Phantom Ghost - Interview

16/08/2010, par Christophe Despaux | Interviews |
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PHANTOM GHOST



As-tu entendu parler du disque d'Alain Chamfort sur Saint-Laurent ?
Il y a une section consacrée à ce projet dans l'exposition. C'est marrant ; Thyes et moi avions vraiment envie de faire une comédie musicale sur YSL, et c'est trop tard !

Pourquoi Jacques de Bascher ?
Notre troisième album parlait de sorcellerie. Pour le quatrième, nous voulions juste un piano et une voix, comme une petite scène de cabaret idéale pour des sujets un peu théâtraux, dramatiques et comiques en même temps. "The Beautiful Fall", c'est un parfait sujet pour un drame de deux minutes avec des paroles qui riment sur quelques vers.

Et "Meshes of the Afternoon", c'est Maya Deren, une cinéaste expérimentale en marge de Hollywood qui a inspiré Hitchcock ?
On aime tout simplement son travail comme on peut aimer Cocteau ou Genet. Nous n'avons aucune pression avec Phantom Ghost, nous faisons ce que nous voulons à partir de ce que nous aimons.

T'entends-tu toujours avec les membres de Tocotronic après plus de quinze ans d'existence ?
On a fait huit ou neuf disques, et on s'entend tous très bien. C'est un peu un cliché rock de parler de compétition entre les membres d'un groupe. Cela arrive si tu prends les choses au sérieux. On a toujours voulu éviter ça avec Tocotronic. Parfois, on s'énerve les uns les autres, mais après une pause, tout repart comme avant. C'est bien de prendre un peu de distance. Il y a aussi une question de chance, certains mariages durent, d'autres non. Peut-être que certains groupes sont faits pour exister plus longtemps car ils ont plus de choses à exprimer.

Il y a une ligne merveilleuse dans "The Charge of the Light Brigade" : "Once we aimed at being free/ Now we just want to make an exit/ With some dignity"…
C'est Thyes qui l'a écrite. Je pense sincèrement que cette chanson est son chef-d'œuvre.

Qui a écrit "The Process (after Brion Gysin)" ?
C'est moi ; j'ai adapté son livre du même nom (NDLR : "Désert Dévorant" en français). On est plutôt habitués à voir des livres adaptés en films. C'est pourtant une bonne idée de prendre un livre et d'en faire une chanson. J'aime toujours bien notre dernier disque piano-voix. Ce choix d'instrumentation était également motivé par le fait que nous sommes paresseux et que traîner tous les claviers et boîtes à rythmes en train, notre moyen de transport préféré, c'est vraiment pénible. Pour les concerts maintenant, il nous faut juste une salle avec un piano et un micro. Nos bagages se réduisent à deux sacs.

Allez-vous faire des concerts en France ? Le dernier remonte à longtemps…
Nous avons joué en 2003 ou 2004 dans un club dont j'ai oublié le nom près de Pigalle, pour une soirée "électro-clash" ou quelque chose comme ça. C'est difficile à dire ; il nous faut une salle genre jazz-club maintenant. Et puis nous ne sommes pas très connus en France. Je dois dire que les gens avec qui nous avons été en contact pour des concerts chez vous étaient à la fois arrogants et je-m'en-foutistes, si cela est possible.

Comment expliquer que vous soyez aussi peu connus alors que votre musique est à la fois originale et marquante ?
Notre musique se découvre lentement. Elle n'est pas faite pour tout le monde. J'aime bien être un peu à la marge. Et puis il y a le problème de la distribution. Le nouveau est distribué par Kompakt, cela aide un peu plus. De toute façon, il faut avoir des intérêts un peu particuliers pour se reconnaître dans notre musique. Nous n'avons pas monté Phantom Ghost pour gagner de l'argent.

C'est votre "jardin secret" ?
Oui !

