Múm - Interview

17/10/2007, par Marc Schmit | Interviews |
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Est-ce que vous pensez que la présence dans le groupe de "pas tout à fait nouveaux" membres a aussi impulsé ce changement ?
Oui, c'est aussi parce que nous étions plus ouverts à laisser tout le monde s'impliquer dans le processus créatif, alors qu'auparavant, nous le contrôlions plus strictement avec Gunmar. Nous sommes également allés à différents endroits, avec différentes personnes. Par exemple, nous sommes allés en Finlande avec le batteur, sur une île, pendant deux semaines. Il a d'ailleurs co-écrit quatre ou cinq chansons avec nous, ce qui ne lui était pas vraiment arrivé avant.


múm

Pas forcément dans des endroits aussi isolés que pour les albums précédents. Je crois que vous étiez dans un phare.
Nous y sommes retournés quelque temps. Nous avons aussi utilisé les locaux d'une école de musique, dans une petite ville de la côte Ouest de l'Islande. C'était l'été, et il n'y avait aucun élève, donc nous pouvions emprunter tous les instruments et toutes les salles.
Pour le prochain, nous irons peut-être encore plus dans ce sens, avec l'idée de rassembler tout le monde au même endroit pendant deux ou trois mois.

Je crois qu'il y a une chanson qui date de l'enregistrement du premier album.
Oui, c'est "Marmelade Fire"

Vous pensiez qu'elle collait mieux avec cet album, qu'avec les précédents ?
Non, en fait, à l'époque, nous l'avions perdue, que ce soit les fichiers et les bandes. Puis nous les avons retrouvés quelques années après, et nous avons essayé de la travailler un peu, mais sans que ça prenne vraiment. Nous l'avons également joué en concert quelques fois. Puis en 2005, nous faisions un enregistrement avec l'Orchestre Symphonique de la Radio Néerlandaise, et il nous fallait quelques chansons qu'ils puissent interpréter. Eiríkur a eu l'idée de leur proposer celle-là, dont nous n'avions jamais rien fait, et il a également créé ces arrangements vraiment excellents. Quand ils l'ont jouée, ça lui a insufflé une nouvelle vie, et nous en étions tellement satisfaits que nous avons décidé de l'utiliser.

Vous leur avez demandé leur aide pour cela ?
Non, nous avons sollicité quelques amis. Gyða, la première des jumelles à avoir quitté le groupe, joue du violoncelle sur quelques morceaux de l'album. En fait, elle étudie le violoncelle depuis qu'elle a quitté le groupe

Elle pourrait revenir après ses études ?
Qui sait ! Cela dépend d'elle, et du cours naturel que suivront les événements...

J'ai remarqué que plusieurs titres de chansons font référence à des plantes toxiques ou irritantes, comme les ronces, la rhubarbe... Est-ce que c'est conscient ?
Oui. Avant tout, je ressens une légère fascination pour ces plantes. Celles qui se développent toutes seules et envahissent tout, sans qu'on ait besoin de s'en occuper... Vous pouvez trouver une maison, en Islande, inhabitée depuis quarante ans, où tout est en ruines... et il y aura un jardin de rhubarbe en parfaite condition, qui repousse chaque année. Je trouve ça intéressant. Les gens les considèrent comme des mauvaises herbes, quelque chose qu'ils ne veulent pas avoir chez eux, une plante avec une connotation négative, dont on pense juste à se débarrasser... Comme une sorte de plante paria.

Ça fait partie de l'idée : "OK nous sommes gentils, mais aussi un peu tordus"
Oui, bien sûr. Ça a aussi un rapport avec le titre du disque. Parfois tu n'es pas très sûr que ce que tu es et ce que tu as est beau et bon, mais tu dois quand même faire ton truc, le faire se développer et se répandre autant que possible.

C'est le sens du titre ? Parce qu'en français, il ne veut rien dire apparemment.
C'est une des façons de le voir. En anglais ou en islandais, il n'a pas de signification non plus. Mais c'est ce qui est bien. Nous aimons toujours avoir des titres que tu peux relire dix ou quinze fois sans rien y trouver du tout, et un beau jour, en marchant, tu te rendras compte que d'une certaine manière, il te fait penser à quelque chose auquel tu n'avais jamais imaginé de le relier. C'est comme une sorte de poésie un peu floue.

Oui. D'ailleurs, nous avons parlé du son, de l'artwork, mais es-tu sensible aux mots de la même façon ? Je crois que tu as écrit deux livres ? Ce sont des romans ?
Le premier est un court roman. C'est à propos de jeunes personnes, de leur créativité. Pour faire très court, ils vivent dans une bibliothèque. Le personnage principal de la première partie écrit la seconde partie, qui est un genre de roman policier, durant lequel ce personnage se tourne vers une sorte de poésie étrange, presque pornographique. Et la troisième partie est l'histoire qu'il écrit durant la seconde. C'est un peu compliqué, et encore une fois, c'est un récit qui n'est pas très direct et explicite. Il faut se laisser un peu aller à l'histoire, si vous avez assez de patience pour la lire. Mais ce n'est pas un livre que j'essaie de mettre en avant. J'ai aussi fait un recueil de poésie. Mais ils ne sont publiés qu'en Islande. Et je travaille sur une histoire autour du football.

Est-ce que cela va prendre beaucoup d'importance dans ta vie ?
Oui, j'espère. C'est peut-être la chose à laquelle j'aimerais me consacrer le plus.

J'ai lu aussi que vous aviez rompu un contrat avec un précédent label parce qu'ils avaient utilisé un de vos titres pour une publicité, sans votre consentement. Est-ce que vous refusez toujours de vendre votre musique pour une publicité ?
C'est une position très difficile à tenir. Rien que l'année dernière, trois publicités ont utilisé notre musique d'une façon ou d'une autre, sans notre permission. Et ça passe ensuite entre les mains des avocats... A force, on se demande s'il ne vaut pas mieux accepter de la vendre, plutôt que de finir dans des procédures. On ne l'a pas encore fait, bien que nous ayons en moyenne une proposition par mois.

Vous pourriez choisir le type de publicité pour lequel vous accepteriez. Mais peut-être que ce n'est pas une nécessité économique après tout.
Non. Mais de toute façon, ces compagnies s'arrangent toujours d'une manière ou d'une autre pour que vous ne touchiez pas grand chose, alors... (rires)

Un jour, j'ai fait écouter "Finally We Are No One" à la copine de mon colocataire, et elle m'a regardé avec l'air de me trouver vraiment très bizarre. Est-ce que vous pensez que votre musique est étrange, ou que vous l'êtes vous-même ?
C'est aux gens de choisir ce qu'ils perçoivent. Mais c'est probablement l'album le plus normal de tous. Je sais qu'il y a quelques bizarreries dans notre musique, quelques détails qui peuvent paraître excentriques, mais d'un autre coté, je sais aussi que pas mal de gens s'y sentent liés, et proches. Donc je ne pense pas qu'elle soit si étrange.

Alors c'était peut-être parce qu'elle était chinoise, ne parlait pas un mot de français ou d'anglais, qu'il était six heures du matin et que j'étais un peu saoul ?
Ça me paraît être une bien meilleure explication (rires).

Photos par Julien Bourgeois
Merci à Benjamin Martinez et PIAS 

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