Mikhael Hers et David Sztanke - Interview

13/12/2010, par | Interviews |
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MIKHAEL HERS ET DAVID SZTANKE

Cela fait déjà quelque temps qu'on suit la carrière cinématographique de Mikhaël Hers, réalisateur de 35 ans qui partage pas mal de goûts avec les rédacteurs de ce site. Après trois moyens métrages, "Charell", d’après Patrick Modiano, "Primrose Hill" et "Montparnasse", il passe enfin au long avec "Memory Lane", où l'on retrouve ce qu'on avait aimé dans ses films précédents : des personnages qui flottent entre l'adolescence et l'âge adulte, une cartographie à la fois précise et sensible de la banlieue sud-ouest de Paris, une façon pudique d'évoquer des sujets difficiles (dépression, maladie, relations amoureuses ou amicales qui s'effilochent…). Et, bien sûr, la musique, omniprésente mais jamais envahissante. Outre des morceaux précieux de House of Love, John Cunningham, Felt, Talk Talk ou The Clientele, on entend dans "Memory Lane" les chansons d'un groupe formé pour l'occasion, et dans lequel joue David Sztanke, alias Tahiti Boy. D'où cet entretien à deux voix autour du film, de la musique, du cinéma, et des rapports féconds qu'ils entretiennent entre eux.

Mikhaël Hers


Mikhaël, plusieurs personnages de "Memory Lane" (dont Florent, interprété par David) jouent dans un groupe. C'est une idée que tu avais dès le départ ? On trouvait déjà cet élément dans "Primrose Hill"...
Mikhaël : Oui, c'était vraiment un point important du scénario. Après, la difficulté, c'est que je voulais que la musique soit jouée en direct, en live. Il me fallait donc de vrais musiciens. On a cherché très longtemps, on a rencontré des centaines de personnes, et ce n'était pas évident car des musiciens qui sachent aussi jouer la comédie, ça ne court pas les rues ! Du coup, j'ai mélangé : dans le groupe du film, il y a David, d'autres membres de Tahiti Boy and the Palmtree Family, et deux acteurs, Thibaut Vinçon (qui jouait dans mes deux courts métrages précédents) et Dounia Sichov, à qui David a fait répéter les chansons qu'il avait composées pour le film.
David : Thibaut, qui avait déjà fait de la guitare il y a longtemps, a repris des cours quelques semaines avant le tournage. Dina m'a dit qu'elle avait déjà joué dans un groupe, elle n'était donc pas complètement à la rue techniquement, quand je lui parlais d'un truc elle comprenait. Du coup, avec seulement quelques heures de répètes, on a pu obtenir un résultat plus que correct.

Comment s'est faite la rencontre entre vous deux ?
Mikhaël : J'aimais beaucoup le morceau "Who Knows ?", qui figure sur l'album de Tahiti Boy, je l'écoutais en boucle pendant l'écriture du scénario. Il s'est trouvé que ma directrice de casting connaissait David, c'était donc un hasard heureux.
David : Heureusement que t'écoutais pas Michael Jackson, ça aurait été plus difficile !

David, tu appréhendais le fait d'être acteur ?
David : Ah oui, complètement. J'ai refusé un bon moment avant de dire oui. J'avais fait un premier essai, Mikhaël m'avait rappelé pour un deuxième, et là je me disais que je ne le ferais pas… A ce moment-là, je suis parti jouer aux Etats-Unis avec le groupe, et un jour j'ai déjeuné avec mon ami Tunde Adebimpe, le chanteur de TV On The Radio, qui est aussi acteur. Je lui ai fait part de mes hésitations, et il m'a répondu : "Mais t'es fou, c'est super drôle, fais-le !" Il m'a convaincu, donc j'ai encore fait quelques essais et j'ai été pris. Après, c'était trop tard pour reculer… (sourire) En même temps, Mikhaël m'a proposé un rôle de pianiste blasé parisien qui aime les Beach Boys, ce n'était pas très difficile. Je crois que je connais pas mal de gens comme ça… (rires)

Même si aucun personnage n'est vraiment mis en avant, le tien semble un peu en retrait par rapport aux autres.
David : J'étais dans une situation particulière. C'est moi qui dirigeais réellement le groupe du film, j'avais écrit les chansons, mais à l'écran c'est Vincent (Thibaut Vinçon) le leader, même si je chante tous les morceaux avec lui. Je n'y ai pas trop pensé au départ, mais à un moment j'ai trouvé ça amusant. Enfin, ça ne me posait aucun problème, il fallait juste que j'arrive à biaiser, selon que la caméra tournait ou pas. (S'adressant à Mikhaël) C'était bizarre, car quand la caméra tournait, il fallait que je me dise : "Bon, maintenant, c'est lui qui dirige le groupe…" Thibaut me demandait de lui apprendre un peu de jargon technique, au cas où tu aurais voulu garder quelques secondes avant ou après la chanson, car il aurait alors dû donner l'impression qu'il avait la main sur les autres musiciens. Qu'il nous dise un truc du genre : "Là, le tempo était un peu trop rapide, et je trouve que t'étais un peu juste sur la fin du refrain"… Alors que quand la caméra coupait, c'est moi qui disais ça !

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