Phantom Ghost - Interview

16/08/2010, par Christophe Despaux | Interviews |
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PHANTOM GHOST

Berlin sous la chaleur - un petit café en face de la Volksbühne où se produit le soir même Charlotte Gainsbourg. Nous attendons Dirk Von Lowtzow, rock-star allemande, nous c'est-à-dire votre serviteur flanqué de deux amis photographes pour l'occasion (qui, on le sait, fait le larron). Dirk qui ? s'exclame le lecteur peu habitué au rock teuton. Dirk Von Lowtzow (autant s'y habituer), chanteur et guitariste d'une institution post-grunge allemande, Tocotronic, et surtout (du moins à nos oreilles), l'un des deux orfèvres de Phantom Ghost, projet lettré, capiteux et envoûtant, du Huysmans électro devenu folk et acoustique avec une classe qui ne se dément pas. Big in Deutschland, Dirk nous rejoint sur la terrasse, grande silhouette souriante et élancée, exquis autant que disponible. L'occasion idéale pour parler de ce poison subtil qu'est Phantom Ghost, et de ses grands inspirateurs, Yves Saint-Laurent, Lawrence d'Arabie, Robert Bresson et Right Said Fred (aucun intrus à recenser ? on verra à la fin…)

Phantom Ghost

Tu es le chanteur et le guitariste de Tocotronic, groupe célèbre et respecté en Allemagne. Qu'est-ce qui t'a poussé à monter Phantom Ghost ?
Nous avons eu l'idée de ce nouveau projet en 1999 avec Thyes Mynther qui habite Hamburg. On se connaît depuis des années. Nous jouions dans plusieurs groupes, lui dans Stella notamment (il en a toujours 4 ou 5 en même temps). Nous étions certainement ivres quand l'idée a pris forme, je crois que c'était au bar d'un hôtel. On est partis sur un projet de duo et ça a continué l'air de rien. Cela ne devait pas être le cas, mais pourtant on est encore là.

Considères-tu Phantom Ghost comme un side-project ?
Je ne dirais pas ça comme ça. Il est vrai que Tocotronic ressemble plus à un groupe normal : on est quatre, on joue du rock, on fait des albums régulièrement, des tournées, des festivals et on vend aussi beaucoup plus de disques. Avec Thyes, c'est un projet plus spécial mais il n'y a pas de hiérarchie ; c'est juste quelque chose de complètement différent qui n'entre pas en compétition avec nos autres activités musicales.

Tu alternes depuis quelques années les disques de Tocotronic avec ceux de Phantom Ghost…
Je dirais que c'est une coïncidence.

Est-il difficile d'écrire une chanson en anglais ?
Au contraire, c'est moins difficile qu'en allemand, une langue qui n'est commode ni pour le rock, ni pour la pop. Au moins avec le français, il y a une tradition : la chanson à texte, Jacques Brel. Quand tu écris en anglais, les choses arrivent plus facilement qu'en allemand. C'est aussi plus léger ; en allemand, tu dois faire très attention à ce que tu écris, ne pas tomber dans des pièges, cela ne doit pas sonner de façon idiote. C'est beaucoup plus libre d'écrire en anglais.

La musique de Phantom Ghost a atteint un fort degré de dépouillement avec "Thrown Out of Drama School"…
Nous ne voulions pas nous répéter. Le premier disque était plutôt une plaisanterie ; nous l'avons enregistré en quelques nuits plutôt arrosées. C'est Thyes qui fait le plus gros du travail ; la plupart des musiques, la moitié des paroles, tous les arrangements. Pour ma part, je ne fais que jouer de la guitare et je ne produis pas. Avant chaque disque, chacun arrive avec ce qu'il a, puis on se met à critiquer et à travailler dessus. On n'a généralement pas beaucoup de matière, c'est pourquoi nos albums sont plutôt courts. On utilise tout ce qu'on a en réarrangeant jusqu'à être satisfait du résultat.
A partir de "To Damascus", on a beaucoup plus réfléchi à ce qu'on voulait faire et notamment au principal point négatif de l'électronique : il se démode très vite. Deux ou trois années après avoir été enregistrés, les disques sonnent déjà vieux.

"To Damascus" n'est pas si daté que ça. C'est peut-être votre chef-d'œuvre.
Hum, je n'en suis pas si sûr que toi, il faudrait que je le réécoute. Tout va trop vite avec l'électro, les machines changent. C'est pourquoi on a décidé que le troisième album serait plus intemporel, plus folk.

Les paroles du morceau "To Damascus" sont d'une qualité exceptionnelle. Qui les a écrites ?
Merci ! C'est moi. C'est peut-être l'un des morceaux du disque qui résistera le mieux au temps. J'ai pris pour modèle des poètes anglais du dix-neuvième siècle comme Swinburne. C'est un peu maniéré, symbolique, et à deux doigts de sombrer dans le super-kitsch, mais j'aime bien cet équilibre.
Phantom Ghost est un groupe qui multiplie les références. "Three" parle de magie, et cite Buffy la vampire ado aussi bien que Polanski. Pour chaque album, nous avons un certain nombre de thèmes que nous voulons aborder.

C'est très européen et sophistiqué, non ?
Cela devient à la mode de jongler avec les références. Quand on a commencé, ce n'était pas le cas. C'est très amusant pour nous car Thyes a une grande connaissance de la culture pop et de la littérature. Nous mettons en commun nos goûts en ces domaines ; c'est d'ailleurs l'une des raisons qui nous ont amenés à créer Phantom Ghost. Cela nous permet de jouer sur différents niveaux et d'assembler des choses très éloignées les unes des autres. Par exemple, "Saint-Lawrence" s'inspire d'Yves Saint Laurent et de Lawrence d'Arabie, comme sur un coup de dés.

Tu sembles obsédé par Yves Saint-Laurent ? Il y a cette chanson à propos de son amant, Jacques de Bascher, sur votre dernier disque…
Je venais de lire "The Beautiful Fall" d'Alicia Drake, un très bon livre de voyage plein de ragots (NDLR : stupidement traduit en français sous le titre "Beautiful People")

Tu l'as lu en anglais, avec tous les passages sexuels censurés ?
Ah, c'est vrai que Lagerfeld a attaqué l'auteur et l'éditeur en France.

Je crois qu'il a perdu…
Je l'ai lu en anglais quand il est sorti : le sujet me passionne. Alicia Drake qui a été rédactrice du Vogue anglais connaît très bien le sujet. Ce n'est pas qu'une simple biographie. Yves Saint-Laurent est une figure passionnante en tant qu'artiste, un mélange unique d'éclat et de fragilité. Il ne semble pas avoir eu conscience de ce qu'il représentait. Je viens de voir sa rétrospective à Paris - cela fait sept ans que je n'étais pas venu chez vous.

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