Rest In Silence et qui se produit aujourd'hui du côté de Cd.Drome. Le Catalan, à la voix très proche de Micheal Stipe, qui se cache derrière ce nom nous gratifie d'un concert honnête, sans plus, mais nous laisse tout de même sur une bonne impression avec un final époustouflant d'intensité, digne des Field Mice des débuts ou d'un New Order en grande forme.

Souffrant d'un apparent vide de programmation, nous hésitons et décidons finalement d'aller écouter Beef. Bien nous a pris de venir rejoindre ces Espagnols au punk rock énergique plus que convaincant qui déchaînent un public hélas peu nombreux sur une place que les nuages menacent d'inonder. Très prometteuse, la bonne surprise de ce festival fait penser à un Placebo qui n'aurait pas tourné à l'indigestion de guitares. Il y avait tellement de bonnes choses à l'affiche de ce festival que j'avoue ne pas m'être excité à l'avance sur le cas Television. Passées les premières minutes d'angoisse (ils ont l'air de s'ennuyer un peu sur scène), la crainte cède vite le pas à l'enthousiasme : oui, c'est bien Television sur scène, l'invraisemblable dialogue de guitares de Richard Lloyd et Tom Verlaine, la basse discrète mais habile de Fred Smith, la batterie virevoltante de Bill Ficca. Le chanteur et le guitariste des Tea Servants sont juste devant moi et ne perdent pas une note du feu d'artifice qui jaillit de la guitare de Verlaine tandis que son compère travaille au corps ses solos tout en progressive intensité. Tous les tubes y passent ("Venus de Millo", "Prove it", "Call Mister Lee") mais ce sont bien "Little Johnny Jewel" et surtout le colossal "Marquee Moon" qui emportent le morceau. Ceux qui n'ont vu là qu'une réunion annuelle de guitar heroes sur le retour sont invités à quitter un instant leurs pauvres oeillères indie : Lloyd et Verlaine étaient ce soir-là non loin du duo Miles Davis / John Coltrane dans ses plus belles heures, autant dire très très haut.

Et pendant ce temps, Migala donnait un concert grandiose, l'un des trois meilleurs concerts du festival, lors duquel ces enfants du pays ont laissé de côté leurs compositions minimalistes, préférant déverser sur le public une lave électrique tout à la fois impressionnante de douceur et de brutalité. Lorsque les morceaux joués ne sont pas nouveaux, les versions interprétées sont quasiment méconnaissables. La grande classe ! Place au concert attendu de nos New Yorkais préférés, Sonic Youth, grâce auxquels nous n'avons pas eu à débattre du meilleur concert de ces deux jours. Se replongeant avec une jeunesse (sonique) retrouvée - Dirty était bien représenté, actualité discographique oblige -, ils nous donnent la claque tant espérée. La puissance maîtrisée, les accouplements de guitares, les improvisations paroxystiques, Jim O'Rourke, les tubes, les morceaux plus longs en bouche, les transitions... tout y était ! Une grande leçon de rock. Pas facile pour les membres de Mogwai de passer juste après, malgré un public espagnol très friand de ce groupe. Intelligemment, ils ne jouent pas la surenchère sonore (perdue d'avance), mais préfèrent naviguer dans une ambiance plus coulante et aux angles arrondis. Il en ressort un très bon concert quoique pas inoubliable, sauf pour la pluie qui nous a valu une belle douche (écossaise). Pendant ce temps-là, une foule nombreuse s'était réfugiée sous la tente Rockdelux pour écouter les Future Bible Heroes alors que le groupe installe son matériel sur scène. Pas vraiment conquis d'avance, le public, qui s'attend peut-être en outre à une prestation électro pop euphorisante très tendance, reste rétif aux bricolages à base de piano, boîte à rythmes, guitare et banjo du groupe et il faut une poignée de fans forcenés de Stephin Merritt pour mettre un peu d'ambiance dans la salle. On sent un léger malentendu, entretenu savamment par Merritt qui n'hésite pas à jouer seul et au banjo l'energique et potentiellement tubesque "I'm lonely (and I Love It)". Intriguant.

Afin de nous protéger de la pluie, nous décidons d'aller voir ce que donne Ikara Colt, le temps par là même de croiser Jérôme Lorichon de Berg Sans Nipple venu avec Shane Aspegren soutenir L'Atra. Deux morceaux d'un hardcore poussif et gueulard nous suffisent à nous faire comprendre que nous ne sommes pas au bon endroit. En route donc pour Nasti où W.I.T. doit se produire. On ne voit pas tout, mais ça a l'air plutôt pas mal : trois nanas vêtues de courtes robes fleuries qui se trémoussent, genre de Pointer Sisters version électro-clash. Et la musique est plutôt pas mal. Place désormais à la "Berlinette" Ellen Allien dont l'entrée en scène est tellement discrète qu'il nous faut quelques morceaux pour comprendre que c'est à un dj set qu'elle se livre ce soir. Sans passion mais sans faute, elle mélange avec goût ses dernières œuvres et celles d'autres figures majeures de l'électronique comme Autechre. On enchaîne sur Peaches... que dire... on pourra parler de dixième degré, de détournement habile des poncifs sexistes, etc... mais c'est quand même bigrement lourd de se dire qu'on a fait 1200 km pour assister à un spectacle à peine digne d'un peep show de Pigalle, le tout accompagné d'un pauvre brouet électro en guise d'accompagnement sonore. Très vite lassant. C'est bête, car ça nous a vraiment achevés et comme il se faisait tard (tôt ?), cela a mis un terme à notre festival.

Une conclusion ? c'était BIEN. Il est très rare de voir autant de concerts excellents en aussi peu de temps, surtout lors d'un festival avec ses contraintes de timing, ses espaces pas forcément adaptés à certaines prestations. Là on en a bien eu cinq ou six de rang. Et encore on n'a pas tout vu ! Car c'est bien là le petit défaut de ce festival, trop de choses, trop de choses en même temps et des choix bien difficiles à effectuer.

Compte-rendu de Fred et Guillaume.
Peu nombreuses photos par Guillaume.
Merci à Andrea et à l'équipe de Com'Tourism

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