My Name is Nobody - Track by track

19/09/2012, par Luc Taramini | Track by track |
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Cela fait une dizaine d'années que Vincent Dupas traine ses guêtres de musicien globe trotter de part et d'autre de l'Atlantique. Membre du groupe noise nantais Fordamage, pigiste pour les américains de Dark Dark Dark et quelques autres (the Missing Season…) il s'est surtout fait remarqué avec son projet personnel My Name Is Nobody avec lequel il a signé quatre albums. Troquant les larsens de guitares et les riffs échevelés pour des balades country/ blues, Vincent Dupas trace sa route à travers des chansons qui semblent charrier le poids d'une existence de voyageur, entre mélancolie et accès de joie. Alors qu'un nouvel EP est disponible en téléchargement ("Some others Good Memories"), il a accepté de revenir sur la gestation de son quatrième album "The Good Memories", comme un carnet de voyage qu'il nous confie.

 Viincent Dupas 2012

 "On me demande de faire un track by track de "The Good Memories" de MY NAME IS NOBODY, sorti en mars dernier (My Little Cab Records / Lespourricords). Cela fait maintenant un an et demi que le disque a été enregistré avec les amis Miguel Constantino (sound guy), Pierre Marolleau (drums) et Jey Vassereau (recording assistant), dans la maison familiale en Bretagne pendant une petite semaine.

 J'avais l'idée de faire un disque assez minimaliste (batterie/voix/gtr), d'enregistrer les morceaux en live pour en garder l'essence et la fluidité de la musique folk, 2 choses que j'avais un peu perdu sur l'album précédent. Imaginez vous un 3 janvier, Saint Gildas de Rhuys, Morbihan, et son unique bar d'ouvert, "La Presqu'île", une maison transformée en cocon studio, Pierre et sa batterie dans la salle à manger qui a travers la porte vitré me voit chanter et jouer de la guitare dans le salon, et les amplis confinés dans la chambre attenante. Miguel et Jey sont là-haut, une chambre est devenue la régie.

 Cela me ramène à l'été 2005 où durant une semaine j'avais enregistré le premier album avec Miguel,  avec une équipe un peu différente, mais l'idée de revenir aux sources est là. J'ai depuis effectué un peu plus de 250 concerts en Europe et aux Etats-Unis, en solo, duo, trio quatuor, quintet, enregistré 3 albums et 1 EP... Le point de départ de "The Good Memories" c'est cette vie en camion, car parallèlement, je joue ou ai joué avec Fordamage, Faustine Seilman, Dark Dark Dark, The Missing Season.... et assis au fond du van, j'ai beaucoup écrit, je compose seulement si j'ai des textes, et j'avais là de la matière".

 

NORTHERN MEMORIES

Le titre parce que je l'ai écrit lors d'une tournée de Fordamage, en partant de Halle en Allemagne direction Freiburg, 10 heures de route suite à un incroyable bouchon. A rêvasser d'une romance très brève comme la tournée peut offrir, quelque chose de pas forcément palpable. Et aussi à vouloir jouer avec 4 points cardinaux, histoire de brouiller les pistes...

Pour la musique, j'avais un postulat de départ sur l'album qui était de ne pas compliquer les parties de guitares, 3 ou 4 accords par morceau, pas plus. Et me voilà à chanter, essayer différent timbre de voix, des dynamiques de jeu, et quand vient le moment de le jouer avec Pierre, on trouve cette énergie rock, on trouve ensemble quelques points forts et on y développe les nuances, avec des couplets énergiques, et des refrains tout en retenue où la voix reprend le dessus sur les guitares.

La version en duo me semble légère, je prends la guitare de Jey accordée et réglée en baryton, je la branche sur un autre ampli que je mets très fort, et je double ma partie de guitare en transposant les accords et trouvant quelques nouvelles harmonies... sans trop réfléchir non plus pour garder la même énergie du live. Cela donne ce grain plus grave qui fait envoler le morceau.

 

THE WRONG TRAINER

Une métaphore sur le monde du travail, l'entraîneur qui voudrait l'étalon noir, qui prend ses chevaux pour des ânes, alors qu'ils font leur boulot honnêtement... Mauvaise méthode, mauvaise communication, démotivation.

Je parle des champs de courses (que je n'aime pas) et des chevaux (que j'adore)... et je sais que si l'on prend soin des ses chevaux, ils le rendent bien.

