Minor Majority - Interview

05/05/2004, par | Interviews |
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Comme beaucoup d'artistes scandinaves, vous semblez très inspirés par le folk, la country... Pourquoi cette attirance pour les musiques traditionnelles américaines ?

Ce que nous apprécions tant dans le songwriting américain, c'est qu'il est, d'une certaine manière - et pas dans un sens péjoratif -, "anti-intellectuel". Si tu veux écrire sur ton T-shirt préféré, ou l'endroit d'où tu viens, ou la fille dont tu étais amoureux quand tu avais douze ans, eh bien, aux Etats-Unis, tu peux le faire, et personne ne trouve ça stupide. Ca reste très simple et très ouvert. Mais pour que ça fonctionne, il faut le faire aussi bien qu'eux. Les songwriters européens veulent davantage être pris au sérieux, ils écrivent sur la politique, sur des thèmes existentiels… Ca ne me déplaît pas, mais je préfère quand même l'approche américaine, plus directe. Et je pense que c'est le cas de beaucoup de gens. L'important, c'est de faire partager ses émotions à l'auditeur, sans prétention. Mais ce n'est pas une volonté de plaire au plus grand nombre. On veut d'abord que ça nous plaise à nous-mêmes. L'un de mes modèles, c'est Evan Dando (ex-leader des Lemonheads, ndlr), qui réussit, en partant de toutes petites choses, à parler avec profondeur de l'existence. Tu prends une petite partie de ta vie et tu bâtis tout un monde autour. C'est ce qu'on essaie de faire.

Le rude climat scandinave a-t-il une influence sur votre musique ?
L'hiver est une bonne période pour écrire des chansons car nous ne pouvons pas trop sortir, nous restons enfermés à la maison. C'est vrai qu'une grande partie de la musique norvégienne peut paraître mélancolique et ça vient peut-être de là, mais je ne pense pas que ceux qui la font en soient vraiment conscients. Beaucoup de journalistes étrangers posent cette question aux groupes scandinaves, il doit donc y avoir quelque chose que vous percevez, et nous pas.

Qu'évoquent pour vous les noms suivants : Tindersticks ?
Jon : Beaucoup de gens font référence à eux quand ils parlent de notre musique.
Pal : Il va quand même falloir que j'écoute sérieusement leurs disques ! Apparemment, les premières chansons de notre album rappellent beaucoup leur style, mais je pense que nous avons plus d'éléments "pop".

R.E.M. ?
Jon : Là aussi, ça revient souvent. A cause des arrangements, de la guitare acoustique, de l'importance de la voix et des harmonies vocales…
Pal : Je n'ai qu'un seul album d'eux, c'est "Automatic for the People", que j'aime beaucoup. En tout cas, c'est une comparaison flatteuse !
Jon : Parmi les artistes américains plus récents, j'aime beaucoup Ryan Adams. Surtout l'album "Heartbreaker" ; les autres sont bien, mais celui-ci est vraiment au-dessus. Les Jayhawks, aussi. Et Springsteen, toujours.
Pal : Springsteen correspond bien à ce que j'entendais par "anti-intellectuel" : quelque chose de direct, mais qui ne tombe pas dans la facilité.

Dire Straits ?
(rire général)
Jon : C'est de ma faute, je les ai beaucoup écoutés quand j'étais jeune, puis je m'en suis éloigné. Et aujourd'hui, j'ai racheté leurs trois premiers albums (il sort quelques vinyles d'un sac du magasin Parallèles : JJ Cale, Carpenters, Al Kooper…)
Pal : Tu as la même technique que Mark Knopfler : vous jouez tous les deux en picking, sans mediator. En tout cas, leurs premiers albums mériteraient d'être reconsidérés, c'est la musique populaire britannique à son meilleur. Pourquoi écouter Oasis quand on a Dire Straits ?

Pour finir, aimeriez-vous collaborer avec des musiciens venus d'univers différents du vôtre ?
Jon : Si on nous le propose, pourquoi pas ? Notre bassiste a un autre projet très country, notre batteur joue dans un groupe de hard rock…
Pal : C'est un peu pour cela que nous l'avons choisi, parce qu'il a une idée de la musique différente de la nôtre et qu'il pouvait donc apporter quelque chose d'unique, renouveler notre style. Sinon, nous n'écoutons pas énormément de musique électronique, mais nous serions intéressés par des collaborations. Souvent, ce genre de projet produit d'excellents résultats. Par exemple, je trouve l'album de remixes des Kings of Convenience, "Versus", encore supérieur à "Quiet Is the New Loud". C'est vraiment un exemple à suivre.

Propos recueillis par Vincent.
Photo par Véronique Doussot.

Pour en savoir plus sur la scène musicale norvégienne, le site du centre d'information musicale, en anglais :
http://www.mic.no/english

Le site du groupe (inactif pour l'instant) : http://www.minormajority.no

 

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