Martin Carrière (Rock In The Barn) - Interview

14/09/2015, par Séverine Garnier | Interviews |
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On connaît Giverny pour son musée de l’impressionnisme et la demeure de Claude Monet entourée de nymphéas. C’est aussi le terrain de jeu d’un festival musical plein d’avenir. Il faudra marcher à travers champs pour gagner la ferme de la Grande île qui accueillera la sixième édition de Rock In The Barn du 24 au 26 septembre 2015. Rencontre avec son fondateur Martin Carrière, programmateur mais aussi musicien et tourneur.

Martin Carrière extérieur

Tu es le programmateur et fondateur de Rock In The Barn dont la sixième édition va se dérouler à Giverny du 24 au 26 septembre. Quelle est la genèse de ce festival ?

Mon père organise un festival de musique depuis 1998 à Giverny plutôt orienté chanson française. A un moment, étant un peu musicien, à 15 ans je lui ai dit que j’aimerais faire venir d’autres groupes qu’on a rencontrés via des concerts et il m’a dit “vas-y, programme-les”. On s’est dit qu’on allait ramener nos potes et on a organisé deux jours de concerts dans la grange avec huit groupes locaux. C’était vraiment un petit truc, on était sous la tutelle du festival de Giverny. Il n’y avait pas encore d’association, on l'a créée pour la troisième édition en 2012 afin de voler de nos propres ailes. A partir de là ont commencé les ennuis !

Comme son nom l’indique, le festival se déroule à la ferme dans un cadre rural proche de la demeure de Claude Monet. Peux-tu nous décrire l’ambiance de ce festival ?

Pour donner le ton, on a mis la billetterie à l’entrée de l’île entre la Seine et l’Epte. Les gens traversent le pont et font un kilomètre de marche à travers champs pour arriver au festival, de quoi se mettre dans l’ambiance. Ensuite ils arrivent sur le site, un corps de ferme où il y a une grange qu’on a refaite en salle de concert de 200 places, une scène extérieure pour 1000 personnes. Il y a une maison où il y a la cuisine et un camping avec un verger où jouera le collectif de DJ The Giver.

Des groupes locaux comme No Tropics et Gomina aux têtes d’affiche américaines The Warlocks et Crocodiles en passant par Tahiti 80, Black Market Karma, Go!Zilla ou encore Acid Arab, comment se font tes choix de programmation ?

Le premier groupe que je voulais était Crocodiles. Entre punk garage, shoegaze, un rappel à Jesus And Mary Chain, ce côté indé et dansant que j’aime beaucoup chez Crocodiles a donné le ton de la programmation. On va avoir à la fois The Warlocks et leur set très puissant et puis la pop de Tahiti 80. On voulait proposer un mix et pas faire seulement du psychédélique ou de la pop. Je suis content de cette affiche qui fonctionne plutôt bien.

Si tu avais un budget illimité, qui verrais-tu programmé à la septième édition de 2016 ?

Tame Impala, Spiritualized - Jason Pierce est une pointure - Black Rebel Motorcycle Club, Brian Jonestown Massacre, Black Angels. Ce sont des plateaux qui coûtent cher, ils viennent à une quinzaine… C’est le genre de tête d’affiche que j’aimerais avoir.

A proximité de Vernon, entre Evreux, Paris et Rouen, il y a un public grandissant pour ce festival. Comment expliques-tu ce succès ?

C’est un ensemble de choses, les gens ne viennent pas que pour le lieu, les gens ne viennent pas que pour la programmation. Le festival commence à faire parler de lui. Il y a beaucoup de locaux de l’agglomération de Vernon, pas mal de personnes d’Evreux, de plus en plus de Rouen, et un peu de Paris et Amiens. L’an dernier, le public était jeune, des lycéens. Cette année, je pense que la programmation attirera plus de trentenaires et un public plus pointu.

Ce festival répond à une attente d’un public lycéen qui n’a pas de moyens de locomotion ni d’offre de concerts à l’année dans la ville de Vernon ?

Dans cette tranche d’âge, beaucoup viennent car c’est l’événement du coin. A Vernon, il n’y a pas beaucoup de bars, pas de concerts. Un lieu de répétition a ouvert il y a un an. Le but à terme est qu’il y ait un festival mais aussi d’autres choses à l’année. On développe les Rock In The Barn Party, on en a fait deux l’année dernière avec Dead Horse One et Bow Low. Et il y en aura d’autres.