Vous avez un goût particulier pour les reprises, que ce soit les Stones, Depeche Mode ou le surprenant "You're My Mate" de Right Said Fred…
J'avais oublié Depeche Mode ! (NDLR : "Goodnight Lovers" sur la face B d'"Electronic Alcatraz" dans une version qui atomise proprement l'original). Nous collaborons depuis longtemps avec Cosima von Bünin qui fait nos pochettes ; c'est une sorte de membre associée de Phantom Ghost, un peu comme Michaela Meiser, une artiste de Berlin qui chante sur tous nos albums ; c'est presque le troisième membre du groupe - elle nous a d'ailleurs rejoints plusieurs fois sur scène. Cosima adore cette chanson. Une fois que nous étions à Cologne, c'était son anniversaire et nous l'avons jouée sur scène. Puis nous l'avons repris dans nos concerts et c'est vite devenu un morceau qu'on nous a réclamé.

Il y a un côté à la fois "camp" et subtil dans votre musique…
J'adore ça. Cela n'est pas très rock, mais j'adore.

Tocotronic n'est pas "camp "?
Nous avons nos moments "camp", mais c'est presque impossible de l'être vraiment avec un groupe de rock.

Tu donnes l'impression d'être plutôt francophile…
L'un de mes écrivains préférés est Marcel Proust, je l'ai même cité une fois avec Tocotronic.

Y aura-t-il un nouvel album de Phantom Ghost ?
Nous sommes très occupés en ce moment. Thyes travaille pour le théâtre ; il a beaucoup étudié la façon dont Stephen Sondheim écrit ses comédies musicales ; je crois même qu'il en écrit une. Peut-être que l'année prochaine, nous ferons quelque chose. Nos disques sont enregistrés très vite. Le problème est comment évoluer après un disque piano-voix ?

Lancez vous dans la comédie musicale !
Ce serait merveilleux mais financièrement, c'est très difficile. Nous ferons peut-être un album aussi dépouillé que "Thrown Out Of Drama School". Une autre possibilité est d'intégrer à Phantom Ghost Michaela Meiser qui joue également de l'harmonium et de l'accordéon. Nous verrons quand nous aurons des chansons. Nous n'avons pas de plan d'avance. Phantom Ghost, c'est des vacances plus ou moins et cela doit rester tel. Je ne me vois pas me dire : on doit faire un autre disque, remplir un contrat.

Vos pseudonymes au début du groupe étaient Phantom & Ghost ?
Comme on jouait dans d'autres groupes, on voulait rester dans l'anonymat d'où Phantom et Ghost. C'est bien sûr tombé à l'eau quand on a fait nos premiers concerts. Avec Phantom Ghost, notre but est d'écrire des chansons comme si l'on écrivait un essai en laissant notre personnalité de côté, après avoir fait des recherches (par exemple la chanson sur Yves Saint-Laurent). En écrivant de cette façon, on essaie de parler de nous sur un autre mode que "je ressens ceci ou cela", "je suis seul et triste". C'est la clef de ce projet. Une autre est notre haine de l'authenticité et le désir d'aller au-delà.

Phantom Genius

 

Ce que tu dis me rappelle la phrase de Flaubert : "L'artiste doit être dans son œuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout-puissant".
Oui, tout à fait ! Cela me fait penser à cette phrase de Robert Bresson, l'un de mes héros, où il dit en substance que la forme l'intéresse et le passionne, qu'il est très bon à ça, alors que pour le fond, il est très paresseux.

Encore un cinéaste ancien et recherché que tu admires ! Tu es visiblement très cinéphile…
"Un peu" (en français). J'aime bien sûr beaucoup les vieux films en noir et blanc, mais je ne rejette pas la couleur. J'ai une sorte de passion pour "Lawrence d'Arabie" ce film exclusivement interprété par des hommes dont le héros charismatique a les yeux noirs de mascara.

Comme un Christ gay, quoi !
On pourrait dire ça comme ça (Rires).

Sais-tu qu'Alan Ladd, sur le déclin à l'époque, rêvait d'avoir le rôle de Lawrence d'Arabie mais qu'il fut supplanté au final par Peter O'Toole et mourut dans la foulée d'un mélange d'alcool et de médicaments ?
Un suicide déguisé, on dirait. Je ne connaissais pas cette histoire, mais cela ferait une formidable chanson. Ce que j'aime dans Lawrence d'Arabie, c'est qu'au fond c'est un film tellement gay et kitsch qu'il en devient intéressant.

Propos recueillis par Christophe Despaux
Photos par Gonçalo Teixeira et Marianne Héquet


A lire également, sur Phantom Ghost :
la chronique de "Thrown Out Of Drama School" (2009)

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