C'est l'un des premiers morceaux que j'ai écrit pour "The Good Memories", une ballade dépouillée en ternaire, avec une voix très posée, comme pour me remettre le pied à l'étrier dans la simplicité après 60 concerts très rock à 4 ou 5 musiciens. On retrouve Vassili Caillosse (du groupe rennais Santa Cruz) au lap dobro avec qui je collabore depuis quelques années, et on retrouve son approche sensible et discrète de l'arrangement.

 

DEMENTIA

Le propos y est simple, c'est le grand vide que procure le retour d'une longue tournée ou d'un voyage,  d'essayer de garder "The Good Memories", de se serrer les coudes, pour garder l'énergie positive emmagasinée. Sur la route, on est une vraie petite famille, et il est facile de se retrouver un peu désœuvré une fois seul chez soi,

Le chant y est très posé, le rythme sautillant et on casse un schéma en ternaire habituel, j'avais composé les parties de guitare lors d'un séjour en montagne sur une toute petite guitare de voyage, le bon texte je l'ai posé un peu plus d'un an après. Et toujours dans cette idée de casser le schéma habituel, j'ai invité Franck des excellents Papaye (Kythibong) à venir jouer la guitare lead. J'ai toujours adoré son jeu, et s'il est plus dans le rock, je voulais confronter ça avec MNIN. Collaboration fructueuse car il m'accompagne de plus en plus en live.

Vincent Dupas 2 

THE DELIVERY MAN

Voilà un morceau qui existe sur le disque grâce à Pierre qui adorant le jouer m'a forcé la main. J'avais commencé à le jouer avec les Desert Foxes, l'ancien groupe qui m'accompagnait, et en passant d'un quintet à un duo, je ne retrouvais plus l'énergie de la chanson.

Mais c'est bien là la magie d'enregistrer, c'est qu'on peut faire ce que l'on veut. Le squelette est donc enregistré en duo, puis on ajoute une montagne de guitares, et une avalanche de larsens, Pierre joue dans cette optique et la frappe est franche. Miguel et Jey se chargent des larsens, les amplis très fort se répondent dans la pièce, au fil des prises ils fabriquent une architecture savante.

Je profite encore une fois de la guitare baryton de Jey pour plaquer 4 derniers accords slowcore. Enfin, Ben Nerot aka The Healthy Boy enregistre la basse comme ils faisaient avec les Desert Foxes.

Au final, c'est un morceau pop au milieu ce disque, un peu déroutant peut-être mais très apprécié.

Le texte parle de cette faculté que l'on peut avoir à ne pas aller au bout des choses, c'est donc un bon pied de nez de l'avoir couché sur bande de cette façon.

 

NEW MEXICO

En septembre 2009, on tourne aux Etats-Unis dans une version duo guitare/piano avec Faustine Seilman. Si notre maison d'attache se trouvait à Chicago chez Mark Trecka de Pillars & Tongues (et actuel batteur de Dark Dark Dark), nous avons eu un gros coup de cœur pour le NM, une date à Santa Fe et une à Albuquerque qui nous ont servi de prétexte pour cruiser dans les paysages montagneux et désertiques. Il y a un vraiment notion spirituelle et fantomatique dans cet Etat, et c'est ce dont parle le texte : la sensation de flottement au volant sur les grands axes, les maisons hantées, les vierges noires, les natives indians...

Le début du morceau très free, puis le gimmick répétitif et le morceau qui se déroule pour revenir sur une plage free et minimaliste, ça a été ma façon de retranscrire en musique les sensations que j'ai eu pendant ces quelques jours. On retrouve Franck et sa guitare aux accents blues, et le banjo version trad et rapide de Vassili !

 

THE IMPOSSIBLE STROLL

C'est le dernier morceau écrit pour l'album, les paroles en novembre 2011, en tournée avec Faustine Seilman et Dark Dark Dark, sur les routes suisses, le Lac Léman et le Mont Blanc en paysage. Ça évoque des sentiments perdus dans une ville et encore vivaces lorsque l'on s'en approche, et la montagne qui vient figer les images.

