Os Mutantes - Interview

29/09/2010, par | Interviews |
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OS MUTANTES

Os Mutantes

Au départ, on a un peu de mal à faire le lien entre le sexagénaire souriant en sobres short et T-shirt noirs qui nous fait face et l'adolescent aux tenues délirantes immortalisé sur des photos il y a quarante et quelques années. Et pourtant, c'est bien la même personne : Sergio Dias, l'un des piliers des mythiques Os Mutantes, groupe phare du tropicalisme brésilien. Reformés en 2006, les Mutants sont toujours en activité, même si les deux autres membres fondateurs, Arnaldo Baptista (frère de Sergio) et Rita Lee ont depuis quitté le navire. Un nouvel album est même sorti discrètement l'année dernière, "Haih… or Amortecedor…" qui, sans atteindre les sommets psyché-pop de leurs trois premiers disques, montre que l'imagination est toujours au pouvoir chez ces Brésiliens bariolés. Deux jours avant un concert réjouissant au Cabaret Sauvage, on rencontrait donc cet éternel jeune homme pour lui faire raconter - dans un délicieux mélange de français et d'anglais - l'histoire peu commune de son groupe, où la France a joué un rôle important. Sergio Dias est d'ailleurs de retour ces jours-ci avec un projet transatlantique : l'album "We Are the Lilies" sur lequel il a collaboré avec des membres de Tahiti Boy and the Palmtree Family.


Avec votre frère, vous avez commencé à faire de la musique très tôt. Quel rôle tient-elle dans votre vie ?
Sergio Dias (en français avec un fort accent brésilien) : La musique est une déesse, je ne peux pas me comprendre moi-même sans elle. C'est elle qui donne un sens à ma vie. Je me souviens que lors de mon premier trip à l'acide, j'ai vu la musique se matérialiser et sortir des enceintes, et j'ai dit à Arnaldo : "Regarde, je suis ça." Je crois que c'est la meilleure description de l'importance de la musique dans ma vie.

Votre mère était une grande pianiste de concert.
Oui, c'était une musicienne fantastique. C'est sans doute l'une des rares femmes à avoir écrit des concertos pour piano et orchestre. Elle en a composé deux et n'a interprété que le premier. Peut-être qu'avec l'aide de la France, nous pourrions faire jouer le second ? Quant à mon père, c'est un grand ténor et un grand poète, un homme très cultivé. Je me souviens que lors de mon premier séjour à Paris, je me suis rendu au Louvre pour voir la Joconde et que j'ai écrit à mon père qu'au fond, ce n'était qu'une peinture… Que n'avais-je dit ! Il m'a répondu qu'il fallait que je regarde mieux. Quand je suis revenu à Paris, je suis retourné voir la Joconde et là j'ai compris ce qu'il voulait dire, c'était comme si je parlais avec le tableau. Mais ça m'a peut-être pris dix ans.

Os Mutantes

Os Mutantes, c'était un peu une histoire de famille ?
Oui, c'est de là que tout est parti : mon père, ma mère, mes frères Claudio et Arnaldo, et moi. Au départ, en 1964, je jouais avec Arnaldo dans un groupe qui s'appelait Wooden Faces. J'avais arrêté l'école à 13 ans en disant à ma mère que j'étais déjà un musicien professionnel, et je gagnais l'équivalent de mon argent de poche en donnant des leçons de guitare. Arnaldo a rencontré Rita (Lee), qui jouait dans le groupe d'un de ses camarades de classe, Rafael, qui a eu une grande importance dans la naissance d'Os Mutantes. Rita s'est jointe à nous et c'est devenu un groupe de six musiciens, Six Sided Rockers. J'étais guitariste lead et je chantais aussi un peu. Puis il y a eu une scission et Rita, Arnaldo et moi avons décidé de continuer en trio. J'avais alors un grand poids sur les épaules car je devais assurer beaucoup de choses moi-même : trouver les harmonies, les textures, chanter... C'est comme ça que le son des Mutantes s'est construit. Notre frère Claudio, qui est luthier – c'est un véritable génie de l'électronique – est venu nous prêter main forte. Il a trouvé un système pour que je puisse passer de l'acoustique à l'électrique sur ma guitare pendant que je jouais, par exemple. Il a aussi créé un "hexaphonic pickup" (avec des sorties séparées pour chaque corde de la guitare, ndlr) pour que je puisse utiliser la distorsion sur des accords complexes, et ce, vingt ou vingt-cinq ans avant les guitares-synthés... Techniquement, nous avions donc des années d'avance, simplement par nécessité. Et aussi parce que nous habitions le Brésil, où il était très difficile de trouver du matériel. Nous devions tout fabriquer nous-mêmes.


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