Griefjoy

Tu marches dans les pas de ton père, Eric Carrière, qui a créé le festival de chanson à Giverny. Quels sont tes premiers souvenirs de festival ? Quel âge avais-tu en 1998 ?

J’avais 5 ans, c’est une suite logique de par le travail fait par mes parents sur ce festival. Cela m’a donné envie de reprendre le flambeau même s’il n’est pas donné car on le tient ensemble. Mes parents sont impliqués, ma mère gère l’accueil artistes et mon père est à la cuisine. Mon père adore cuisiner, son désir en 1998 était de rassembler les gens pour bien manger avec de la musique autour d’un moment convivial. Maintenant la musique domine, mon père ne s’occupe pas d’autre chose que la cuisine. On envisage aussi des partenariats, avec une bière trappiste !

Tu es également musicien avec ton frère Eliot dans le groupe You Said Strange programmé en pré-soirée le jeudi. Vous avez tourné en première partie de The Dandy Warhols au printemps. Comment parviens-tu à concilier organisation d’un festival et projet musical ?

Je m’occupe aussi de groupes en tournée. Les trois activités sont complémentaires. Eliot a toujours été impliqué dans le festival et les autres membres de You Said Strange commencent à s’y impliquer également. S’il n’y avait pas ce festival, on en serait peut-être pas là avec le groupe. Par exemple, c’est Black Market Karma, qui est venu au festival l’an dernier, qui a enregistré notre EP à Londres. S’ils n’avaient pas été programmés, on ne les aurait pas rencontrés. Le feeling est passé et cela nous a permis d’enregistrer là-bas. Comme je tourne des groupes, j'ai pris Black Market Karma sous mon aile et les tourne pour douze dates cette année dont une commune avec You Said Strange le 8 octobre à Paris à l’Olympic Café. Tout fonctionne ensemble, cela créé un équilibre. Le problème est qu’aucune des trois activités de tourneur, programmateur et musicien ne me permet d’en vivre. Je dépends encore de mes parents, mais cela va changer à un moment...

Tu organises avec l’Abordage un tremplin pour permettre à des groupes locaux d’être programmés à Rock In The Barn. Quel rapport entretiens-tu avec cette salle d’Evreux qui organise le festival le Rock Dans Tous Ses Etats ?

On a de super relations avec l’équipe, Hedi, Fabien, Aurélien... Ils nous ont fait confiance tout de suite. On fait les tremplins qui sont toujours remplis ainsi que des dates de concerts qui fonctionnent bien, comme Bow Low et You Said Strange. On est amenés à faire d’autres choses si l’Abordage tient.

Comment as-tu vécu la précédente édition où tu jouais avec You Said Strange ?

On était très contents d’être programmés au Rock Dans Tous Ses Etats. C’est un festival qu’on connaît depuis longtemps. On était d’autant plus fiers d’y être cette année de par les difficultés qu’ils traversent, par rapport à Guy Lefranc (ndlr le maire d’Evreux), par rapport à tout ce qui se passe en terme de coupures de budgets, de tensions… On était contents d’y être pour marquer le coup, pour dire que c’était le moment le plus difficile mais qu’on était là et en plus c’était une superbe édition. Il faisait très beau, on a joué en début d’après-midi devant un millier de personnes, c’était un super moment.

Je te rejoins. Même si la fréquentation a été divisée de moitié, de 20000 à 10000 personnes, c’était une très belle édition, malgré un public clairsemé...

On s’est bien éclatés, j’ai été surpris par Yelle, Hudson Mohawke, H-Burns qui jouait après nous. D’ailleurs, j’ai dit au groupe “sur ce coup là je ne range pas, je fonce au concert !” j’ai adoré. On a joué à la garderie rock avec H-Burns. Plein de bons souvenirs...

Black Market Karma

J’étais fin août à Rock en Seine et y ai vu des affiches de Rock in The Barn, conçues par le graphiste Julien Brunet (qu’on connaît notamment pour ses affiches du 106). Tu es très actif dans la promotion et les réseaux, quel développement souhaites-tu pour ce festival ?