J'ai écrit la musique très rapidement quelques jours avant de partir enregistrer, soit un matin cotonneux, soit  tard dans la nuit, ou les deux... Quelques accords ouverts, qui suivent le flow des paroles. On l'a répété lorsque Pierre est arrivé en studio et enregistré quasi dans la foulée, sa batterie jouée en avalanche de mailloches. Je crois que j'entendais la voix de Nona chanter avec moi, et c'était une belle surprise de recevoir ses prises enregistrées chez elle à Minneapolis, et de les poser aussi facilement dans le mix. On a eu l'occasion de chanter vraiment ensemble lors des quelques dates où nous avons ouvert pour Dark Dark Dark  en France.

 

JAPANESE TALE

Après 4 jours à ne pas sortir de la maison, on est allé tâter l'ambiance du bar de la presqu'île, on a vite compris : un verre acheté, un verre offert, les proprios Fanfan et Didier ne mettent pas à côté. Et puis un début janvier, au coin du feu, ça fume encore dans le bar, et le "Chardo" est là pour nous réchauffer aussi.

L'apéro se transforme en début de bamboule et on commence à répéter et enregistrer "Japanese Tale" avec  Jey et Miguel aux guitares acoustiques, Pierre à la percussion... On continue la bamboule et on fait tourner le morceau, on trouve les bons placements de micros, et ça joue jusqu'à 3h du matin... Au réveil, on a tout laissé installé, on se refait une prise histoire d'être sûr car on était bien confiant en allant se coucher. Et la prise gardée est bien celle du matin : meilleure voix, meilleure groove, moins de rires... on avait tous bien cogiter le morceau pendant la nuit.

Le texte est très court, un homme qui perd son ombre, ce sont mes quelques vers à la Dostoeïvski que je lisais beaucoup pendant l'écriture de cet album. C'est aussi mon premier morceau écrit au banjo, l'open tuning de sol permet des merveilles même lorsqu'on débute cet instrument.

Finalement, c'est le morceau avec le plus d'invités avec la chorale de « dude » composé des 3 cités plus haut et d'Eric Pasquereau, Ben Healthy Boy, Franck, Mric Chaslérie.

 The Good Memories

MY LIFE TRAVELING FOR WORKING

Deuxième morceau pop de l'album, avec des paroles que j'avais essayées sur pas mal de différentes parties de guitares, mais jamais convaincu. Pendant une session avec Pierre, je joue ce gimmick de guitare, il suit naturellement à la batterie, j'arrête, et il me dit "cool ce nouveau morceau" sauf que non... c'est juste un truc que je viens de trouver. On a donc construit la chanson tous les deux, et pour une fois je pouvais faire ressortir le texte avec une mélodie convaincante.

Jey et Miguel ont bien aidé aux arrangements de guitare et de voix pour donner ce côté sunshine sur le bridge de milieu de morceau et une ritournelle incroyable de guitare sur la dernière mesure.

C'est le texte le plus social de l'album, de la vie de musicien sur la route, je veux qu'on en comprenne le sens et que ce n'est pas vain de faire ça. Pas forcément très enjoué mais la musique est là.

 

NASTASSIA

Morceau vaporeux, pour texte vaporeux, sur un rêve érotique avec quelqu'un que l'on croise au matin et qui bien sûr n'a pas vécu le même moment. En session, on rajoutait un clavier Farfisa, en live, Mark Trecka nous accompagnait à l'harmonium. Pour la version album, Mark a enregistré son harmonium à Chicago, et j'ai demandé à Emilie Rougier de Marvin de jouer de son MS20... on avait écouté pas mal des ballades de Eno en allant se baigner dans la Méditerranée et c'était la bonne personne à qui demander, vaporeux et aquatique...

Et Nastassia, car c'est cette femme sujet de tous les fantasmes dans "l'Idiot" de Dostoïevski, et ça coïncide aussi avec le moment où j'ai trouvé le tableau de la pochette de l'album, j'ai appelé cette belle femme Nastassia (Broken Silence de Vinciata).

 

HOMESTRETCH

C'est le retour au bercail, on se retrouve à deux avec Pierre (aussi bien sur le disque qu'en tournée), l'un des meilleurs sons de batterie de l'album, un guitare slide en fond fond du temps, la guitare acoustique passé dans l'écho à bande Watkins (on peut entendre la bande qui passe).

Je m'imagine avoir femme et enfants qui m'attendent chez moi, transferts de mes colocs et amis souvent fourrés chez moi, et je ne sais pas si je suis content de les revoir, je sais que oui, mais qu'il faut toujours un peu de temps pour redescendre.

"We had great drives on these road, just what needed"… ça résume bien "The Good Memories"

 

 

 

 

 

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