C’est encore en réflexion. J’ai découvert le Celebration Days festival à Cernoy (Picardie) cette année. J’ai pris une claque niveau organisation. C’est un groupe de blue grass qui fait ce festival limité à 500 personnes donc pas de contraintes avec la Préfecture. Rock In The Barn est dans deux semaines, en ce moment-même on a des choses à régler sur la sécurité, le secourisme, des attestations avec la Préfecture, la Mairie, la Région... Quand la jauge dépasse les 500 spectateurs, il y a beaucoup de démarches à faire, c’est beaucoup de travail. On est partenaire du Celebration Days cette année, le festival a un stand chez nous et on a eu un stand chez eux. J’ai vraiment aimé le concept limité à 500 personnes avec uniquement un pass trois jours. C’est complet un mois avant, il y a des Estoniens, des Allemands, des Anglais, des Espagnols… Je ne connaissais aucun nom de la programmation et tout était bon, j’ai tout kiffé, à part peut-être les DJ sets de la fin de 2h à 7h du matin ! Ce qui est drôle, c'est que c’est à Cernoy dans une commune de 150 habitants, près de Clermont-sur-Oise et Beauvais, ils ne dérangent personne. A Giverny, c’est une zone plus fréquentée qui implique un service de sécurité donc autant ne pas se limiter à une jauge de 500 personnes. Je pense que le festival va rester dans cette configuration mais plus il sera connu et moins j’ai envie de grossir les têtes d’affiche. J’ai aussi envie de faire découvrir des groupes comme ceux vus au Celebration Days. Par exemple Pauw, un groupe hollandais, ils sont à Rock In The Barn l’année prochaine ! Et aussi The Roaring 420s, ils jouent au 3 Pièces à Rouen le 22 septembre. Je n’ai pas réussi à les caler pour une date de warm up Rock In The Barn car j’en avais déjà d’autres, c’est excellent. Je ne veux pas faire grandir le festival, on est à 1000 personnes par soir, c’est bien. Il y a tellement de festivals qui se sont cassé la gueule parce qu’ils ont vu trop gros. On tient un peu mais quand on est passés de l’égide du festival de Giverny en 2011 à un festival à part entière en 2012, on a doublé la capacité du lieu, fait une scène extérieure. C’est à partir de là qu’on a commencé à avoir des dettes et qu’on est toujours en déficit. C’est un peu un cercle vicieux... Mon objectif est de jouer sur la notoriété, le local, sur la qualité de l’affiche, attirer un public de confiance.

Fin septembre est un week-end chargé, j’hésite entre plusieurs propositions culturelles de la région et ne connais aucun groupe à l’affiche, peux-tu m’aider à faire mon choix ?

Déjà pour le lieu, parce que c’est le berceau de l’impressionnisme. On n’a jamais eu de pluie en cinq éditions, c’est pas mal ! Je touche du bois, cette année on en n'aura pas… Le soleil se couche fin septembre vers 20h30-21h, il y a une lumière extraordinaire quand on arrive sur l’île. On est entre deux collines où passent l’Epte et la Seine. Quand on voit la lumière, on comprend pourquoi les impressionnistes sont venus ici. Donc déjà le côté poétique et bucolique du lieu, on est dans une ferme avec une grange refaite en salle de concert. Et puis la programmation, il y a plein de choses à découvrir !

Justement, quels groupes me conseilles-tu de ne manquer sous aucun prétexte ?

Je sais que tu vas aller voir Crocodiles et The Warlocks, ça c’est sûr. Il y a Animali qui est vraiment très bien. Je les ai découverts grâce à Nico Prat qui avait fait un documentaire il y a deux ans sur la scène indé française pour Monte le Son sur France 4 et il y avait Animali avec le titre “The Alchimists”. Il s’est avéré que l’an dernier, le magazine L’Oiseau à Caen faisait sa soirée de lancement avec Animali pour une date unique. Ils cherchaient une date de retour. Un groupe avait annulé sa présence au festival Les Enfants de la Seine à côté de chez nous, alors j’ai proposé de caler Animali. J’ai vu le concert, j’ai pris une claque, ils ont un côté MGMT avec une voix plus pinçante, les compositions vont dans tous les sens tout en étant bien structurées. Il y aura Black Market Karma qui pour moi est sans équivalent en live, cette fois ils seront sur la grande scène. Et puis il y a plein d’autres choses à découvrir...


Partenaire du festival, POPnews vous a concocté une playlist de la programmation de Rock In The Barn et vous fait gagner des places ici :

 

 

Crédits : Séverine Garnier (photo 1) et Julien Tragin (photos 2 et 3)

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